MATHEME, Écriture, Parole, Sublimation, LACAN

 Juranville affirme volontiers que le mathème de la psychanalyse se tient tout entier dans le schéma L, en tant que “schéma quaternaire de la structure signifiante fondamentale de l’inconscient”. C’est d’autant plus convainquant qu’il réalise et assume un télescopage entre le schéma L initial de Lacan (faussement “intersubjectif”) et la structure logique qui résulte de la réinterprétation, par le même Lacan, plus tardivement, des propositions de base de la logique formelle. Le schéma L de Lacan était destiné à représenter : le sujet, le moi, l'Autre, l'autre imaginaire ; plaqué sur le carré logique, avec Juranville, il prend une dimension beaucoup plus compréhensive, d’où ressort une opposition franche entre l’écriture et la parole. Les modalités du nécessaire et du possible correspondent au domaine où s'organise l'écriture scientifique : le réel est progressivement mis en forme, ordonné, symbolisé. Les modalités du contingent et de l’impossible indiquent les limites de cette même écriture : d'un côté ce qui demeure sans relation dans l’écrit et résiste au symbolique, de l'autre ce qui échappe entièrement à l’écriture et surgit, imprévisiblement, dans la parole. Cette opposition permet à Juranville de distinguer deux positions subjectives - qu’il attribue respectivement à l’homme et à la femme - irréductibles l’une à l’autre et deux rapports foncièrement différents à la sublimation. Qu’il s’identifie au père symbolique ou bien au père réel, celui qui écrit est seulement engagé dans le travail de la sublimation, il produit une œuvre qui n'est pas encore pleinement accomplie. Qu’il s’identifie à la Chose en tant qu’objet ou à la Chose en tant que phallus (hors monde), celui qui parle réalise vraiment la sublimation et produit une œuvre que l’on peut dire « parlante », en ceci qu’elle porte désormais sa vérité propre (elle est devenue vivante, elle parle toute seule). 



Schéma de Juranville


“Les deux positions sont nécessaires pour concevoir l’entrée dans la sublimation, et irréductibles si la sublimation totale est impossible à l’être humain et qu’il y ait une négativité absolue : il y a toujours à accéder à la sublimation. Ces deux positions auxquelles on ne peut pas s’identifier en même temps, que signifient-elles pour le sujet ? La position de celui qui écrit, et de l’écriture comme processus inaccompli, c’est celle de l’homme. Les deux formules qui la constituent indiquent, l’une la fonction du père symbolique, l’autre la place du père réel comme sujet de la loi (la loi de la castration donnant la vérité de toute loi). La seconde position est celle de la femme. Position de la parole, comme écriture « parlante » (et c’est la Chose à la place de l’objet, en tant qu’elle ouvre à la loi de la castration par la référence paternelle), et comme parole pure (c’est la Chose à la place du phallus, en tant qu’elle est résolument hors monde).”
JURANVILLE, 1984, LPH

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