IGNORANCE, Angoisse, Savoir, Finitude

L’ignorance ordinaire, inessentielle, pousse à adhérer au savoir supposé des maîtres, savoir purement anticipatif ; elle est plutôt refus du savoir vrai qu’il faudrait acquérir imprévisiblement en assumant d’abord la finitude radicale, et donc l’ignorance elle-même essentielle. Mais l’ignorance ordinaire, dont participe le discours de la science fondamentalement sceptique, sert à se protéger de toute hétéronomie essentielle. Sauf que l’angoisse ne disparait pas pour autant, elle revient sous la forme de la culpabilité vis-à-vis d’un Surmoi, d’un Autre absolu faux, modèle d’une unicité fermée sur soi excluant toute finitude radicale.


“Par l’ignorance, l’unicité abstraite se protège ainsi de toute hétéronomie essentielle. Telle est l’ignorance sceptique, au fond du discours empirico-scientifique. Mais, parce que la finitude et l’hétéronomie radicales reviennent et, avec elles, l’angoisse, l’ignorance qui est refus du savoir se fabrique alors nécessairement un Autre absolu faux qui exclut de soi toute épreuve de finitude, toute relation essentielle à son Autre, toute angoisse. Autre faux où se dépose l’unicité (et autonomie abstraite), impossible au fini. Le savoir anticipatif est le savoir de cet Autre, dont les maîtres sont les instruments, et le fini en général le déchet, voué au sacrifice s’il prétendait à une ignorance et à une autonomie réelles.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

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