MAL, Culpabilité, Mal radical, Sexualité

La simple certitude subjective d'être un existant coupable ne suffit jamais : tant qu'elle ne devient pas savoir, elle retombe dans une culpabilité imaginaire et fausse. Ce qui permet à la culpabilité d'acquérir une objectivité est le mal, qui en constitue la cause, de même que le bien est la cause de la mélancolie. Le mal n'a cependant aucune vérité en lui-même, mais la possibilité du mal est inscrite dans la création elle-même : en créant un être fini et libre, le bien rend possible le refus de la finitude et de l'Autre. En ce sens, le mal possède une première vérité comme condition de la liberté. Mais lorsque la créature choisit effectivement ce refus, le mal devient mal absolu : fermeture à l'Autre, crime, système sacrificiel et savoir qui le justifie. Ce mal n'est pas voulu par le bien et ne possède aucune vérité propre ; seul le pardon de l'Autre absolu peut finalement le réintégrer dans l'ordre du bien. À l'inverse, le sujet doit reconnaître un mal vrai, ou mal radical, c'est-à-dire la possibilité du mal assumée comme telle et intégrée dans l'œuvre et le savoir. Ce mal est celui qu'il fallait « revouloir », non pour le commettre, mais pour reconnaître qu'il était constitutif de la liberté humaine. Juranville identifie finalement ce mal vrai à la sexualité, lieu privilégié où s'éprouvent la finitude, le désir et la responsabilité. La sexualité devient ainsi le point d'où peut naître l'œuvre et le savoir, selon la logique de la felix culpa : la faute reconnue ne conduit pas au désespoir mais devient l'occasion même de la création, comme un « acte manqué qui a réussi » dit Juranville. 


“Et le mal alors posé l’est de deux manières. D’une part comme mal sans vérité, mal absolu qui, d’abord condamné, ne peut être relié au bien que par l’Autre absolu lui-même (le bien suprême), dans le secret de son pardon. D’autre part comme mal vrai, mal qu’il y avait à revouloir. Mal relatif, mais aussi mal radical, réduit à sa « racine » – et certes tout aussi diabolique, dans son intention première, que le mal absolu, même si cette intention est ensuite sublimée. Nous préciserons que ce mal est sexualité. Là est donc le mal vrai. Celui qui doit être rejoint et dégagé dans l’œuvre et le savoir. Celui qui fait éprouver au sujet sa culpabilité à ne pas faire l’œuvre. Celui qui appelle le sujet à faire l’œuvre, comme felix culpa, comme acte manqué qui a réussi.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

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