Le monde juste ne peut devenir universellement reconnu que si son objectivité est reprise activement par les hommes. Cette objectivité vient d'abord de l'Autre absolu et se présente comme un sens que les existants doivent eux-mêmes reposer et recréer. C'est cette reprise qui définit la représentation, comprise comme l'union du sens et de la position. Représenter ne consiste pas à reproduire passivement une réalité déjà donnée, mais à recréer l'Autre dans son objectivité véritable après avoir traversé l'épreuve de la finitude et découvert que les premières images que l'on se faisait de lui n'étaient que des apparences. La représentation transforme ainsi le sujet autant que le monde : chacun est appelé à représenter l'Autre et à se représenter lui-même dans un monde où tous peuvent accéder à cette même vérité. Comme cette recréation exige un travail intérieur rarement accompli, les sociétés confient cette fonction à des représentants. La démocratie représentative trouve alors sa justification philosophique : les élus sont supposés représenter le peuple parce qu'ils ont réalisé un travail sur eux-mêmes et produit une œuvre qui les rend capables de porter le bien commun. Toutefois, les hommes refusent spontanément cette représentation exigeante. Ils lui préfèrent soit le subjectivisme moderne, où chacun projette son identité sur le monde, soit la soumission à un Autre absolu faux, le Surmoi.
MONDE, Représentation, Sens, Démocratie
“La représentation est re-création. Représentation du monde, mais d’un monde dans lequel, comme monde juste, tous les existants qui en participent doivent pouvoir ainsi représenter aux Autres et se représenter (à soi). Reste que, comme re-création, la représentation vraie et juste n’est que le fait de peu. De là, pour le monde dans sa suprême organisation politique, le rôle de la représentation et des représentants, jusqu’à la démocratie représentative, où les « représentants » élus sont supposés, du fait de leur travail sur soi, de leur œuvre propre, pouvoir représenter l’ensemble du peuple dans sa vérité. Mais une telle représentation, qui requiert un travail et qui, à partir de là, donnerait toute son objectivité au monde juste, l’existant d’abord n’en veut pas. Contradiction subjective du monde.”
JURANVILLE, 2017, HUCM
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire