La castration est une loi structurale liée à la fonction paternelle mais, comme l’a maintes fois rappelé Lacan, elle ne doit pas être confondue avec l’interdit lui-même ou la menace de rétorsion exercés par le père imaginaire. On distingue clairement le père imaginaire, le père réel et le père symbolique, ces deux derniers se déduisant du Nom-du-Père. Celui-ci possède une double dimension : comme nom, il désigne le père effectif ; comme signifiant, il fonctionne comme signifiant-maître. Le premier aspect permet de comprendre en quoi le père réel, celui qui doit être désigné par la mère, possède quelque chose de signifiant : il s’agit du phallus, qui signifie le désir en général (le père réel, géniteur ou non, est “celui” qui est désiré par la mère). Il est bien réel car “Le nom, c’est ce qui appelle à parler. À l’appel du Nom-du-Père, quelqu’un peut se lever pour répondre.” En tant que tel le phallus est alors le signifiant de la faille qui demeure au cœur même du signifiant (le symbolique n’est pas un système clos, le discours de la mère non plus), mais il reste lui-même indicible. Le second aspect du Nom-du-Père est proprement signifiant : il constitue le père symbolique. Dans le discours de la mère, cette fonction apparaît sous la forme du signifiant du Nom-du-Père, en tant qu’il qui ne désigne pas seulement le père réel mais la loi. Le père symbolique est ainsi l’Absent, non le père qui directement interdit (ou celui qui, au besoin, besogne la mère), mais celui qui institue le monde comme ordre symbolique. Il est « l’instituteur du monde » et le père de la loi, la loi du désir qui limite l’être du sujet aussi bien que l’Autre maternel. Le Nom-du-Père est finalement le signifiant qui, dans l’Autre comme lieu des signifiants, désigne l’Autre lui-même comme lieu de la loi. La castration doit donc être comprise comme la condition structurale de cette inscription du sujet dans un monde régi par la loi, et non comme une simple prohibition de la jouissance.
NOM-DU-PERE, Castration, Loi, Phallus, LACAN
IDENTIFICATION, Analyse, Père symbolique, Imaginaire
Le processus de la cure, en tant que forme de sublimation, conduit l’analysant à une identification IMAGINAIRE au père symbolique, lui permettant de faire émerger le signifiant du désir. Il ne s’agit rien d’autre que d’une forme d’amour, la plus haute qui soit, du lieu de l’Autre - répondant au pur amour de l’analyste, placé en position de la Chose (Autre réel). A noter que cet amour, don absolu par lequel le sujet se fait Père symbolique, donc pure référence, implique d’endosser en quelque sorte le rôle du mort (ce qui explique la tentation persistante, pour l’analysant, de retomber dans les stratégies de l’amour névrotique - identification, cette fois, au père imaginaire). Mais cette identification imaginaire au Père symbolique doit être distinguée de l’identification SYMBOLIQUE qui constitue le sujet en tant que parlant. Car cette identification symbolique, qui implique l’aphanisis (disparition) du sujet, se fait en direction du père réel en tant que représentant de la loi, dont on assume alors la fonction. C’est donc d’une perte d’être qu’il s’agit dans cette identification. Tandis que l’identification imaginaire au père symbolique, comme en toute sublimation, offre une consistance propre au sujet, une quasi immortalité au-delà de la vie : “Dans la cure, l’analysant ne cesse d’être situé à la place du père symbolique, sans qu’aucune interruption le menace dans sa consistance imaginaire. Identification purement imaginaire, mais qui a des effets réels” écrit Juranville.
ECRITURE, Sujet, Destin, Père symbolique, LACAN
Le sujet n’écrit pas en tant que sujet, pour Lacan le sujet est le destinataire de la lettre : « une lettre arrive toujours à destination », c’est-à-dire au sujet dont elle constitue le destin. La lettre tracée sur la page rejoue, sur le plan de l’universel, ce qui fonde le sujet dans son identification symbolique, à partir du trait unaire. Cette trace première n’est qu’un fragment d’écriture ; elle appelle le sujet à poursuivre, à accomplir l’écriture commencée. Ainsi, si la lettre est destinée à l’homme, son destin est précisément d’écrire, jusqu'à la composition d'une écriture achevée, celle de l’œuvre. Il n’y a pas de sens donné à reprendre, ni de passé à reconquérir, mais une confrontation au réel, à l’impossible où le sujet est toujours déjà pris. Le destin du sujet est alors, écrit Juranville, d’"advenir comme la Chose sans visage". Ce destin peut être figuré par le vide même la page : temps imaginaire pur sans autre matérialité que celle de la coupure signifiante, en attendant que la signification se constitue par la référence au Père symbolique, auquel le sujet doit s'identifier pour que s'accomplisse la sublimation.