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IDENTIFICATION, Analyse, Père symbolique, Imaginaire

Le processus de la cure, en tant que forme de sublimation, conduit l’analysant à une identification IMAGINAIRE au père symbolique, lui permettant de faire émerger le signifiant du désir. Il ne s’agit rien d’autre que d’une forme d’amour, la plus haute qui soit, du lieu de l’Autre - répondant au pur amour de l’analyste, placé en position de la Chose (Autre réel). A noter que cet amour, don absolu par lequel le sujet se fait Père symbolique, donc pure référence, implique d’endosser en quelque sorte le rôle du mort (ce qui explique la tentation persistante, pour l’analysant, de retomber dans les stratégies de l’amour névrotique - identification, cette fois, au père imaginaire). Mais cette identification imaginaire au Père symbolique doit être distinguée de l’identification SYMBOLIQUE qui constitue le sujet en tant que parlant. Car cette identification symbolique, qui implique l’aphanisis (disparition) du sujet, se fait en direction du père réel en tant que représentant de la loi, dont on assume alors la fonction. C’est donc d’une perte d’être qu’il s’agit dans cette identification. Tandis que l’identification imaginaire au père symbolique, comme en toute sublimation, offre une consistance propre au sujet, une quasi immortalité au-delà de la vie : “Dans la cure, l’analysant ne cesse d’être situé à la place du père symbolique, sans qu’aucune interruption le menace dans sa consistance imaginaire. Identification purement imaginaire, mais qui a des effets réels” écrit Juranville.


“L’analyste, mis dans la position de la Chose par le discours analytique, fait du sujet le lieu où peut venir le signifiant du désir. Identification imaginaire au père symbolique, qui constitue le seul vrai amour qui soit possible à l’homme. L’analysant est situé « ailleurs », introduit dans une identification qui le fait absent de la scène. Soustrait par le vrai amour de l’analyste à l’ambivalence affective de la névrose. Mais si cette identification qui fait du sujet l’Autre, la référence suprême, doit être envisagée comme un don d’amour, elle suppose également que le sujet renonce à son être de vivant. Le père symbolique est le père mort, ou mieux, placé en dehors de la vie. Ce renoncement, et la souffrance qu’il entraîne, expliquent la possibilité constante pour le sujet de fuir dans la séduction névrotique.”

ECRITURE, Sujet, Destin, Père symbolique, LACAN

Le sujet n’écrit pas en tant que sujet, pour Lacan le sujet est le destinataire de la lettre : « une lettre arrive toujours à destination », c’est-à-dire au sujet dont elle constitue le destin. La lettre tracée sur la page rejoue, sur le plan de l’universel, ce qui fonde le sujet dans son identification symbolique, à partir du trait unaire. Cette trace première n’est qu’un fragment d’écriture ; elle appelle le sujet à poursuivre, à accomplir l’écriture commencée. Ainsi, si la lettre est destinée à l’homme, son destin est précisément d’écrire, jusqu'à la composition d'une écriture achevée, celle de l’œuvre. Il n’y a pas de sens donné à reprendre, ni de passé à reconquérir, mais une confrontation au réel, à l’impossible où le sujet est toujours déjà pris. Le destin du sujet est alors, écrit Juranville, d’"advenir comme la Chose sans visage". Ce destin peut être figuré par le vide même la page : temps imaginaire pur sans autre matérialité que celle de la coupure signifiante, en attendant que la signification se constitue par la référence au Père symbolique, auquel le sujet doit s'identifier pour que s'accomplisse la sublimation.


"Le sujet a à advenir comme la Chose sans visage, tel est son destin. Quand il entre dans l’écriture, il rencontre d’abord le lieu vide de la page. Ce vide est son destin. L’écriture appelle l’homme à « s’installer » dans ce manque de l’Autre, qui est manque de soi. La page n’est jamais simplement matérialité transie par le sens, dans l’« intentionnalité » propre au signe. Elle n’est pas non plus matérialité massive et continue des étants intramondains. Elle est la matérialité de la coupure signifiante n’ouvrant plus que sur le non-sens. In-différence de la surface vide, temps imaginaire pur (sans même le repère que le monde suppose dans le sujet), espace où se déploie l’hallucination fondamentale. Mais pour celui qui entre dans l’acte effectif de l’écriture et advient comme sujet, la référence paternelle permet que sur ce drap de la perception les étants soient re-posés comme objets du monde. La page devient alors outil et s’établit en un lieu, sur telle table. L’écriture cependant entraîne l’homme au-delà de son être de sujet, dans une identification imaginaire à l’Autre symbolique, au père comme non-vivant. Identification qu’il doit souffrir, dans la production de l’œuvre où s’accomplit la sublimation."
JURANVILLE, 1984, LPH