Un conflit est inévitable entre l’individu qui affirme une objectivité nouvelle – celle de l’existence et de l’inconscient – et le monde social qui ne reconnaît que l’objectivité finie qu’il absolutise. Chacun accuse l’autre de folie : le social voit dans l’affirmation d’une objectivité absolue une prétention délirante, tandis que celui qui affirme l’existence voit dans la conception commune une folie collective. La folie est définie comme négation de la finitude, c’est-à-dire refus de la relation constitutive à l’Autre. Dans le monde social, cette négation produit un absolu faux – le Surmoi – et se manifeste dans la sexualité et la violence sacrificielle. Mais il existe aussi une folie essentielle, moteur de la création : elle consiste d’abord à dénoncer la finitude close et à affirmer la finitude radicale, puis à racheter la folie commune en y reconnaissant une vérité. Ce mouvement rédempteur s’illustre par Jesus Christ (« Père, pardonne-leur ») et par Socrate (« nul n’est méchant volontairement »), ainsi que par la psychanalyse qui met en lumière l’inconscient. Toutefois la pensée de l’existence, de Kierkegaard à Levinas, reste selon Juranville dans la critique sans poser une nouvelle objectivité. La création véritable suppose alors une « bonne psychose » : une folie subjective par laquelle le sujet s’identifie à la Chose créatrice et, par la sublimation, introduit dans le monde social une objectivité nouvelle.
FOLIE, Finitude, Négation Objectivité
“Qu’est-ce que la folie ? Comment la définir ? Elle n’est pas position de l’absolu, comme la passion. Elle est négation de la finitude. Négation de ce en quoi on est en relation constitutive avec l’Autre (sous quelques formes qu’il se donne) et dépendant de lui. Certes, c’est cette folie que le monde social dénonce dans l’idée d’une objectivité absolue, dépassant tout ce qu’il reconnaît. Le sujet, pris dans sa passion prétendue vraie, oublierait qu’il n’est qu’un homme, fini. Il oublierait également que ce qu’il avance n’est pas reconnu par les autres, et que cela ne peut donc être objectif. Mais c’est la même folie que ce sujet, affirmant l’existence et l’inconscient, montre, de son côté, dans la conception commune. Cette folie-ci (collective, mais qui peut certes être individuelle) a alors les caractéristiques suivantes. Elle est, en elle-même, négation de la finitude. De celle, essentielle, qui a reçu de l’Autre absolu de quoi s’accomplir - comme grâce, élection et foi. Elle conduit à une position de l’absolu - passion. Mais position de l’absolu faux. C’est là que prend place la genèse du Surmoi, en tant qu’Autre absolu faux qui ne se rapporte pas au fini comme à son Autre, et qui n’appelle pas ce fini à entrer dans son autonomie réelle, par l’épreuve de la finitude. Cette folie commune apparaît enfin comme position de la finitude. Péché. Folie sexuelle. Haine sacrificielle. Position de la finitude comme n’ayant nul besoin d’une négation vraie, qui l’affronterait à elle-même. Position - certes illusoire - de cette finitude close sur soi, comme étant l’absolu même.”
JURANVILLE, 2000, INCONSCIENT
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