Le matérialisme n'est pas d'abord une philosophie de la matière. C'est une manière d'exister qui refuse la création, l'ouverture à l'Autre et la finitude. L'homme matérialiste demeure enfermé dans la jouissance immédiate et fait de la Richesse une nouvelle idole, remplaçant les anciennes divinités païennes. Le matérialiste demeure symboliquement attaché à la mère, à la jouissance première, au lieu d'accéder, par la médiation du père symbolique (et donc de l’esprit), au vrai désir et à la sublimation. Or la richesse n’est pas condamnable en soi : le riche peut devenir un véritable maître s'il renonce à la simple jouissance de son avoir pour le risquer dans une œuvre, s’il transforme son capital en activité créatrice. Lacan opposait le riche ordinaire au saint ou à l'analyste, qui accepte librement d’incarner l’« objet a », comme pur déchet, à rebours également de l’esclave qui participe (par nécessité vitale) à la production du même objet, cette fois comme plus-de-jouir.
MATERIALISME, Richesse, Jouissance, Objet a, LACAN
MATERIALISME, Paganisme, Esprit, Cause
Le matérialisme est un phénomène historique majeur qui accompagne le développement de la philosophie et la sortie progressive du monde traditionnel. Dans ce dernier, la vie sociale est organisée autour de croyances en des esprits divins, généralement des ancêtres divinisés, qui incarnent autant de figures de l'Autre absolu faux ou du Surmoi féroce, et déterminent les conduites par les rites, les sacrifices et les interdits. Ces puissances sont supposées être les causes véritables des événements, parce que les hommes renoncent à s’assumer eux-mêmes comme causes. Avec l'apparition de l'histoire, cette organisation est remise en question par la philosophie, qui affirme d'abord un non-savoir primordial avant de conduire à un savoir véritable reconstitué rationnellement. C'est dans ce mouvement critique que naît le matérialisme : les causes des phénomènes ne sont plus recherchées dans les esprits mais dans la matière elle-même, comme l'illustre l'atomisme d'Épicure. Une étape nécessaire dans la constitution de la raison, mais nullement son aboutissement.