Juranville propose une théorie stratifiée de l’histoire organisée en trois sphères — scientifique, métaphysique et philosophique — auxquelles correspond une quatrième dimension mystique située hors dialectique. Chaque sphère se définit par un mode d’apparition de l’événement : comme fait objectivé (scientifique), comme appel à une prise de position subjective (métaphysique), et comme rupture surgissant de l’Autre dans sa vérité (philosophique), exemplifiée par le Sacrifice du Christ et prolongée dans l’exigence révolutionnaire formulée par Marx. À ces sphères correspondent des discours sociaux fondamentaux (peuple, maître, clerc), inspirés de la théorie des discours de Lacan et articulés aux types d’action de Weber. Toutefois, chacun de ces discours est initialement aliéné ou insuffisant : le peuple déforme l’objectivité, le maître reconduit l’ordre établi, et le clerc ne peut instaurer une objectivité nouvelle qu’en se rapportant à un quatrième discours — celui de l’individu, identifié au discours psychanalytique. Ainsi, l’histoire véritable ne s’accomplit qu’au moyen d’un acte subjectif, tandis que la sphère mystique échappe à l’histoire en relevant d’un rapport immédiat à l’Autre absolu et d’un choix existentiel individuel.
HISTOIRE, Sphère, Discours, Mystique
ETHIQUE, Mystique, Vérité, Savoir
L’éthique "générale" — c'est-à-dire l’éthique en tant que savoir — ne peut atteindre sa vérité que si l’existant va jusqu’au bout de l’éthique particulière (l’éthique vécue, pratique). Ce « bout » est la mystique, soit le moment où le sujet se fait sujet de l’Autre, assume l’identité nouvelle que lui confère cet Autre, et unit finalement subjectivité et identité, ce qui définit précisément la mystique. Contrairement à l’esthétique (sentiment) et à l’éthique particulière (volonté), la mystique est avant tout connaissance. Une connaissance qui accueille le vrai comme révélation, en établit l’objectivité pour le sujet, et la détermine comme parole. Ainsi le ternaire esthétique – éthique (particulière) – mystique se distingue du ternaire kierkegaardien esthétique – éthique – religieux. La mystique ne peut se maintenir socialement que si elle devient philosophie (à la manière de Hegel : troisième figure de l’esprit absolu après art et religion). Elle doit devenir un savoir reconstructible par tout sujet à partir de son existence. Ainsi, la mystique est, dans l’éthique générale, le savoir du mouvement par lequel le sujet fonde et déploie tout le savoir éthique. Mais le sujet humain refuse d’abord cette mystique, c’est-à-dire cette exigence de devenir principe fondateur à partir de l’Autre. Par exemple Lévinas et Lacan reconnaissent la nécessité d’une esthétique transcendantale qui accueille l’Autre existant : visage & chair (Lévinas), parole & objet pulsionnel dans l’espace topologique (Lacan). Le discours psychanalytique devient alors le cœur d’une éthique et même d'une justice véritable, permettant à chacun d’advenir comme individu. Cependant, l’existant refuse encore de poser ce savoir comme savoir vrai. Exclure toute possibilité de poser un savoir éthique vrai, c’est garantir le règne de l’éthique sacrificielle, celle du monde traditionnel et ordinaire.