La fécondité, au-delà du biologique, constitue une catégorie ontologique selon Levinas : elle désigne la production d’un sujet séparé. Aucun vivant n’est véritablement fécond par lui-même, car il dépend toujours du milieu pour se maintenir dans l’être. Seule la fécondité du signifiant pur réalise pleinement ce que vise le concept de fécondité : elle engendre un sujet autonome, ayant un monde et une consistance propre. Le signifiant pur est Père, et le sujet qu’il produit est Fils. La fécondité est ainsi le passage du moment du signifiant pur à celui du sujet séparé, pure positivité du temps et non actualisation d’une puissance déjà donnée. Dans la cure analytique, lorsque l’analyste invente un signifiant nouveau et assume la fonction du Nom-du-Père, il devient véritablement fécond en faisant apparaître le sujet comme tel. Si le père est institué comme lieu privilégié de la fécondité essentielle parce qu’il incarne le signifiant pur, la mère elle-même peut être pleinement féconde, mais en elle la fécondité biologique et symbolique semblent fusionner. La paternité humaine n’est possible qu’en participation à cette fécondité symbolique. C’est pourquoi Dieu est Père au sens propre et constitue le modèle originaire de toute fécondité véritable.
FECONDITE, Père, Signifiant, Sujet
FAMILLE, Nom, Père, Nom-du-père, LACAN
JURANVILLE, 2000, INCONSCIENT
TRINITE, Christ, Finitude, Existence
La philosophie est-elle capable, par elle-seule, de remettre en cause le système sacrificiel qui a débouché sur la condamnation de Socrate, puis à une échelle plus universelle, sur le sacrifice du Christ ? La philosophie ne peut espérer faire reconnaître son savoir par tous en raison de la finitude radicale qui subsiste, quelque soit l'émancipation qu'elle propose au nom de la raison - l'altérité et l'universalité de celle-ci n'étant que partielle. La dénonciation de l'injustice n'est jamais suffisante tant qu'elle n'émane pas de l'Autre absolu, ce qu'accomplit le "médiateur" divin en la personne du Fils. Il s'agit pour l'homme de parvenir à une autonomie réelle lui permettant d'assumer la finitude radicale, le péché même de n'en rien vouloir savoir. Maintenant pourquoi la trinité, pourquoi le Fils ? Ce n'est que dans l'imitation du Fils que l'homme peut se libérer de la faute qu'il a tendance, névrotiquement, à attribuer au Père, lui l'enfant exclu de la "scène primitive", victime du père réel. C'est ainsi que la Création du Père (cause matérielle) ne peut s'accomplir que par la Révélation du Fils (cause formelle) ; et la paternité du Père ne peut être reconnue, depuis la créature, que par la médiation du Fils, fils engendré (et certes non créé) comme Verbe à partir de la Chair du Père. Le Verbe se déploie (c'est la "cause finale", selon Schelling) par le Saint-Esprit qui procède identiquement des deux premières Personnes, qui est leur Amour parfait, et qui entraîne les hommes également dans l'Amour et la vie de l'esprit. Cette vérité trinitaire, que Schelling a rapporté aux trois causes citées, Saint-Paul l'avait résumée par la formule : « Toute chose est de lui, par lui et pour lui. » La philosophie y puise sa définition de l'existence comme identité dans la relation à l'Autre et à partir de cette relation.
CASTRATION, Père, Interdit, Imaginaire, LACAN
Le désir interdit, névrotique et culpabilisant, s'appuie sur le mythe entretenu du meurtre du père. Il s'agit là du père imaginaire. Mais l'agent de la castration est le père réel, "celui qui besogne la mère" dit Lacan, ou qui par sa présence est en mesure de le faire, bref c'est le père désirant lui-même castré. La rivalité n'est qu'imaginaire (et pour cause, l'enfant, lui, n'étant en mesure de rien du tout) et justement névrotique, elle entretient en miroir avec l'enfant l'image d'un père faible, un père qui a failli, finalement d'un père vengeur qui prendra la figure du Surmoi.