Le sujet désespéré qui défie l’ordre commun reste condamné à y retomber s’il ne produit pas une objectivité nouvelle - risque typiquement hystérique des pensées de l’existence. Ce blocage tient à ce que l’absolu faux qu’il combat est aussi l’objet de son propre désir. La haine, comme réalité du désir distincte de l’amour qui en est la vérité, permet de nier cet absolu en ramenant l’objet faussement absolutisé à sa finitude ; elle devient ainsi condition d’une critique effective. Mais elle est aussi source du désespoir (et non l’inverse), en tant que haine de l’objectivité et de soi, dont le défi n’est que l’expression.
HAINE, Désespoir, Hystérie, Objet
DEFI, Absolu, Hystérie, Désespoir
Le défi est une manifestation du désespoir dirigée contre l'absolu faux, mais sous deux formes. D'un côté défi à l'absolu vrai pour l'accuser de s'être transformé en usurpateur injuste et violent, et ainsi l'amener à se (re)manifester comme vrai, tout en sachant qu'il ne cédera jamais devant pareille provocation - c'est le défi diabolique tentant de faire souffrir le Dieu bon et vrai (ou encore défi de Don Juan au Commandeur en tant que vrai père). D'un autre côté, défi à l’ordre commun sacrificiel qui l'on sait injuste et faux, non pour le combattre mais pour l'amener à se manifester et donc se dénoncer comme tel - c'est le défi hystérique, par exemple le défi de Sganarelle à son maître Don Juan. Certes la pensée de l'existence dénonce ce double défi hystérico-diabolique, puisqu'il s'en tient à l'Autre absolu faux, mais sans vouloir elle-même porter le défi essentiel jusqu'à l'objectivité - n'est-pas alors s'en tenir au désespoir ?