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FIN DE L’HISTOIRE, Epoque actuelle, Finitude, Inconscient

L’époque actuelle correspond, pour Juranville, à l’accomplissement final de l’histoire : il s’agit désormais d’assumer pleinement ce qui a été révélé, en intégrant la finitude radicale comme dimension constitutive et inéliminable de l’existence. Refuser cette tâche expose l’humanité à des catastrophes. L’affirmation de l’inconscient par Freud marque ici un moment décisif : elle engage à traverser toutes les formes de refus de l’existence (refoulement, déni, forclusion) jusqu’au surgissement du sens inconscient, construit dans l’épreuve même du non-sens. La philosophie doit reprendre cette découverte, en reconnaissant dans l’inconscient l’essence même de l’existence, ce qui conduit à l’élaboration d’un savoir logique ultime structurant l’ensemble du réel (ternaire de Dieu, quaternaire de l’existence, quinaire de l’histoire, sénaire du savoir). Sur le plan social et politique, cette situation débouche sur une institution paradoxale : le capitalisme. Celui-ci apparaît comme la forme minimale et nécessaire de l’idolâtrie propre à la finitude humaine, dans laquelle le sujet se rapporte à un faux Autre (le capital, équivalent du Surmoi), mais d’une manière compatible avec l’émergence de l’individualité, à condition d’être strictement régulé par le droit. La fin de l’histoire se définit alors comme un monde où chacun dispose effectivement des conditions pour devenir individu. Cette fin est historiquement scellée par deux actes complémentaires : la fondation de l’État d’Israël par le peuple juif, qui assume sa finitude et renonce à toute prétention messianique, et la reconnaissance de cet État par le monde historico-chrétien, qui assume ainsi sa dette et se prémunit contre toute régression païenne. Toutefois, la reconnaissance universelle du savoir philosophique exige encore qu’il s’ouvre à la vérité des autres mondes : le monde de la culture avec les sociétés orientales et extrême-orientales, et le monde traditionnel avec la société islamique, afin que l’universalité ne soit pas domination, mais reconnaissance effective de la pluralité des voies spirituelles.


Ce qu’implique la finitude radicale, c’est que toujours d’abord et toujours en quelque manière l’homme se soumet à un Autre faux qui est idole pour lui (le Surmoi) et face auquel il n’aurait pas à se poser, à avoir une consistance d’individu (c’est ce qu’on doit découvrir en toute cure). Et le capital est la forme sociale minimale de pareille idole, celle à laquelle on se rapporte quand on peut néanmoins, par le droit (et cela a lieu aussi dans la cure), s’établir dans son individualité, loin de tout paganisme (et, individuellement, de toute libido).
Et certes le refus primordial se manifestera encore. Mais il n’a plus à être assumé davantage, et il a simplement à être tenu en lisière par le droit et combattu s’il le faut, quand il prend la forme du terrorisme et s’exerce contre ce qu’est devenu le monde social. Car ce monde est celui de la fin de l’histoire dès lors que, par les progrès du droit, chacun aura reçu toutes les conditions pour devenir, s’il le veut, individu.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

EPOQUE, Institution, Vérité, Savoir

L’histoire se compose de cinq grandes époques, chacune définie par un mode d’accès à la vérité, un type de savoir, et une institution sociale correspondante, tout en comportant toujours un double mouvement : affirmation de l’absolu puis refus de celui-ci par le sujet social. - Dans l’Antiquité, s’ouvre le moment de l’objectivité absolue avec l’affirmation socratique de l’idée, comprise comme vérité venant de l’Autre et présente en chacun. Cette rupture avec le système sacrificiel introduit un premier savoir, celui de l’idée ou du sens originaire. Dans l’ordre politique c’est l’avènement de la Cité. Mais cette objectivité est rejetée comme absolue, comme en témoigne la condamnation de Socrate, et elle est réduite à une forme finie dans l’ordre politique et juridique romain. - Au Moyen Âge, l’objectivité est reprise, mais cette fois rendue acceptable par l’intervention de l’Autre absolu dans la Révélation chrétienne. Avec le Christ, la grâce s’adresse au sujet social lui-même, en introduisant la reconnaissance du péché et la nécessité du salut. Le savoir correspondant est un savoir théologique du réalisme : l’homme ne peut pas accomplir par lui-même les fins qu’il se donne. Cependant, cette vérité est à nouveau refusée dans la repaganisation de l’Église, où le religieux se mêle à des formes persistantes de domination et de sacrifice. - La modernité introduit alors le moment de la subjectivité absolue. Avec le doute cartésien, l’absolu est reconstruit à partir du sujet lui-même dans sa solitude. Le savoir devient cosmologique et solipsiste : le sujet reconstitue l’objectivité à partir de lui-même. Cette époque institue la Science comme forme sociale de l’universel. Mais cette subjectivité est à son tour réduite à une forme finie lorsque la science est mise au service de la domination et du progrès illusoire, refusant de reconnaître la finitude radicale. - À l’époque contemporaine, la vérité prend la forme de l’altérité absolue. Avec Kierkegaard et la pensée de l’existence, la vérité est reconnue comme venant de l’Autre, et le savoir devient psychologique et existentialiste : le sujet se comprend à travers son rapport aux autres et à l’Autre absolu. Cette structure fonde socialement la Démocratie, comprise comme reconnaissance de chacun comme individu capable d’œuvre. Mais là encore, le refus se manifeste sous la forme du nihilisme, des violences extrêmes et du retour du sacrificiel dans les formes modernes de guerre et d’idéologie. - Enfin, l’époque actuelle correspond au moment de l’identité vraie, avec l’affirmation freudienne de l’inconscient. Le savoir devient logique et structuraliste : la vérité est ce qui, refoulé, doit être répété et reconnu comme structure. Ce moment institue le Capitalisme comme forme sociale de l’universel — universel faux qu’il s’agit d’assumer et de dépasser — à condition qu’il soit régulé et soutenu par les institutions politiques, scientifiques et religieuses. La fondation de l’État d’Israël marque ici un événement décisif : elle accomplit la mission historique du peuple juif et signale l’entrée dans la fin de l’histoire. Mais le refus de l’identité vraie persiste, notamment dans les conflits contemporains et les formes nouvelles de violence, montrant que l’histoire n’est achevée qu’en droit et non en fait.


“La mondialisation débouche bien sur l’achèvement de l’ère de la guerre (du moins pour les peuples et pays qui étaient à la pointe du mouvement de l’histoire, sinon pour ceux qui ont à y entrer). Elle a bien, avec, accompagnant l’institution du capitalisme, la fondation de l’État d’Israël, et donc la réinstallation du peuple juif en Terre Promise, montré que la mission historique de ce peuple avait été entièrement remplie et que le mouvement de l’histoire était parvenu à son terme. Mais la fondation de cet État a suscité un conflit qui donne prétexte au refus païen opposé à l’individualité et qui se manifeste dans le terrorisme islamique. Et ce refus demeurera jusqu’au Jugement dernier, comme doit le souligner dans son savoir la philosophie, qui a comme tâche de justifier l’histoire universelle. Dans l’histoire originelle du peuple juif, c’est – Moïse le sait bien dans ses objurgations – le maintien des récriminations et infidélités du peuple (XXXI, XXXII). Quand bien même, sous la direction de Josué, ce peuple s’installera en Terre Promise. Mais, annonçant le Jugement dernier, le partage toujours à effectuer entre le bien et le mal s’y indique dans la distinction du mont Garizim, celui des bénédictions, et du mont Ebal, celui des malédictions (XI).”
JURANVILLE, 2017, HUCM