Affirmer la vérité de l’existence et de l’altérité n’implique pas immédiatement un savoir de l’existence, car l’existence se donne d’abord comme finitude douloureuse que l’existant tend à fuir en se réfugiant dans le savoir du monde ordinaire. Cette possibilité du refus appartient à la finitude radicale de l’existant, comme exposition absolue à l’Autre. Or justement l’Autre absolu donne toutes les conditions pour vouloir et revouloir, pour assumer cette finitude - puisque lui-même l’a toujours voulue, ayant créé l’homme comme son Autre... Dès lors, sans concept de finitude radicale, aucun véritable savoir de l’existence n’est possible — savoir qui empêche le sujet de retomber sous l’Autre absolu faux du monde social clos.
FINITUDE, Savoir, Refus, Autre
“Ce n’est pas parce qu’on reconnaît, avec celle de l’altérité, la vérité de l’existence, qu’on va jusqu’à affirmer un « savoir de l’existence » – où l’identité vraie supposée par cette altérité serait posée objectivement. Car celui qui affirme l’existence doit reconnaître d’une part que toujours d’abord il tend à la refuser et la refuse effectivement. Qu’il la refuse en se jetant dans le monde social ordinaire et dans le savoir propre à ce monde. Et qu’il la refuse comme épreuve douloureuse, comme finitude. Et il doit reconnaître d’autre part que cette finitude, cette existence qui est ainsi finitude, est cependant son lot, son lot heureux, à lui départi par l’Autre auprès duquel il existe. Qu’il est appelé par l’Autre à la revouloir. Et que cet Autre lui en donne toutes les conditions. Telle est la finitude radicale, caractéristique du sujet humain, face à l’Autre supposé vouloir d’emblée l’existence et la finitude, Autre absolument Autre au-delà de tout l’ordre humain, Autre divin. Nulle pensée qui affirme la vérité de l’existence, et qui ne reconnaisse d’une manière ou d’une autre cette finitude radicale. L’on considère que ce serait, pour le sujet radicalement fini, rejeter, encore plus radicalement parce que définitivement, la finitude et l’existence que d’exclure tout savoir de cette existence, si l’on considère que ce serait en fait se laisser prendre à nouveau, sous couvert d’altérité radicale, par l’Autre absolu faux que se fabriquent toujours d’abord les hommes, Autre faux qui ordonne le monde social traditionnel injuste et qui, restant lui-même clos sur soi, refuse toute autonomie au fini.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE
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