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NEVROSE, Désir, Nom-du-Père, Sujet

Juranville parvient à déduire les trois formes classiques de la névrose — phobie, hystérie et névrose obsessionnelle — de la structure signifiante de l’inconscient. Le point de départ est le signifiant du désir, qu’il identifie au Nom-du-Père, lequel peut occuper trois places fondamentales : celle de l’objet, celle du sujet et celle de l’Autre ou spectateur de la scène du monde. Il faut distinguer ces trois places des trois personnages qui peuvent les occuper : la mère, le père réel et le père symbolique. Le père symbolique reste toujours le signifiant du désir, mais il peut se déplacer d’une place à l’autre ; ce déplacement entraîne nécessairement celui des deux autres personnages. Dans tous les cas, le symptôme apparaît précisément à la place occupée par le signifiant du désir ; il n’est pas quelque chose qui s'ajouterait extérieurement à la structure névrotique, il est la manifestation du déplacement du signifiant du désir dans cette structure. Les trois névroses correspondent donc aux trois positions possibles du Nom-du-Père dans cette structure ternaire. L’identification imaginaire du névrosé s’effectue toujours à la place du sujet, mais le personnage qui occupe cette place varie selon la configuration. Dans la phobie, le père symbolique occupe la place de l’objet, la mère celle du sujet et le père réel celle de l’Autre : le sujet s’identifie donc imaginairement à la mère. Cette configuration permet de comprendre pourquoi la phobie est liée à un objet devenant le lieu où se concentre quelque chose du désir et de l'angoisse qui ne peut être directement assumé dans le symbolique. Dans l’hystérie, le père symbolique occupe la place du sujet, le père réel celle de l’objet et la mère celle de l’Autre : le sujet s’identifie alors au père symbolique. Cela explique une dimension fondamentale de l'hystérie : le sujet se situe dans une position où il interroge, incarne ou met en scène le désir de l'Autre, plutôt que de simplement fixer le désir sur un objet extérieur. Dans la névrose obsessionnelle, le père symbolique occupe la place de l’Autre, le père réel celle du sujet et la mère celle de l’objet : le sujet s’identifie au père réel. Le père symbolique devient ainsi celui qui regarde, celui auquel le sujet se rapporte dans son activité, ses pensées, ses obligations, ses interdits (d’où la dimension très forte de la loi, du devoir et de l'obligation dans la névrose obsessionnelle).


“De cette théorie générale de la névrose, on peut déduire les modes possibles d’établissement de symptômes névrotiques et donc les formes de la névrose. Il y en a trois, et trois seulement, dans l’ordre où les a rangées d’emblée la psychanalyse : la phobie (ou hystérie d’angoisse), l’hystérie (dite de conversion), la névrose obsessionnelle. Si l’on considère en effet la chaîne signifiante fondamentale de l’inconscient, le signifiant du désir (le Nom-du-Père) ne peut s’y trouver qu’en trois places, celle de l’objet, celle du sujet, celle enfin de l’Autre qui est le spectateur de la scène du monde sur laquelle le sujet entre en relation avec l’objet. La place du signifiant phallique est celle d’un signifiant par essence non verbal. Trois places signifiantes pour le signifiant du désir, mais ce signifiant lui-même est toujours, dans le ternaire symbolique où jouent les personnages du jeu de la parole, le père symbolique. Son déplacement dans cette structure elle-même ternaire entraîne celui des autres personnages, soit la mère et le père réel. Il faut donc distinguer les places possibles du « drame de l’existence », l’objet, le sujet, l’Autre (le spectateur), et les personnages qui les occupent, dans l’ordre, la mère, le père réel, le père symbolique. L’identification imaginaire du névrosé s’effectue toujours à la place du sujet. D’où les différentes formes de névroses.”
JURANVILLE, 1984, LPH



Le lieu de l’identification imaginaire du névrosé est en italique. 
La place du désir, et donc du symptôme, est encadrée.


HAINE, Désespoir, Hystérie, Objet

Le sujet désespéré qui défie l’ordre commun reste condamné à y retomber s’il ne produit pas une objectivité nouvelle - risque typiquement hystérique des pensées de l’existence. Ce blocage tient à ce que l’absolu faux qu’il combat est aussi l’objet de son propre désir. La haine, comme réalité du désir distincte de l’amour qui en est la vérité, permet de nier cet absolu en ramenant l’objet faussement absolutisé à sa finitude ; elle devient ainsi condition d’une critique effective. Mais elle est aussi source du désespoir (et non l’inverse), en tant que haine de l’objectivité et de soi, dont le défi n’est que l’expression.


“La haine se distingue, comme réalité du désir, de l’amour, comme vérité du désir. Elle réduit le désiré à n’être qu’objet fini, et elle tend aussitôt, par finitude, à absoluiser faussement un tel objet fini. Elle a alors, comme haine vraie, à se rapporter à cet objet absoluisé, pour le ramener à son réel fini. Elle est ainsi cause du désespoir : on désespère par haine de l’objectivité (qui n’est pas celle qu’il faudrait) et de soi (qui ne fait pas ce qu’il doit pour dénoncer cette objectivité) – et on en vient au défi, acte du désespoir.”
JURANVILLE, ALTERITE, 2000

DEFI, Absolu, Hystérie, Désespoir

Le défi est une manifestation du désespoir dirigée contre l'absolu faux, mais sous deux formes. D'un côté défi à l'absolu vrai pour l'accuser de s'être transformé en usurpateur injuste et violent, et ainsi l'amener à se (re)manifester comme vrai, tout en sachant qu'il ne cédera jamais devant pareille provocation - c'est le défi diabolique tentant de faire souffrir le Dieu bon et vrai (ou encore défi de Don Juan au Commandeur en tant que vrai père). D'un autre côté, défi à l’ordre commun sacrificiel qui l'on sait injuste et faux, non pour le combattre mais pour l'amener à se manifester et donc se dénoncer comme tel - c'est le défi hystérique, par exemple le défi de Sganarelle à son maître Don Juan. Certes la pensée de l'existence dénonce ce double défi hystérico-diabolique, puisqu'il s'en tient à l'Autre absolu faux, mais sans vouloir elle-même porter le défi essentiel jusqu'à l'objectivité - n'est-pas alors s'en tenir au désespoir ?


"Ce par quoi se donne le désespoir, et qui le montre déjà comme amenant jusqu’à la position objective de l’absolu vrai, est le défi. Défi à l’absolu faux, non pas directement, puisque cet absolu est alors ramené à son néant, mais indirectement, sous deux formes. D’une part défi à l’absolu vrai, pour autant que le fini tend à le réduire à l’absolu faux, et que le défier, c’est l’appeler à se manifester comme l’absolu vrai qu’il est, et être certain qu’il se manifestera ainsi. D’autre part défi au monde social commun, pour autant que, par la superstition et, finalement, par le sacrifice, ce monde donne réalité à l’absolu faux... Ce défi hystérico-diabolique, la pensée de l’existence le dénonce. Contre l’absolu faux qu’il invente, elle pose la finitude radicale et ce qu’il en est de l’absolu vrai. Mais la pensée de l’existence refuse de montrer le défi essentiel comme pouvant aller jusqu’à l’objectivité. Et n’est-ce pas alors répéter le défi hystérique au maître, puisqu’elle affirme la finitude face à un ordre social qui demeure intouché ? N’est-ce pas désespérer, à tort, de l’objectivité ?"
JURANVILLE, ALTER, 2000