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POLITIQUE, Acte, Discours du maître, Discours du clerc, WEBER

Comment accomplir effectivement un acte politique sans reproduire la violence sacrificielle que la politique a précisément pour vocation de dépasser ? Il ne suffit pas de connaître la justice, de la vouloir ou de la proclamer, il faut encore pouvoir la réaliser. Or les deux formes d'action politique les plus évidentes — l'action efficace du maître et l'action inspirée par une valeur absolue du clerc — conduisent chacune à une impasse. La politique véritable ne peut résulter ni de la seule efficacité des moyens ni de la seule pureté des fins. Elle exige la transformation du discours du clerc en philosophie. D’abord le discours du maître : il correspond à l'activité rationnelle en finalité de Weber, ou encore à l'éthique de responsabilité qui reconnaît que l'homme politique doit utiliser la force et assumer la possibilité de la violence. Or si le maître propose une fin et la réalise effectivement par le choix de moyens appropriés, cette efficacité demeure formelle, car elle ne garantit nullement la vérité de la fin ni la justice des moyens : les dominés sont transformés en instruments de l'action du maître et exposés à la violence. L'acte reproduit la structure sacrificielle, dans laquelle certains existants doivent subir une perte ou une destruction pour permettre l'accomplissement d'une fin collective. Ensuite le discours du clerc : il correspond à l'activité rationnelle en valeur, ou encore à l’éthique de conviction, qui veut l’action comme expression d'une valeur supérieure. Mais cette prétention à la vérité conduit encore à une fausse alternative. Soit la fin demeure non réalisée, et le discours se limite à un témoignage sans véritable acte politique, ce que Weber illustre par l'éthique du saint. Soit on veut réaliser cette fin à tout prix, sans reconnaître la finitude radicale de la réalité humaine et sociale, et l'action débouche sur des catastrophes où la violence sacrificielle est aggravée (comme avec le stalinisme et le nazisme), ce que Weber illustre cette fois par l’éthique du “prophète millénariste”. Ces formes de politique, virant à l’idéologie, prétendent imposer un absolu au réel en supprimant les résistances de l'existence. La politique véritable ne peut donc résulter d'aucune de ces deux formes immédiates ; elle exige que le discours du clerc devienne philosophie, c'est-à-dire qu'il dépasse la simple affirmation d'une valeur absolue pour produire un savoir rationnel de la justice, capable de reconnaître la finitude et de distinguer la vérité de l'idéologie. La philosophie ne doit pas seulement proclamer le bien : elle doit comprendre les conditions effectives de sa réalisation sans prétendre supprimer l'incertitude constitutive de l'existence. La communauté juste ne peut donc être celle qui impose une fin totale à l'histoire, mais celle qui institue les conditions de la liberté sans prétendre accomplir les individus à leur place.


“Que devient l’acte politique ? Que peut-il être d’abord dans le champ social qui est celui des discours fondamentaux ? (…) La politique ne parvient donc à ses fins que pour autant que son acte est accompli par le discours du clerc devenant philosophie, et se distinguant de l’idéologie.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

PHILOSOPHIE, Histoire, Époque, Acte

L’acte politique de la philosophie s’inscrit dans une structure nécessaire de l'histoire. Celle-ci traverse plusieurs époques jusqu'à l'époque actuelle, dite « terminale » non parce que les événements cesseraient, mais parce que le sens fondamental de l'histoire y devient reconnaissable. Après l'Holocauste, qui manifeste la forme la plus extrême de la violence sacrificielle, le refus humain de la justice apparaît dans sa radicalité comme pulsion de mort : l’homme ne refuse pas seulement la justice par ignorance ou intérêt, mais en raison d’une tendance plus radicale à refuser l'Autre, à ignorer l’individu, à revenir à la violence sacrificielle. L’époque actuelle reconnaît simultanément que cette négativité est inéliminable et doit être assumé sous sa forme historique minimale : le capitalisme, que la société juste ne supprime donc pas mais limite par le droit. La philosophie peut alors rétablir dans leur vérité la grâce chrétienne et l'élection juive. La grâce chrétienne faussée prétendait que tout le monde est déjà individu ; sa vérité est que chacun reçoit la possibilité de devenir individu et doit ouvrir cette possibilité à l'autre. L'élection juive faussée prétendait que l'individualité est réservée à certains ; sa vérité est que certains répondent effectivement à l'appel, alors que l'appel est adressé à tous. La philosophie peut ensuite reconnaître la vérité de toutes les grandes religions et poser son savoir comme universellement reconnu. Parce que la philosophie montre que les différents discours et les différentes religions portent déjà, chacun à sa manière, un moment du savoir philosophique vrai. C'est ce qui rend possible l'universalité sans coercition.
Le monde sacrificiel est une œuvre fausse structurée selon le Quaternaire. Le Quaternaire peut faire monde, mais précisément parce qu'il fait monde, il peut aussi devenir clôture : il se ferme sur ses quatre positions fondamentales et maintient son unité en sacrifiant le médiateur qui surgit comme cinquième terme. Le sacrifice est donc le mécanisme par lequel le Quatre se défend contre le Cinq. Le Quinaire introduit la dimension historique. Avant d’être lui-même structure diachronique, le Cinq rompt la structure du monde social, il est ce qui arrive au monde depuis son Autre et l'oblige à se transformer. C'est pourquoi il est médiateur : il relie la totalité existante à ce qui la dépasse. Juranville retrouve chez Heidegger et Rosenzweig une succession de cinq époques qu'il reformule comme antique, médiévale, moderne, contemporaine et actuelle. Il ne s'agit pas simplement des périodes scolaires de l'histoire de la philosophie, elles correspondent aux cinq moments nécessaires de l'accomplissement de l'acte philosophique. Et la cinquième, « actuelle », est précisément celle où la structure devient consciente d'elle-même. Mais il ne s’agit pas simplement d’un processus nécessaire et autosuffisant. L'homme ne pouvant s'arracher lui-même au système sacrificiel, l'histoire exige une rupture venue de l'Autre, dont le sacrifice du Christ constitue le point décisif. Le Christ transforme ainsi le cinquième terme sacrifié en Médiateur-Messie, capable de mettre en cause la clôture païenne. L'époque actuelle accomplit l'acte philosophique et ouvre alors les temps messianiques vers le « monde futur » ou Royaume de l'Esprit, sixième terme.
Cette structure sénaire reproduit un Ternaire originaire : Père, Fils, Esprit. L'homme, quatrième terme, falsifie ce Ternaire par le péché, c'est-à-dire en cherchant à s'approprier la puissance du Père ; le Fils incarné intervient comme cinquième terme pour dénoncer cette appropriation et rétablir la puissance de l'Autre ; il ouvre enfin au sixième terme, l'Esprit rétabli dans sa vérité. Le Sénaire constitue ainsi un double Ternaire, comparable aux deux triangles de l'Étoile de la Rédemption de Rosenzweig : une vérité d'abord posée puis falsifiée par l'existant, et cette même vérité répétée et rétablie à travers l'histoire. On peut donc condenser l'architecture : le 3 représente la vérité originaire ; le 4 représente le monde humain et sa clôture sous l’effet du péché ; le 5 introduit la rupture, avec la médiation et l’histoire ; le 6 accomplit cette rupture et rétablit la vérité dans une nouvelle totalité. Mais la vérité finale n'est pas simplement différente de la vérité initiale : elle est la même vérité devenue vraie à travers l'épreuve de sa falsification. Cela peut rappeler la dialectique hégélienne, mais avec cette différence majeure que la falsification n'est pas simplement un moment logiquement nécessaire, que l'Esprit pourrait déduire d'avance. Elle est foncièrement refus, elle passe par la liberté humaine, le péché, la pulsion de mort : soit le refus de l’Autre absolument Autre. Le Six ouvre au Royaume de l’Esprit, disions-nous, ou “monde futur”. Conséquence majeure : la philosophie ne saurait elle-même posséder les clefs du Royaume. Cela éclaire la revendication du « non-pouvoir » philosophique cher à Juranville : prétendre réaliser politiquement le Royaume reviendrait pour la philosophie à répéter le péché de l'homme s'appropriant la puissance du Père. Elle peut instituer le monde juste, fini et juridiquement organisé ; elle ne peut produire elle-même le Royaume.



“La philosophie accomplit donc son « acte » à l’époque présente, qu’on peut dès lors précisément appeler l’époque actuelle. Elle l’accomplit, pour autant qu’elle fait entrer dans les temps messianiques qui sont ceux de la fin de l’histoire - vers le « monde futur », vers le Royaume de l’Esprit qui, par rapport au Médiateur-Messie comme cinquième terme, en est un sixième. Sixième terme après le Ternaire absolu du Père, du Fils et de l’Esprit. Ternaire toujours d’abord faussé par l’homme qui, advenant comme quatrième terme (et cause efficiente, pour reprendre encore une fois Schelling), déploie, par son péché où il tente de s’approprier la puissance du Père, le système du paganisme. Après quoi le Médiateur-Messie, comme Fils incarné, intervient comme cinquième terme, pour mettre en cause le paganisme et y faire réapparaître la puissance du Père. Et dirige donc vers le sixième terme qu’est l’Esprit lui aussi rétabli dans sa vérité. Un tel sénaire (ou double ternaire) est celui, chez Rosenzweig, de l’Étoile de la Rédemption ou Étoile de David, avec ses deux ternaires ou triangles qui « se chevauchent en se croisant », celui des éléments (Dieu-monde-homme) et celui du mouvement réel qui les entraîne (Création-Révélation-Rédemption). C’est, pour nous, celui du ternaire divin, d’abord faussé par l’homme, et de sa répétition – ou de son rétablissement comme vrai – à travers l’histoire.”
KURANVILLE, 2010, ICFH

PHILOSOPHIE, Acte, Individu, Sujet social

La philosophie surgit dans une crise du sujet social : l’ordre traditionnel est ébranlé par son ennemi radical, l’émergence de l’individu. Le sujet social cherche alors spontanément un philosophe-législateur capable de restaurer l’ordre, mais Socrate accomplit le geste inverse : il s’efface comme maître supposé savoir, affirme que la vérité est en chacun et que toute loi juste doit pouvoir être reconstituée par chacun à partir de soi. La philosophie ne combat donc pas l’émergence de l’individu : elle la veut et l’approfondit. Mais l’individu, d’abord rejeté par le système sacrificiel, ne peut surgir que grâce à une rupture provenant de l’Autre absolu, rupture qui doit être accueillie et répétée. Le savoir primordial de ces ruptures est l’histoire. En affirmant l’histoire comme processus conduisant à l’acceptation effective de l’individu, la philosophie fait acte et ouvre à l’acte du sujet social. Celui-ci doit assumer sa finitude radicale, dont la forme sociale moderne est le capitalisme : non pas société juste en elle-même, mais forme minimale persistante de la violence sociale à mesure que le droit ouvre davantage d’espace à l’individu. L’acte philosophique reconnaît que le sujet social a effectivement commencé à vouloir le monde juste, mais cette reconnaissance ne devient savoir effectif que par l’affirmation de l’inconscient, qui seul permet de maintenir ensemble finitude et universalité. La psychanalyse fournit à la philosophie contemporaine le principe qui lui permet de dépasser l’opposition entre, d’un côté, savoir sans finitude radicale (Hegel) et, de l’autre, finitude radicale conduisant hors du savoir (Heidegger). Le sujet social accède ainsi à une identité vraie, c’est-à-dire ouverte à son autre, dont la religion fournit d’ores et déjà la forme : judaïsme et christianisme portent historiquement cette identité, tandis que l’islam (anté-historique) rappelle la permanence nécessaire de la communauté et le bouddhisme (post-historique) l’irréductibilité de l’individu face à elle. Mais l’acte philosophique ne s’accomplit qu’autant que le sujet social s’ouvre au sujet individuel. Cet accomplissement est la démocratie, qui, selon Juranville, est au capitalisme ce que l’amitié est à la sexualité. La démocratie doit être représentative, car une démocratie directe transformerait l’identité immédiate du peuple en nouveau pouvoir sacrificiel contre l’individu. La démocratie véritable assume d’ailleurs le fait que la plupart des individus continuent à fuir leur individualité, de sorte que le capitalisme, comme la sexualité au niveau individuel, reste une finitude irréductible que l’on ne peut que réguler au mieux. Seuls quelques individus vont jusqu’au bout de leur « élection » en produisant une œuvre tournée vers tout Autre : un sujet n’accomplit véritablement son acte qu’en faisant place à l’acte de son Autre. Au final, la philosophie aura accompli son acte au terme d’une suite d’effacements successifs, comme autant de ruptures historiques : d’abord le philosophe s’efface devant le sujet social ; puis le sujet social s’efface devant l’individu ; enfin l’individu accompli tourne son œuvre vers tout Autre. Tout cela n’est permis que si la philosophie elle-même se rapporte à l’Autre absolu - sinon l’histoire ne serait qu’un continuum, hasardeux ou nécessaire, et l’idée même de rupture n’aurait aucun sens.


“Or celui qui parle au nom de la philosophie, le philosophe, d'une part s’efface comme législateur souverain qui sait et, d'autre part, proclame (Socrate) que la vérité est en chacun, que les justes lois sont telles que chacun peut les reconstituer à partir de soi, et que l'émergence de l'individu, loin de devoir être combattue, doit au contraire être voulue toujours davantage. Bien plus, dès lors que l’existence est affirmée, celui qui parle au nom de la philosophie proclame que l’individu, toujours d’abord rejeté sacrificiellement par le monde social, ne peut émerger qu’à partir d’une rupture venant de l’Autre absolu. D’une rupture qui devra se répéter. Et d’une rupture qui devra être accueillie par les humains. Le primordial savoir vrai, savoir que chacun doit pouvoir reconstituer à partir de soi, est savoir de cette rupture, de ces ruptures, il est histoire.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

PEUPLE, Election, Vérité, Judaïsme

Si le sujet social refuse l’utopie véritable, il faut désormais découvrir ce qui peut transformer le sujet social lui-même. C’est ici que prend tout son sens l’élection, comme essence et altérité absolue du peuple. “Singularité et autonomie” la définissent. La singularité met le sujet en position de reconstituer personnellement la loi venue de l’Autre ; l’autonomie signifie qu’il doit le faire librement, sur fond de finitude radicale. L’élection n’est donc pas un privilège arbitrairement réservé à certains : elle est offerte à tout sujet, mais peu l’accueillent parce qu’ils pressentent le prix de l’individualisation, de la responsabilité et de l’œuvre. L’individu ne peut toutefois accueillir cette élection que si son peuple lui en transmet déjà la possibilité. Réciproquement la vérité des peuples ne vient d’aucune disposition innée : elle s’acquiert historiquement par les œuvres individuelles, notamment politiques, dont l’institution de l’État.
Juranville attribue au peuple juif une vérité primordiale parce qu’il aurait accueilli en premier l’élection universellement offerte. Mais cette élection se heurte au refus des autres peuples, et du sujet social en général (c’est ce qui le définit) : au lieu d'accueillir l'élection pour lui-même, le sujet social tend à rejeter celui qui en témoigne ; ce qui devrait être assumé par chacun est projeté sur une victime. La philosophie grecque - par l’idée, le dialogue et la raison - constitue ensuite une première universalisation : elle introduit la possibilité que la vérité de l'essentiel soit rationnellement reconnue par n'importe quel sujet individuel. Le philosophe devient un individu capable de sortir de l'identité collective. Sur le plan politique l’État et la visée rationnelle de la justice confirment l’originalité de ce peuple grec, mais cela ne veut pas dire que l’élection y soit accueillie par le sujet social. La condamnation de Socrate manifeste ouvertement la persistance du paganisme sacrificiel. Le Sacrifice du Christ franchit alors une nouvelle étape : grâce et élection concernent désormais non seulement l’individu mais le sujet social lui-même. Le péché rend pensable que le mal sacrificiel ne soit pas simplement le fait de mauvais individus, ou d’un mauvais peuple, ou d’un ennemi extérieur ; il appartient structurellement au sujet social comme tel. Le christianisme représente donc la possibilité d'une conversion du peuple lui-même. Pourtant ce sujet social projette à nouveau sa violence sur le peuple juif au lieu de l’assumer. En l’occurrence, le mécanisme sacrificiel consiste à attribuer le sacrifice du Christ au peuple juif : le sujet social considère que ce n'est pas « le peuple en général » qui a exigé la crucifixion, mais « le peuple juif ».
En affirmant l’existence, l’époque contemporaine doit penser ce qui rend cette contradiction possible. En effet l’existence signifie simultanément deux choses : la relation constitutive à l’Autre, et la tentation de refuser cette dépendance. Mais du fait même de l’existence, l’époque contemporaine suppose l’élection (ainsi que la grâce préalable) accueillie par le sujet social ; cela se traduit politiquement par la démocratie représentative qui apparaît comme l’institution adaptée à cette finitude : au moins la possibilité de l’élection (au sens propre) y est ouverte à tous. Le nihilisme témoigne cependant de la persistance du refus, ce qui se voit dans la Terreur, et qui connait son extrême déploiement dans la Shoah : logique sacrificielle tournée non plus contre l’Elu en personne, mais contre le peuple porteur primordial de l’élection. Mais la démocratie survie car une institution juste doit être capable de tenir, et même de fonctionner, avec des sujets radicalement finis et résistants à leur propre liberté. L’affirmation de l’inconscient, outre l’existence, apporte alors la possibilité de comprendre le mouvement même du refus, et surtout elle ouvre la possibilité, comme le dit Lacan, du « moment de conclure ». Ce qu’affirme la psychanalyse, c’est qu’après une traversée de la finitude, un acte peut recréer une identité, achever une histoire et en ouvrir une nouvelle. Car - temporalité propre du sujet de l’inconscient - l’acte répond à un acte et ouvre à d’autres actes. Transposé à l’histoire universelle, ce “miracle” s’applique selon Juranville à la fondation de l’État d’Israël et à sa reconnaissance internationale. Car l’histoire n'est pas davantage évolution continue ni succession arbitraire : elle est une chaîne d'actes qui se répondent. L’acte du peuple juif est ici la fondation d’Israël, qui objective indiscutablement une identité historique : il s’agit bien pour ce peuple du moment de conclure une partie de son histoire en entrant dans l’histoire politique. Avec comme conséquence, selon Juranville, la reconnaissance implicite par lui-même de la divinité du Christ. En effet, doté désormais de son propre Etat empirique, exposé à des dangers nouveaux mais aussi au jugement international, ce peuple ne peut plus se considérer lui-même comme “l’élu absolu”. Le Christ signifie pour lui que le sujet social, lui-même en tant que peuple, doit sortir de la position sacrificielle et accéder à une objectivité nouvelle. En fondant un État, le peuple juif assumerait cette autonomie politique. La reconnaissance internationale de cet Etat constituerait alors l’acte symétrique du « monde historico-chrétien », reconnaissant non seulement cette légitimité politique mais également la vérité (mais non l’exclusivité) de son élection.
Pour finir, la philosophie elle-même doit atteindre sa propre vérité, afin d’être entendue et reconnue par tous. Elle l’accomplit en supposant qu’elle n’apporte pas seule la vérité au monde, mais qu’un savoir est déjà présent, sous des formes diverses, dans tous les peuples et les grandes religions. Elle doit reconnaître, expliciter et articuler philosophiquement une vérité déjà à l'œuvre en eux. Pour elle l’élection véritable ne vaut que si elle tend vers son universalisation.



“Ce qui permettrait de réellement passer outre au rejet, par l’ordinaire sujet social ou peuple, de l’utopie vraie et d’élever ce sujet social, ce peuple, à sa vérité, ce serait ce qui, venant de l’Autre absolu, mettrait l’existant en général en position de reconstituer la loi de cet Autre – c’est la singularité – et, sur fond de finitude radicale, de le faire de manière absolument libre – c’est l’autonomie. Or singularité et autonomie définissent l’élection. Élection comme l’altérité absolue du peuple et son essence. Elle est offerte à tous les hommes, à tout sujet individuel, comme l’a parfaitement dit Lévinas. Mais le sujet individuel ne peut l’accueillir et la vouloir même (on sait combien Jacob, et d’abord Rebecca pour lui, l’a voulue) que dans la mesure où le peuple dans lequel il apparaît l’accueille déjà.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

INCONSCIENT, Acte, Autonomie, Hétéronomie

Comment l’affirmation de l’inconscient permet-elle de dépasser la contradiction propre à l’existence ? L’existence humaine est marquée par la finitude, le manque, le non-sens, l’impossibilité d’une autonomie absolue. Mais l’homme désire malgré tout être autonome, libre, créateur ; il veut être sujet de lui-même, alors qu’il dépend d’un ordre qui le dépasse. La contradiction ne peut se résoudre que par un acte. L’acte est une prise de position créatrice - comme une parole vraie - et une transformation du sujet ; l’acte conduit effectivement à l’autonomie. Pour autant l’autonomie véritable, pour qui affirme l’existence, ne peut apparaître que sur fond d’hétéronomie. La véritable autonomie consiste à assumer sa dépendance constitutive. En quoi la psychanalyse est-elle en mesure d’accomplir cet acte ? D’une part elle renonce à la position de conscience toute-puissante, d’autre part elle affirme que le symptôme possède une vérité, un sens inconscient. L’acte ne consiste donc pas à supprimer le symptôme mais à le transformer en lui substituant une parole créatrice, métaphorique, qui place le sujet en position d’autonomie. Or, comme l’inconscient, le sens provient toujours de l’Autre ; donc l’autonomie ne supprime jamais l’hétéronomie, elle en surgit.


“L’inconscient en effet, est d’une part l’Autre, et plus exactement l’Autre absolu au-delà de l’humain. Et l’inconscient est d’autre part la substance même de cet Autre absolu en tant qu’elle se communique à l’humain – elle est déjà là dans les symptômes du sujet individuel, mais elle ne se communique pleinement à celui-ci que s’il reconnait lui aussi sa finitude et s’il laisse venir librement la parole, ce qui le débarrasserait de tout symptôme pathologique. D’une part, donc, l’hétéronomie fondamentale, d’autre part l’autonomie nouvelle, créatrice qu’elle permet et qui se noue dans la parole métaphorique.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

GRACE, Analyste, Acte, Cause, LACAN

Pourquoi la parole psychanalytique peut-elle être reconnue comme vraie par le patient ? L’explication peut surprendre, puisque selon Juranville qui reprend l’idée de Lacan, ce phénomène relèverait de la grâce. Dans la situation analytique l’analyste se tient dans la position de l’objet-déchet (objet a chez Lacan). Lacan compare l’analyste à un saint qui, loin d’être glorifié, occupe justement la place rejetée. C’est cette position qui permet au patient de parler, d’une parole relevant de l’inconscient. L’analyste rend grâce à Dieu (sous le nom d’inconscient) et il dispense la grâce à l’autre : ce dispositif est de l’ordre de l’acte dans la mesure où il fait intervenir la cause matérielle qu’incarne l’objet ‘a’ ; cette grâce permet au sujet d’accéder à sa vérité inconsciente et donc à son désir. L’acte analytique produit une transformation réelle, mais qui ne peut pas être expliquée comme un mécanisme technique ; la grâce désigne précisément ce type d’événement. La grâce comporte deux dimensions paradoxales : l’altérité (dans la dépendance à l’Autre) et l’autonomie (car cette grâce s’effectue librement) ; ces deux composantes sont justement ce qui donne autorité et vérité à la parole analytique. L’action analytique se distingue ainsi de la magie ou de la suggestion, comme l’avait déjà montré Freud en opposant l’hypnose à la psychanalyse. La psychanalyse ne peut reconnaître la grâce qu’indirectement, car la nommer explicitement reviendrait soit à s’inscrire dans un cadre religieux qu’elle refuse, soit à revendiquer une action de maîtrise comme dans la magie. La philosophie, elle, peut le faire, non sans s’appuyer sur l’expérience analytique ; car le discours philosophique se pose explicitement comme savoir et peut donc nommer la grâce comme principe.


“Le discours psychanalytique doit reconnaître et même nommer la grâce, dès lors qu’il s’interroge sur son action et qu’il veut la distinguer de la magie. C’est ce que voulait Freud quand il opposait l’hypnose et la psychanalyse (la suggestion et le transfert) : « La thérapeutique hypnotique cherche à recouvrir et à masquer quelque chose dans la vie psychique ; la thérapeutique psychanalytique cherche, au contraire, à le mettre à nu et à l’écarter. » C’est ce que veut Lacan quand il se demande : « Quel est l’ordre de vérité que notre praxis engendre ? Comment nous assurer que nous ne sommes pas dans l’imposture ? » Il a bien l’idée que, face au discours du maître qui est celui de la magie et où la « vérité comme cause » intervient sous son aspect de « cause efficiente » (« efficiente », mais qui ne produit aucun véritable changement, et ne fait que réorganiser des données déjà là), le discours du psychanalyste, où la vérité intervient sous son aspect de « cause matérielle » ( c’est l’objet-déchet), est celui qui, par excellence, fait acte : « Le discours de l’analyse n’est rien d’autre que la logique de l’action. »  Et c’est là qu’il introduit le terme de « grâce » : « Une notion aussi articulée et précise que celle de la grâce est irremplaçable quand il s’agit de la psychologie de l’acte, et nous ne trouvons rien d’équivalent dans la psychologie académique classique. » « La mesure dans laquelle le christianisme nous intéresse, j’entends au niveau de la théorie, se résume au rôle donné à la grâce. Qui ne voit que la grâce a le plus étroit rapport avec ce que moi, partant de fonctions théoriques qui n’ont certes rien à faire avec les effusions du cœur, je désigne comme le désir de l’Autre ? » D’où l’on peut conclure que le discours psychanalytique doit à la fois reconnaître la grâce et la taire comme telle, se dédire après l’avoir dite, et qu’il s’attache plutôt au mécanisme de la grâce.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

FOI, Autonomie, Paradoxe, Parole

Le problème relève de la pensée et du savoir, il vise une solution objective, il se résout conceptuellement. Le paradoxe, lui, implique contradiction, ne se « résout » pas, doit être assumé. Le discours vrai du paradoxe ne supprime même pas la contradiction : il la déploie. Dès lors la foi est principe subjectif du paradoxe, comme la pensée est principe subjectif du problème. La foi n’est pas d’abord connaissance d’une proposition, mais confiance en la parole de l’Autre. Elle donne vérité, non à la proposition en soi, mais à la proposition en tant que dite par un Autre en qui l’on a foi. La foi est donc relation, finitude fixée dans la relation. Mais la foi ne doit pas devenir hétéronomie passive. Elle serait fausse si elle ne supposait pas que l’Autre donne les conditions de l’autonomie, si elle n’impliquait pas intériorisation. La foi authentique suppose qu’on puisse reconstituer soi-même la vérité reçue, qu’on puisse se l’approprier librement. Affirmer simultanément finitude et autonomie, c’est affirmer la foi. D’où son caractère d’acte (et non d’abord de sentiment) : on donne sa foi, on jure sa foi, comme on donne sa parole. Elle rend possible l’assomption du paradoxe, mais le discours qui accomplit cette assomption doit d’abord venir de l’Autre absolu lui-même. La foi est dès lors foi en l’Autre comme Fils : accueil de la parole de sacrifice, de la renonciation qui arrache à l’objectivité ordinaire, de l’amour qui fonde le discours vrai, et de la révélation qui donne à cette objectivité une portée universelle. Par la foi, le paradoxe peut devenir effectivement reconnu comme objectivité vraie.


“Ainsi, face au discours comme la vérité objective du paradoxe et au savoir comme celle du problème, la foi est le principe subjectif du paradoxe, là où la pensée est celui du problème. Ajoutant foi, il donne vérité, pour lui, à ce qui est dit ; non pas cependant à la proposition en elle-même, mais à la proposition en tant qu’elle est dite par tel Autre en qui il a foi, dans la parole de qui il a foi. La foi est ainsi finitude, fixée dans la relation à l’Autre. Cette foi, dans laquelle on se rapporte alors à l’Autre en dehors de soi, à l’extérieur (la foi en cela n’est pas savoir), deviendrait fausse si celui qui « ajoute foi », qui « a foi », ne supposait pas que l’Autre lui donnera toutes les conditions pour s’établir dans l’autonomie et reconstituer par soi la vérité de la proposition dite, pour s’« intérioriser » cet Autre. Cette autonomie se marque dans le fait que la foi non seulement se rapporte à la parole de l’Autre (en qui on a foi), mais est elle-même parole : on donne et jure sa foi (foi du mariage, foi jurée par le vassal au suzerain) comme on donne et jure sa parole. Et c’est parce que la foi est autonomie que tel ou tel peut se fonder « sur la foi des témoins ». En fait d’emblée la foi, celle qu’on a en quelqu’un ou dans une proposition, est autonomie, autonomie encore risquée, qui a besoin d’être confirmée, mais autonomie.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT

EVENEMENT, Acte, Altérité, Autonomie

Qu’est-ce qui permet d’accueillir l’évènement essentiel et de tenir le récit manifestant sa vérité aux yeux de tous ? Puisque l’événement est réalité et sens et le sens position de l’altérité, il s’agit en fait d’accueillir l’Autre absolu en reconstituant par soi-même sa loi. Or cette réalité dans l’autonomie est ce qui définit l’acte, lequel est ainsi l’altérité absolue de l’histoire et son essence.


“Acte qui est accompli par l’Autre absolu dans l’événement primordial quel qu’il soit (Création, Révélation – juive ou chrétienne ou autre) et que l’existant doit à son tour accomplir dans l’événement terminal. Pour nous, comme c’était, dans l’histoire originelle du peuple juif, la répétition de la loi (Deutéronome), c’est, dans l’histoire universelle, l’affirmation par Freud de l’inconscient. Laquelle annonce ces actes politiques décisifs que sont l’acte du peuple juif fondant l’État d’Israël et l’acte du monde chrétien proclamant la reconnaissance internationale de cet État.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

ACTE, Révélation, Histoire, Infini, LEVINAS

Si l'acte se définit bien comme autonomie et réalité, l'acte propre de la philosophie consiste à déployer l'histoire au moyen du savoir et à l'accomplir jusqu'au bout, jusqu'à la reconnaissance sociale et universelle du discours de l'individu. Elle répond ainsi à l'acte originel provenant de l'Autre absolu, soit la Révélation qui commande à l'homme de rompre avec le paganisme et d'accueillir Autrui. Levinas a déjà suggéré que l'idée même d'Infini, transmise par la Révélation, implique une activité qui est "surplus de l'être sur la pensée", voire une "descente dans le réel" qui constitue un point de départ pour l'éthique. Mais l'acte ne perdure qu'en se faisant oeuvre dans la voie de la sublimation.

"La philosophie affirme le savoir. Elle veut que son savoir soit socialement, universellement reconnu. Que cette autonomie s'étende au-delà de la seule réalité de l'existant philosophe, à celles de tous les hommes. Elle veut accomplir son acte, autonomie et réalité définissant l'acte. Accomplir cet acte qu'elle a engagé, en réponse selon nous à la révélation juive, par l'ouverture de l'espace de l'histoire... L'acte est pour nous ce qui rend acceptable à tous le récit qu’est histoire, et ce qui permet de répondre à l'événement premier que la révélation par l'événement humain par excellence qu’est histoire universelle déployée jusqu'au bout... S’oppose à l’acte en tant qu’il introduirait du nouveau ce que Freud appelle la pulsion de mort (pour nous la finitude radicale)."
JURANVILLE, PHER, 2019

ACTE, Résolution, Pensée, Etre, HEIDEGGER

Pour Heidegger, l'acte essentiel se confond avec la résolution par laquelle l'existant répond à l'appel de l'être. Au-delà de la simple résolution il y répond activement par la pensée, qui certes comme accomplissement ou déploiement d'une chose "dans la plénitude de son essence", ne relève pas, pour Heidegger, de l'objectivité d'un savoir. "La pensée accomplit la relation de l’être à l'essence de l'homme", sans être cette relation elle-même car comme le précise Heidegger, "la pensée la présente seulement à l’être comme ce qui lui est remis à elle-même par l’être." Cela signifie clairement qu'aucune fin n'est assignable à l'acte, que son achèvement reste voué à l'imprévisible, que son accomplissement n'est pas de l'ordre d'un "objectif" - à moins de confondre l'acte avec un faire, une technique de la pensée, comme s'y emploie la métaphysique depuis Platon, selon Heidegger.

"À l'appel de l'Etre, appel en lui d’un Autre absolu, l'existant répondrait favorablement par le vouloir-avoir-conscience ou résolution... La résolution est engagement dans l'acte véritable et ce qu'il a absolument nouveau. Mais si, pour Heidegger l'acte qui est déjà la résolution étendue vers son accomplissement et même se confond avec lui, cet accomplissement ne relève pas de l’objectivité universellement reconnu d'un savoir... Pour lui, assigner une fin à l’acte, à l’agir, c’est le confondre avec le faire, c’est la falsification traditionnelle, venu du platonisme (Platon d’abord, mais encore Aristote) pour lequel il n’y a pas de surgissement imprévisible de l’être, de l’être comme existence, rien qu’une essence intemporelle (et fausse par là même)."
JURANVILLE, PHER, 2019

ACTE, Signifiant, Sujet, Sublimation, LACAN

L'acte est toujours un signifiant qui, produit à partir d'un autre signifiant, vient introduire une rupture, un changement structurel dans le sujet : en réalité l'acte instaure un sujet différent, différemment représenté par un signifiant pour les autres signifiants (selon la célèbre définition du signifiant par Lacan). L'acte ne vaut que d'être confirmé (il peut aussi échouer), ce qui implique que le signifiant en question puisse se répéter. Or la répétition de l'acte - quand elle n'est pas "passage à l'acte" régressif, mais parole ou écriture - vaut comme une structure à part entière, et même structure créatrice : c'est la voie de la sublimation.

"Le difficile de l’acte (c’est patent pour le crime), c’est qu’il faut être à la hauteur de l’acte qu’on a accompli, montrer qu’on le referait si la situation était la même, qu’on ne cesse de le revouloir, d’en vouloir, comme le dit Nietzsche, le retour éternel : c’est en ce sens qu’il est « un signifiant qui se répète ». L’acte est l’entrée effective dans une autre structure, la sublimation même. Non pas simplement instauration du sujet, mais surgissement du sujet comme différent... Et c’est comme acte d’écriture ou de parole que l’« acte » prétendu peut être proprement un acte. Le crime ne s’accomplit jamais comme acte, et le « passage à l’acte » n’est qu’échec de l’acte véritable."
JURANVILLE, LPH, 1984

ACTE, Philosophie, Histoire, Psychanalyse

Comme savoir de la rupture en général, l'histoire s'analyse dans son concept comme événement, récit, puis acte. "Il [l'acte] est ce qui fait accueillir la rupture de l’événement en tant que cette rupture doit se répéter aussi longtemps qu’elle ne s’est pas accomplie dans le savoir." écrit Juranville. Lacan reconnait au seul discours analytique la capacité de faire acte, faisant en sorte que l'Autre, le patient, accède à sa vérité. C'est pourtant en se plaçant sur le terrain de la philosophie, en posant l'être comme vérité du sujet de l'inconscient qu'il a cherché à faire entendre et reconnaitre cet acte analytique. Car la philosophie poursuit elle-même une visée d'acte, acte politique au niveau du sujet social, tout en prenant la psychanalyse comme modèle de discours permettant à l'acte de s'accomplir (le patient y étant placé par l'analyste au lieu de la vérité). Déjà la relation éthique, comme relation à l'homme vrai selon Levinas, relève d'une logique de l'acte - simple visée cependant, sans aller jusqu'à s'accomplir en acte politique. L'acte politique de la philosophie nécessite que celle-ci accorde sa grâce aux autres grands discours, qu'elle reconnaisse leur vérité partielle et qu'elle s'efface comme pouvoir face à l'Autre absolu de la religion. L'acte propre de la philosophie est donc bien l'achèvement de l'histoire. L'acte comme fin de l'histoire (et épiphanie des religions) s'analyse alors comme libération (l'acte en lui-même), responsabilité (ce dans quoi et par quoi s’accomplit l’acte), enfin comme révélation (ce qui inspire l'acte jusqu'à son accomplissement).

"Freud et Lacan, le premier en l’introduisant, le second en l’accomplissant, ont montré, dans la psychanalyse, le modèle de l’acte – de l’acte en tant que seul il peut s’opposer réellement à la catastrophe absolue qu’est l’holocauste. Freud, parce qu’il a affirmé l’inconscient dans le cadre d’une relation thérapeutique, a pu donner à ce concept toute sa portée. Et il a découvert alors, d’une part, l’inéliminable de la pulsion de mort – d’où son pressentiment de l’holocauste, la pulsion de mort ne pouvant, face à l’exigence d’entrer dans la fin de l’histoire, qu’entraîner vers la catastrophe absolue –, d’autre part la possibilité offerte par la psychanalyse, en s’affrontant à la pulsion de mort, de faire triompher sur elle la pulsion de vie – acte."
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT

ACTE, Analyse, Parole, Interprétation

Ce qui se passe dans l'analyse relève d'un acte de parole, celui de l'analyste. Même si c'est l'analysant qui parle (comme sujet barré) et l'analyste qui se tait (comme objet 'a' d"abord, présent physiquement, mais comme Chose signifiante ensuite), en réalité l'analysant fait bien acte d'écriture en cherchant à formuler (certes oralement) le signifiant-maître S1 (même si c'est l'analyste qui prend des notes), et l'analyste fait bien acte de parole lorsque, intervenant depuis son écoute attentive et/ou distraite, sa coupure opportune suscite au lieu de l'analysant une interprétation. Dès lors, même s'il doit parler effectivement, c'est comme si c'était l'analysant, car c'est toujours au lieu de l'analysant que l'interprétation se fait.

"Comment s’accomplit l’acte psychanalytique ? Il est acte de parole, propre à l’analyste. À quoi doit répondre l’acte d’écriture de l’analysant... C’est en tant que la Chose que l’analyste parle. Même et surtout dans son silence. C’est sa parole effective au contraire qui peut marquer sa résistance et conduire à l’échec. Quand il interprète, c’est au lieu où se déroule la parole effective, et où il s’agit d’éviter que le signifiant verbal ne s’efface au profit du symptôme. L’interprétation juste est énoncée au lieu de l’analysant, comme par l’analysant. Mais elle est l’acte de l’analyste."
JURANVILLE, LPH, 1984