On le sait, Kierkegaard et Heidegger refusent de poser comme telle l’autonomie du sujet existant et le savoir qui en découlerait, par crainte de retomber dans le savoir faux du monde ordinaire ou traditionnel. Chez Kierkegaard, l’histoire demeure intérieure ; chez Heidegger, toute orientation vers un monde rationnellement juste est exclue et la philosophie est déclarée achevée. Une seconde pensée de l’existence, avec Rosenzweig puis Lévinas, accepte davantage de poser l’autonomie et un savoir nouveau issu de la révélation. Rosenzweig parle d’une connaissance messianique et fait du peuple juif un fait historique absolu ; Lévinas affirme une autonomie venue de l’Infini dans le visage de l’autre, mais refuse de poser le savoir comme tel pour préserver l’altérité éthique. Toutefois, si Rosenzweig pensait que le peuple juif avait déjà traversé sa passion, l’Holocauste montre que c’était faux. Conséquence majeure : on ne peut plus se contenter de vérités partielles ; ni d’une autonomie réservée à certains ; ni d’une rédemption différée ou distribuée. L’histoire oblige à une universalité effective de la vérité. Il devient alors nécessaire que le christianisme reconnaisse la vérité du judaïsme et que le judaïsme reconnaisse la vérité du christianisme ; et qu’enfin la philosophie, tout en reconnaissant la vérité de la révélation, s’assume comme savoir effectif de l’existence.
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EXISTENTIALISME, Histoire, Savoir, Révélation, ROSENZWEIG
“Rosenzweig se trompait, le peuple juif n'avait pas sa passion derrière lui, il devait la traverser atrocement dans l'Holocauste. De sorte qu'on ne peut pas se contenter d'une vérité simplement partielle pour les hommes. Et qu'il faudra à la fois, au-delà de la haine devenue folle, que le chrétien, et alors le monde chrétien lui-même, le christianisme, reconnaisse la vérité pure du judaïsme - et que le judaïsme reconnaisse la vérité pure du christianisme.”
JURANVILLE, 2015, LCEDL
EXISTENCE, Essence, Finitude, Existentialisme, SARTRE
Affirmer, comme le fait Sartre, « L’existence précède l’essence » ne fait que renverser abstraitement la définition métaphysique de l’existence. Dans les deux cas, l’on oublie la finitude radicale de l’homme et sa relation à un Autre absolu, sans lesquelles le concept même d’existence n’aurait aucun sens véritable. En effet l’existence implique que l’identité même du sujet soit donnée en l’Autre, lequel, dès lors, ne peut qu’être absolu. Le sens de l’existence n’apparaît que dans la reconstitution-recréation de l’essence originelle, par l’existant, jusqu’à ce que la consistance de l’oeuvre soit atteinte conformément à l’essence (qui est “structure”, comme le précise décisivement Juranville).
“La même existence fausse rencontrée déjà dans la pensée métaphysique se retrouverait en toute pensée qui, pour « existentialiste » qu’elle se veuille (celle de Sartre en l’occurrence), gomme finitude radicale et relation à l’Autre absolu, et ne fait que renverser abstraitement l’affirmation métaphysique : « L’essence précède l’existence », en cet autre affirmation : « L’existence précède l’essence ». Comme si l’essence ne devait pas être bien plutôt reconstituée – certes imprévisiblement : recréée – par l’existant comme radicalement fini (l’essence est donc bien en cela toujours déjà là) ! Comme si cette reconstitution-recréation ne devait pas s’effectuer dans l’épreuve de la finitude radicale, et donc dans la relation à l’Autre absolu (qu’il soit ou ne soit pas désigné du nom de Dieu) ! Et comme si cette reconstitution-recréation ne devait pas déboucher sur une œuvre, où l’épreuve de la finitude aurait été répétée autant qu’il le fallait, et pas plus, l’un originel ayant été reconstitué comme il le fallait (l’essence est structure, elle n’a rien d’un ad libitum, elle n’est en rien ce que produit, sans règle, une existence « créative ») ! C’est une telle existence fausse, qu’elle soit métaphysique, scientifique ou existentialiste, que dénonce bien sûr toute pensée qui affirme véritablement l’existence.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT
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