L'interprétation consiste à substituer une signification nouvelle à une signification apparente. Ce mouvement produit d'abord un effet de non-signification : le sens immédiat s'effondre. Mais ce vide ouvre ensuite l'espace d'une signification plus vraie, ce qui caractérise la métonymie telle que Lacan la comprend, comme déplacement d'un signifiant vers un autre. La philosophie et la psychanalyse reposent sur cette même structure interprétative : la première organise l'histoire universelle, la seconde l'histoire individuelle. Pour l'interprète, ce qui est recherché est l'inconscient ; pour celui qui reçoit l'interprétation, ce qui apparaît est le désir. Le désir est relation à l'Autre et tentative de transformer une hétéronomie subie en autonomie créatrice. Freud a découvert le point de départ de toute interprétation en mettant au jour la sexualité, mais celle-ci ne constitue pas encore le sens ultime : elle représente plutôt le non-sens fondamental lié à la finitude humaine. L'interprétation véritable doit dégager, à travers le sexuel, un désir orienté vers l'Autre et capable de devenir œuvre. Lacan a vu le lien essentiel entre interprétation, métonymie et désir (au point d’affirmer : “le désir, c’est, en somme, l’interprétation elle-même”), mais il maintient que le désir demeure impossible à dire complètement et que l'inconscient reste un savoir insu. Juranville s'en sépare en soutenant qu'une signification vraie peut être objectivement dégagée par l'interprétation et intégrée à un savoir philosophique explicite.
INTERPRETATION, Métonymie, Désir, Sens, LACAN
PLAISIR, Instant, Sens, Temps, KIERKEGAARD
Le plaisir ne peut se concevoir qu’à partir d’une expérience du temps. Le sujet fini éprouve d’abord le pur passage du temps que comme non-sens, puisque tout y disparaît. Le plaisir véritable est alors défini comme l’instant : moment où le sens surgit comme Autre et soumet le sujet à sa loi, mais où simultanément le sujet s’approprie ce sens et s’engage à le recréer lorsque celui-ci sera devenu passé. Accueillir pleinement l’instant implique donc de rompre avec la “clôture mélancolique” et d’accomplir un acte créateur. Kierkegaard avait très bien décrit l’instant comme le point de contact entre le temps et l’éternité, “atome d’éternité” où surgit l’histoire véritable. Le sujet humain, synthèse contradictoire de temporel et d’éternel, doit alors choisir : soit fuir cette contradiction en se fixant au temporel, soit l’assumer et accueillir le sens, ouvrant ainsi la voie de l’esprit. Mais comme toujours la pensée de l’existence refuse de poser objectivement ce sens dans le savoir. Bien qu’elle reconnaisse le surgissement du sens dans l’instant, elle refuse son accomplissement objectif. Elle demeure ainsi incapable de reconnaître un véritable plaisir, qui supposerait l’assomption créatrice du sens dans l’œuvre et dans le savoir.
INCONSCIENT, Sens, Monde, Symptôme, FREUD
Déjà pour Freud l’inconscient ne s’oppose pas à la conscience comme le non-sens s’opposerait au sens. Précisément l’inconscient, et ses manifestations comme les symptômes, ont un sens supposable mais non anticipable selon une temporalité ordinaire. L’inconscient n’est pas hors-sens, il est plutôt hors-monde. Le monde est le domaine des signes (les symptômes, au sens médical, sont de tels signes) accessibles à la conscience, tandis que l’inconscient est le domaine de signifiants dont le signifié (résultat de l’opposition des signifiants entre eux) ne saurait être anticipé.
INCONSCIENT, Identité, Existence, Discours
Si avec Lacan la psychanalyse apparait comme discours, au même titre que la philosophie, et non comme science, c’est en raison du fait que l’inconscient est langage, inséparable de sa mise en acte sous transfert, et non un simple dépôt de représentations refoulées dont il faudrait retrouver la signification dans l’espoir de lever les symptômes (retour du refoulé). Le discours psychanalytique est censé dans son acte produire un effet de sens, c’est-à-dire faire émerger une signification comme nouvelle. Mais elle ne vient pas de nulle part, elle est pour le sujet recréation d’une identité originelle communiquée par l’Autre, à partir de laquelle il ex-siste, à savoir une identité sous condition d’altérité.
INCONSCIENT, Sens, Symptôme, Psychanalyse
La psychanalyse pose simultanément une hétéronomie fondamentale et une autonomie créatrice. L’inconscient révèle que l’homme est confronté à une vérité non maîtrisée qui l’oblige à assumer sa finitude, notamment à travers la sexualité. En effet dans la sexualité, l’autre est d’abord réduit à un objet partiel de jouissance, que Lacan appelle l’objet ‘a’. Les symptômes, quant eux, expriment un sens inconscient refoulé, en rapport avec le désir du sujet. La cure psychanalytique permet de laisser revenir ce sens par la parole libre et l’interprétation, à condition d’assumer le non-sens sexuel. Par ce moyen l’inconscient doit laisser (une) place au désir, le symptôme à son interprétation, le refoulement à la recréation, la pulsion à la parole, l’objet ‘a’ à la relation vraie, le langage subi au langage créateur. Car l’hétéronomie du langage, manifeste dans la cure, ouvre aussi à une autonomie nouvelle. Contrairement à Freud, pour qui le sens inconscient est simplement retrouvé, Lacan le pense comme recréé par le langage : le sujet reconstruit une image de soi exigeante qu’il avait refusée jusque-là, qui lui permettra d’assumer son désir véritable.
IDEALISME, Essence, Sens, Histoire, SOCRATE
Socrate est bien le fondateur d’une rupture décisive : en affirmant l’idée comme unité essentielle des réalités multiples, il rend possible une articulation nouvelle entre hétéronomie et autonomie, rompant avec le monde païen sacrificiel. Cette affirmation inaugure l’idéalisme comme savoir ontologique de l’être, où l’essence est à la fois principe originaire et fin ultime de tout ce qui est. Mais l’idéalisme est aussi, existentiellement, un savoir du sens : l’homme, voué par lui-même au non-sens, reçoit ce sens de l’Autre absolu et, en s’y ouvrant, peut accueillir en lui cette identité jusqu’à devenir lui-même principe. Cette rupture introduite par Socrate constitue l’entrée de l’humanité dans l’histoire, en instaurant un savoir nouveau fondé sur l’objectivité comme vérité à s’approprier. Elle repose sur une double dynamique de grâce, qui rompt avec le système sacrificiel, et d’élection, qui déploie cette rupture jusqu’à l’institution d’un nouveau monde structuré par le savoir.
HISTOIRE, Sens, Psychanalyse, Savoir, LACAN
La psychanalyse introduit une objection décisive à toute philosophie de l’histoire entendue comme savoir totalisant, capable de fonder la justice d’un monde et de proclamer une fin de l’histoire : l’inconscient introduirait une faille constitutive empêchant toute clôture du sens. Certes, dans le sillage de Freud, la psychanalyse peut être pensée comme un événement historique majeur, comparable aux ruptures que furent l’avènement du judaïsme et du christianisme. Elle agirait même comme une « épidémie » selon Lacan… Mais cette efficacité historique ne signifie nullement qu’elle institue un sens de l’histoire : elle produit au contraire un savoir qui dissout toute illusion de téléologie, laissant ouverte une historicité sans clôture, où le réel, toujours susceptible de faire retour, empêche toute réconciliation finale. Le sens, pour Lacan, surgit localement comme « effet de sens », et appelle un travail du sujet. En revanche toute croyance en un sens de l’histoire exposerait au pire, en reconduisant les formes les plus archaïques de la violence sacrificielle. Au fond, la position de la psychanalyse au regard du sens de l’histoire est révélatrice de sa position au regard du savoir en général : elle est capable de produire un savoir logico-structural portant sur l’inconscient et ses effets, perturbant pour la philosophie et l’ensemble des sciences humaines, mais elle est incapable (et surtout peu désireuse) de le poser elle-même en tant que rationnel et universel. En ce sens, la psychanalyse, tout en portant à son point extrême la mise en évidence de la finitude radicale, laisse inachevée la tâche qu’elle rend pourtant possible : celle d’un savoir philosophique capable d’assumer cette finitude et de se poser comme tel. Ce qui demeure alors, pour Juranville, la tâche propre de la philosophie.
FIN DE L’HISTOIRE, Individu, Psychanalyse, Sens, SOCRATE
La fin de l’histoire devient véritablement concevable avec l’apparition du discours psychanalytique, car celui-ci permet enfin l’émergence du discours vrai de l’individu, condition même du déploiement historique. L’histoire avait commencé lorsque, en Grèce, le discours individuel (incarné par Socrate) et le discours du clerc devenu philosophique (avec Platon) étaient apparus dans leur vérité, mais cette vérité était restée sans efficacité face à la répétition de la violence sacrificielle. L’affirmation socratique de l’idée introduisait bien un sens vrai, opposé au non-sens du discours ordinaire, mais ce sens ne parvenait pas à être reconnu universellement. Dès lors, le non-sens persistait, prenant la forme du péché à l’époque médiévale, sans que le sens puisse être objectivement établi. L’époque moderne voit surgir la conscience, qui prétend produire un sens nouveau en toute liberté, mais échoue à reconnaître qu’elle demeure elle-même prise dans le non-sens, ce qui conduit à son effondrement dans l’époque contemporaine. C’est seulement avec Freud que la solution, anticipée dans l’idée, devient effective : l’inconscient révèle que le non-sens est interne au sujet, tandis que le sens véritable surgit de l’Autre et doit être accueilli à travers une épreuve existentielle. La psychanalyse réalise ainsi ce que la philosophie grecque avait seulement esquissé. Dès lors, l’histoire atteint sa fin lorsque le discours psychanalytique devient le discours vrai de l’individu et que la philosophie peut en reconnaître la portée. Contrairement à la dialectique hégélienne où les contradictions sont internes à la raison et résolues comme telles, les contradictions de l’histoire sont ici absolues et ne trouvent leur résolution que dans l’ouverture à l’Autre. La fin de l’histoire correspond ainsi à l’accomplissement de cette ouverture et à la reconnaissance universelle du sens qui en procède.
HISTOIRE, Événement, Sens, Savoir
L’histoire ne se déploie pas comme un processus continu, mais comme une succession d’événements, c’est-à-dire de ruptures irréductibles avec le savoir ordinaire. Une telle rupture advient comme révélation de la finitude radicale de l’homme, jusque-là refusée, et doit être comprise comme réalité au sens fort, puisque l’être humain est défini par cette finitude. Mais cette rupture vient en outre de l’Autre absolu, de sorte que le savoir nouveau qu’elle institue est un savoir du sens, fondé sur l’altérité. L’événement, en tant qu’unité de la réalité et du sens, constitue ainsi l’objectivité absolue de l’histoire et le lieu même de son accomplissement. Cependant, un événement n’est jamais isolé : il implique une structure double, où un second événement, terminal, vient répondre au premier, inaugural, afin d’inscrire la rupture dans le savoir. Or le premier événement essentiel, qui semblait avoir été accueilli par le sujet social — notamment dans la formation du peuple d’Israël et l’institution de la loi — se révèle en réalité refusé. Cette contradiction objective bloque le mouvement de l’histoire. C’est pourquoi un nouvel événement fondamental doit intervenir pour relancer ce mouvement : tel est le rôle de l’événement par excellence, le sacrifice du Christ, qui réintroduit la rupture au cœur du refus et permet à l’histoire de reprendre son cours.
FOI, Répétition, Angoisse, Désespoir, KIERKEGAARD
Reconnaître l’angoisse essentielle, existentielle, confronte le sujet au non-sens qui se répète ; il peut fuir dans les échappatoires ordinaires ou aller jusqu’au bout de cette expérience. Refuser de donner sens à ce non-sens, c’est invoquer la finitude radicale comme limite insurmontable, excluant la vérité de l’autonomie et la possibilité de création. Affirmer au contraire qu’un sens peut être donné suppose que le fini, tout fini qu’il est, puisse accéder à une autonomie véritable et en attester la vérité : telle est la foi, définie comme autonomie assumant la finitude radicale. Cette autonomie se reconnaît comme reçue de l’Autre absolu et adressée à tout fini, de sorte que l’œuvre par laquelle le sujet témoigne de l’autonomie reçue pourra être reconnue dans le monde juste. Si l’angoisse est qui se répète et le désespoir l’acte de cette répétition, la foi est ce qui veut et reveut la répétition elle-même. Il s’agit de revouloir, d’abord, ce désespoir, qui refuse l’absolu faux et plonge le sujet dans le non-sens — « élément premier » de la foi selon Søren Kierkegaard — puis d’expliciter la donation de sens que contient la répétition essentielle. Par elle, l’autonomie pose l’absolu vrai et transforme le non-sens en création.
EXPERIENCE, Sujet, Sens, Objectivité
L’expérience s’accomplit enfin par le sujet, la subjectivité. Pour échapper à l’objectivité ordinaire et fausse (pour lui et pour les autres), l’existant doit s’engager dans quelque expérience “autre” qui fasse sens (pour lui et pour les autres), mais dont l’objectivité n’apparaît pas encore. C’est donc, de la part de l’existant, mettre son identité dans le sens, ce qui définit le sujet, la subjectivité vraie, prête à accueillir l’expérience essentielle proposée par l’Autre.
EVENEMENT, Mémoire, Sens, Christ
L’événement par excellence de l’histoire est le Sacrifice du Christ. Pourquoi ? Parce qu’il remplit trois critères essentiels : il met radicalement en question le monde sacrificiel du paganisme, il appelle chacun à devenir individu, il appelle à instituer le monde juste. Et il en va de même pour tout événement essentiel. À partir de là, il faut introduire la mémoire, une mémoire essentielle fixant dans une vérité socialement reconnue une temporalité elle-même essentielle tournée vers l’Autre. Mais la société ne reconnait pas spontanément cette temporalité nouvelle, elle doit être posée par l’Autre, par une initiative de l’Autre qui seule apporte le sens (puisque position + altérité définit le sens). Entrant dans la réalité, le sens se confirme comme événement (puisque sens + réalité définit l’événement). Mais l’événement lui-même doit être confirmé par celui (ou ceux) à qui il arrive, et cela en répondant à l’événement que l’on dira initial par un second événement dès lors terminal. C’est en ce sens que l’événement est pleinement “mémorable”, parce qu’il donne à la mémoire - qui le fixe - son objectivité absolue.
EVENEMENT, Autre, Rupture, Histoire
“Ce qu’on appelle événement est ainsi fondamentalement, pour l’existant, ce qui, venant de l’Autre et, avant tout, de l’Autre absolu, vient vers lui en tant qu’il aura à devenir l’Autre de cet Autre et à reconstituer le sens de l’événement : cela, c’est l’usage d’aujourd’hui, l’événement comme ce qui se produit et qui a de l’importance pour nous. Mais ce qu’on appelle événement est aussi, pour l’existant, ce qu’en tant qu’Autre, il produit en réponse à l’événement initial et dirige à son tour vers les Autres : cela, c’est l’usage ancien, l’événement comme débouché ultime. D’un côté, l’événement qui est la rupture et, de l’autre, l’événement par quoi, répondant à l’événement initial, l’existant reconstitue le sens de cet événement, le savoir introduit par cette rupture. C’est ainsi, toujours se dédoublant, que l’événement fait histoire, déploie l’histoire depuis le commencement jusqu’à la fin.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT
SUBSTANCE, Sens, Doute, Individu, DESCARTES, LACAN
DON, Oeuvre, Esprit, Sens
L'objet par excellence du don, que l'on ne peut chercher à posséder puisqu'il est symbolique, est l'oeuvre. Ce don s'effectue par l'écriture en général, qui revient littéralement à croire en l'Autre, à projeter imaginairement le don de l'Autre comme à-venir. Dans l'oeuvre se projette la consistance imaginaire d'un sens, porté par l'articulation symbolique ou littérale. Le symbole est alors ce qui supporte le sens, lequel anime en retour le symbole, le spiritualise. C'est toujours l'esprit qui allume la flamme du don, avant que l'oeuvre ne le réalise.
CONSCIENCE, Sens, Savoir, Autre, HEGEL, HUSSERL
"Le sujet comme conscience veut s’être réellement mis du point de vue de l’Autre ; et il ne l’aura fait que s’il lui offre le sens objectif qui lui conviendra, et s’il atteint au même savoir qu’il suppose en cet Autre ; il sera alors con-scius, complice (ou confident) dans le même savoir. Un tel sens, qui est propre, avant tout, à la conscience psychologique (et phénoménologique), est capital aussi, bien sûr, pour la conscience morale, si elle ne veut pas se perdre dans le subjectivisme. La conscience comme liberté et sens est ainsi ce qui, dans le sujet, l’appelle à reconstituer, à « vérifier » ou, mieux, à recréer imprévisiblement, un savoir supposé en l’Autre. Elle est ce qui ouvre au travail de la pensée, et ce qui devient le lieu de ce travail, où peu à peu s’accomplit le savoir. Elle implique une bonne névrose, et la montre permettant tout le déploiement de la sublimation."
JURANVILLE, 2000, JEU
CONSCIENCE, Entendement, Subjectivité, Sens
Pour le sujet fini, la conscience se manifeste initialement par la reconnaissance de ce qui est objectivement partagé dans son monde. Cependant, la vraie conscience définie comme sens et subjectivité, émerge lorsque le sujet reconstitue un sens objectif à partir de sa propre liberté. C'est la condition pour que lui-même, mais aussi tout autre, puisse "entende" (et comprendre) le sens de ce qui est dit. Ce sens concerne l’existence humaine, dans sa finitude et son autonomie, lorsqu'interviennent les concepts philosophiques : correctement définis et articulés, ils deviennent des règles pour la pensée, à réinstituer à chaque fois par chaque sujet.
CONNAISSANCE, Existence, Sens, Inconscient
La connaissance porte sur le particulier externe, même si elle en tire de l'universel, et elle est toujours oeuvre particulière, certes tournée vers l'universel. Affirmer l'existence, c'est donc toujours viser une connaissance particulière, mais aussi essentielle. En effet en posant l'extériorité de l'Autre absolu, aussi bien que son identité, l'existant suppose sa propre extériorité séparée et la possibilité de l'exposer dans son oeuvre propre, ayant alors valeur de connaissance. Mais la pensée de l'existence juge d'abord inconciliables l'existence, vécue authentiquement, et l'extériorité objective de la connaissance, sans se rendre compte que l'existence soi-disant authentique n'est alors que le reflet idéaliste et donc la continuation complaisante du monde social, avec son faux savoir écrasant. C'est en affirmant l'inconscient, en plus de l'existence, que l'on peut éviter le piège de l'idéalisme et parvenir à une connaissance objective. Seule la science de l'inconscient laisse place au non-sens constitutif de l'existence, et lui donne un sens finalement à la (dé)mesure du sens que l'Autre absolu a donné à son Oeuvre. A la condition de s'identifier, dans son oeuvre, à cet Autre absolu, l'oeuvre peut délivrer un sens qui soit connaissance essentielle et universelle.
BONHEUR, Eternité, Sens, Plaisir, KIERKEGAARD
De même que dans le plaisir le sens vient au sujet (toujours de l'Autre) et se fige dans l'instant, dans le bonheur le sens se donne et se présentifie dans l'éternité (c'est le sens de la formule de Kierkegaard selon lequel l'instant est "atome d'éternité"). Mais contrairement à la passivité du plaisir (qui va passer), il y faut, de la part du sujet, un acte d'acceptation pure qui donne sens au non-sens - ce qui est déjà l'éternité en acte.
ANGOISSE, Sens, Liberté, Foi, KIERKEGAARD
Si l'angoisse peut être assimilée, selon Kierkegaard, à une "école", une école de l'existence en ce sens qu'elle permet la liberté, elle favorise à la fois la quête de sens (à partir du non-sens) et la tentation du non-sens (cette fuite face à la finitude qu'est le péché). Toutefois, elle ne serait pas formatrice et ne permettrait jamais de vaincre le désespoir si le sens n'était pas déjà établi en l'Autre, l'Autre absolu, c'est-à-dire si le sujet n'avait pas reçu la foi. Mais Kierkegaard s'en tient à la position du sens nouveau, que libère l'espérance, sans aller jusqu'à poser l'objectivité du savoir construit à partir de ce sens.