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PAGANISME, Quadriparti, Analogie, Existence, HEIDEGGER

Juranville remarque que le féminisme est impossible dans le monde traditionnel, non seulement parce que les femmes y sont subordonnées, mais surtout parce que l'individu autonome n'y existe pas encore. Tous sont intégrés dans un ordre social et cosmique qui fixe d'avance les rôles. Le paganisme présente un paradoxe : il exalte symboliquement la Terre-Mère et les grandes déesses, mais il accorde socialement la prééminence aux hommes et aux fils. Les différences entre masculin et féminin s'y inscrivent dans une harmonie cosmique où la finitude radicale de l'existence n'est pas reconnue. A cet égard le Quadriparti de Heidegger ne correspond nullement à une description du monde païen, mais bien à la structure fondamentale de l'existence : la Terre et le Ciel correspondent respectivement à l'objet et au sujet (pour Juranville) - certes toujours complémentaires -, tandis que les divins représentent l'Autre qui appelle les mortels (la Chose, pour Juranville) à affronter leur propre finitude - loin, cette fois, de toute complémentarité ou analogie. Les mortels deviennent eux-mêmes en assumant leur condition mortelle et en répondant à cet appel. Le monde païen, en revanche, repose sur des analogies entre les couples Terre/Ciel et mortels/divins, qui maintiennent un ordre hiérarchique traditionnel : le masculin est associé au Ciel et aux divinités, tandis que les femmes restent rapportées aux Mères. Le féminisme ne peut donc apparaître qu'avec l'histoire, lorsque l'individu devient capable de remettre en question les rôles hérités et d'assumer librement son existence.


“Car ce qui donnerait la structure de ce monde [païen], c'est l'analogie établie entre la différence-complémentarité de la Terre et du Ciel (différence-complémentarité propre à ce que Heidegger désigne comme leurs "noces») et la différence entre les mortels et les divins. Alors que, pour Heidegger, il y a d'un côté la différence-complémentarité de la Terre et du Ciel (selon nous, de l'objet et du sujet). Et il y a de l'autre côté celle, sans complémentarité, des divins (selon nous, l'Autre) qui appellent les mortels en se proposant à eux comme modèles, et des mortels (selon nous, la Chose) qui ont à s'affronter à leur être-mortel, à leur néant ("la mort, dit Heidegger, est l'écrin du néant»), pour s'identifier à ceux-là autant qu'ils le peuvent. Reste que le monde païen, avec ses analogies, relie le masculin du Ciel aux divins et que les femmes-filles y sont soumises aux Mères.”
JURANVILLE, UJC. 2021 

CHOSE, Quadriparti, Quaternaire, Signifiant, HEIDEGGER, LACAN

Il existe une homologie évidente - et des différences - entre le quadriparti de l'existence chez Heidegger et la structure quaternaire du signifiant chez Lacan, et tous deux supportent la Chose. D'un côté la Chose "rassemble le monde", de l'autre elle se donne comme objet du désir de l'homme ; dans les deux cas elle se constitue d'un vide central (Heidegger évoque façonnage de la main dans l'exemple de la cruche, quand Lacan attribue ce vide à l'action du signifiant : "ce qui du réel pâtit du signifiant"). Les quatre pôles sont, d'un côté, les humains (cause efficiente), la terre (cause matérielle), le ciel (cause formelle), les divins (cause finale) ; de l'autre le sujet S, l'objet maternel, l'idéal du moi (et le père réel), le Père symbolique (qui nomme et fait surgir le signifié du désir, tout comme les divins donnent la loi de la cruche, dans le versement).


"Le désir de l’homme est pris dans le quaternaire parce qu’il est d’abord non pas désir œdipien, interdit, mais désir pour la Chose. La Passion que subit la Chose, d’être écartelée aux quatre coins du quaternaire n’est autre que celle que l’homme a à souffrir du fait de son désir... Pour Heidegger, « la chose retient le quadriparti… La chose rassemble le monde »... Mais cette « chose » de Heidegger, quoiqu’elle n’ait d’unité que partielle, que sa présence soit inséparable de ce que Heidegger appelle une ex-propriation de l’être, provient de l’être en quoi se trouve l’unité. Pour Lacan, rien de cela, mais le fait pur de la pulsion de mort, et la vérité rien que partielle."
JURANVILLE, 1984, LPH

INDIVIDU, Homme, Chose, Quadriparti, HEIDEGGER

Il existe chez Heidegger un Quadriparti propre à l'individu, au Dasein, articulant la relation réciproque de l'homme et de l'être sous la forme : être-objet-sujet-homme ; il reprend le Quadriparti analytique, celui de l'acte de parole : objet-sujet-Autre-chose, mais ici sous la forme chose-objet-sujet-Autre (l'être n'étant pas objet, devenant chose, l'homme ou l'individu devenant Autre, pour entrer dans sa création propre qui est Passion).

"Il doit y avoir une nouvelle figure du quadriparti, propre à l’individu, au Dasein. Et c’est ce qui se découvre dans le texte « Contribution à la question de l’être », où Heidegger revient sur la double relation « de l’être à l’essence de l’homme » et « de l’homme à l’ouverture (“là”) de l’être ». Il la présente maintenant ainsi. D’une part, « être-présent (“être”) est, en tant qu’être-présent, chaque fois être-présent à l’être de l’homme, dans la mesure où être-présent est le Rappel qui appelle chaque fois l’être-de-l’homme » : pas d’être qui ne soit pour l’homme. D’autre part, « l’être-de-l’homme est, en tant que tel, obédient, parce qu’il appartient au Rappel qui l’appelle, à l’être-présent » : pas d’homme qui ne soit pour l’être. Se dégage alors, parce que l’« être » ne se confond pas avec l’objet, ni l’« être-de-l’homme » avec le sujet, le quadriparti suivant : être-objet-sujet-homme. Quadriparti qui est de la forme chose-objet-sujet-Autre, comme celui de la parole (l’acte créateur dans sa possibilité éternelle – quadriparti du Verbe : objet-sujet-Autre-chose), sauf qu'ici il est question de l'homme en tant qu'individu, lequel n’est plus à la place de la chose, mais de l’Autre. Ne fallait-il pas que la créature, la chose créée, l’homme, accédât de la place de chose à celle d’Autre, entrât dans sa création propre, devînt l’Autre de son Autre. Éminemment, en l’Autre absolu comme Fils, plus le quadriparti du Verbe, ni le quadriparti de l’Incarnation, mais le quadriparti de la Passion."
JURANVILLE, 2000, JEU