Beaucoup voient dans la famille le lieu d’une jouissance première, mythique et œdipienne, dont le sujet doit se détacher pour accéder à son individualité. Or la vérité de la famille n’est pas jouissance mais principe spirituel. Il n’y a famille qu’entre sujets capables de séparation : les êtres naturels ne sont pas « en famille ». La famille est donc spiritualité, mais une spiritualité immédiate — ce que Hegel nomme la « substantialité immédiate de l’esprit ». Elle est unité spirituelle avant la séparation accomplie. Historiquement cependant, l’immédiateté tend à évincer la spiritualité véritable. La famille primitive s’élargit alors jusqu’à recouvrir le monde social traditionnel, produisant une communauté fusionnelle où la séparation individuelle est empêchée.
FAMILLE, Spiritualité, Immédiateté, Jouissance
“Or, qu’est-ce que cette vérité de la famille ? Mais, si ce principe doit ouvrir à l’existence d’un véritable individu, radicalement séparé, d’un individu qui pourra le reconstituer dans l’autonomie, il faut que ce soit un principe spirituel, et non matériel. Il n’y a de « famille des iridées » que pour le botaniste ; les iris ne sont pas « en famille ». La famille est donc spiritualité et - puisqu’on ne parle de famille que là où la séparation n’est pas encore effective - en même temps immédiateté. Ou encore, pour reprendre la définition de Hegel, la « substantialité immédiate de l’esprit ». On peut dès lors comprendre ce qu’il advient, dans l’histoire, de la famille. Toujours d’abord l’immédiateté tend à rejeter la spiritualité vraie. D’où la famille « primitive ». Famille élargie de diverses manières, et qui s’étend finalement à l’ensemble du monde social traditionnel.”
JURANVILLE, 2000, INCONSCIENT
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