Le sujet désespéré qui défie l’ordre commun reste condamné à y retomber s’il ne produit pas une objectivité nouvelle - risque typiquement hystérique des pensées de l’existence. Ce blocage tient à ce que l’absolu faux qu’il combat est aussi l’objet de son propre désir. La haine, comme réalité du désir distincte de l’amour qui en est la vérité, permet de nier cet absolu en ramenant l’objet faussement absolutisé à sa finitude ; elle devient ainsi condition d’une critique effective. Mais elle est aussi source du désespoir (et non l’inverse), en tant que haine de l’objectivité et de soi, dont le défi n’est que l’expression.
“La haine se distingue, comme réalité du désir, de l’amour, comme vérité du désir. Elle réduit le désiré à n’être qu’objet fini, et elle tend aussitôt, par finitude, à absoluiser faussement un tel objet fini. Elle a alors, comme haine vraie, à se rapporter à cet objet absoluisé, pour le ramener à son réel fini. Elle est ainsi cause du désespoir : on désespère par haine de l’objectivité (qui n’est pas celle qu’il faudrait) et de soi (qui ne fait pas ce qu’il doit pour dénoncer cette objectivité) – et on en vient au défi, acte du désespoir.”
JURANVILLE, ALTERITE, 2000
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