Soit le VI° commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère. » L’adultère n’est pas seulement un écart sexuel ou une tendance à la débauche, mais la rupture d’un engagement, celui de fonder une famille durable. L’adultère devient symbole de la fuite devant l’œuvre au profit d’une jouissance immédiate. La tentation n’est jamais contrainte, mais possibilité. Elle laisse libre (on peut y céder ou non), mais si l’on y cède, la liberté se transforme en dépendance. La tentation nie la finitude puisqu’elle fait miroiter l’immortalité, la toute-puissance, ou la jouissance sans limite - soumission à un faux Autre absolu, une idole, un Surmoi. Le vrai Dieu ne tente pas au sens de piéger ou d’induire en erreur ; la tentation vient de l’homme et Dieu donne plutôt les moyens d’y résister. Nul héroïsme dans la fidélité, simplement réponse à une grâce donnée. Respecter ses engagements permet d’obtenir ce que Dieu promet sans qu’il s’agisse d’un contrat ou d’un marchandage. Il existe une institution qui permet d’assumer toute la finitude dans le couple et la société : le mariage. Car le mariage est engagement, mais il tient compte à la fois de la sexualité, de la mort, de la captation incestueuse, et il transforme cette sexualité et le désir qui la transcende en oeuvre durable. La sexualité, indéniablement, porte une charge de pulsion de mort. Mais le désir humain, malgré cela, reste orienté vers l’Absolu. La fidélité ne supprime pas le désir, elle le libère et l’accomplit dans une oeuvre, et ainsi dans l’histoire. La philosophie judéo-chrétienne doit donc tenir ensemble deux exigences : la sacralité du mariage et la reconnaissance de la puissance ambivalente de la sexualité. Le christianisme insiste particulièrement sur la menace que la pulsion de mort fait peser sur cette sacralité et sur la nécessité de libérer le désir, masculin comme féminin, sans complaisance pour ses dérives et ses régressions païennes. Il condamne, semble-t-il plus explicitement que le judaïsme, la complaisance traditionnelle envers les incartades du désir masculin (même si dans ses phases de repaganisation, l’Eglise a régulièrement fait peser sur la femme la responsabilité du péché de chair et de la tentation).
FIDELITE, Tentation, Mariage, Sexualité
DESIR, Sexualité, Pulsion de mort, Phallus
Le désir, quelque soit la nature de l'objet qu'on lui assigne, ne se conçoit qu'en corrélation avec trois réalités psychiques fondamentales : d'une part la pulsion de mort, qui traduit pour la psychanalyse ce que les philosophes appellent la finitude radicale, et la religion le péché, soit le refus d'assumer le manque en général ; d'autre part le phallicisme qui est, pour tout sujet parlant, le mode d'identification permettant l'accès au désir ; et enfin la jouissance comme finalité du désir, qui est à distinguer formellement du plaisir. Or la pulsion de mort comme tendance à la répétition reste le fond commun des pulsions partielles, lesquelles se caractérisent comme sexuelles en ceci qu'elles mobilisent d'une façon ou d'une autre le signifiant phallus. C'est pourquoi il est légitime de caractériser le désir comme sexuel. Ceci est l'apport majeur de la psychanalyse.
CREATION, Nomination, Homme, Dieu
La création s'exerce par la nomination, divine d'abord (comme il est rapporté dans la Genèse), humaine ensuite pour donner consistance aux choses. "Dieu se reposa lorsque dans l’homme il eut déposé son pouvoir créateur" et lorsque "les choses reçoivent leur nom de l’homme" écrit Benjamin. Ensuite Dieu créa la femme afin que l'homme ne se sente pas seul, à partir d'une côte prélevée sur l'homme (on peut voir dans cette partie désormais manquante le Phallus dont parle la psychanalyse) : elle devient dès lors son semblable et son égale. Cependant la puissance créatrice ne tarde pas à se fausser chez l'homme, à se transformer en rivalité avec Dieu (adoration d'idoles fausses, sacrifices, prétention par la magie d'égaler Dieu... toute la panoplie du paganisme). C'est bien parce qu'un matriarcat s'installe, célébrant la Nature plutôt que le divin, ou le corps maternel plutôt que la parole paternelle, que la tentation - ourdie par le serpent-phallus (prétendant effacer la castration) - touche d'abord la femme, puis l'homme immédiatement, puisqu'il ne tarde pas à croquer à son tour dans la pomme (objet partiel du corps maternel). Même finitude donc, chez l'homme et la femme, qu'ils devront assumer (et non pas nier) dans le désir et la sexualité comme moyen de se tourner vers l'Autre, de le "connaître", et bien sûr moyen de procréer ...des semblables, d'autres créatures de Dieu.
AUTRE, Mère, Sexualité, Oeuvre, LEVINAS
"Travailler à cette œuvre, c'est en effet faire exister pour soi la place de l'Autre au jugement duquel l'œuvre en progrès est sans cesse offerte, et du point de vue duquel est elle, en cela, peu à peu produite... C'est ce que fait implicitement la psychanalyse avec ceci qu'elle ouvre et réouvre au patient l'espace d"une telle œuvre... Et c'est ce que fait explicitement la philosophie en préparant l'institution du monde juste dans lequel chacun aura l'espace où, par l'œuvre, il peut devenir individu - et Autre vrai."
JURANVILLE, 2015, LCEDL
ANGOISSE, Hétéronomie, Unicité, Sexualité
L'angoisse est définie comme hétéronomie et unicité. En effet c'est de l'Autre que vient l'appel, pour le sujet soumis à la répétition absurde, de donner sens au non-sens, et ceci jusqu'à l'objectivité. L'unicité est vécue comme non-sens tant que le sujet refuse l'hétéronomie elle-même. La manière commune de fuir l'hétéronomie, et donc l'angoisse, consiste à s'abandonner à la pulsion (pulsion de mort dans son essence), c'est-à-dire à la sexualité. L'Autre y est écrasé sur l'objet (unicité abstraite) érigé en fétiche et maître (autonomie fausse).
AMOUR, Amitié, Démocratie, Politique
La démocratie est à la politique, sur le plan social, ce que l'amitié est à l'amour, sur le plan individuel : à savoir une façon d'assumer la finitude constitutive à laquelle l'homme est confronté dans sa relation avec l'autre. C'est le capitalisme qu'il s'agit d'assumer dans le cadre de la politique, et c'est la sexualité dans le cadre de l'amour.
ALIENATION, Sexualité, Possession, Objet
Tout homme doit affronter l'aliénation à la sexualité - figurée d'abord par couple parental et plus généralement par le Phallus - pour se libérer de son pouvoir de possession. Là où le sujet se tenait devant l'Autre comme son objet, son complément, voire son instrument, il doit réaliser - par la grâce de l'Autre vrai, par exemple le psychanalyste - que le "rapport sexuel" n'existe pas et que la sexualité recèle, fondamentalement, la pulsion de mort.