Affichage des articles dont le libellé est Méthode. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Méthode. Afficher tous les articles

METHODE, Métaphore, Inconscient, Refus, HEGEL

Le discours philosophique déploie le savoir de l'existence, mais son fondement est l'inconscient, que seule la psychanalyse peut d'abord poser explicitement. La philosophie le reprend ensuite comme principe non seulement du savoir, mais aussi de sa méthode. Cette méthode est dite métaphorique, parce qu'elle procède par substitutions successives de concepts, à l'image de la métaphore lacanienne. Un concept initial, porteur d'une dualité encore implicite, est progressivement approfondi. Un premier concept de substitution paraît résoudre sa contradiction, mais celle-ci réapparaît sous l'effet de la finitude et du refus de l'existant. Un second concept prend alors le relais, jusqu'à ce qu'une troisième substitution permette d'assumer à la fois la contradiction et le refus, conduisant le concept initial à son essence. Contrairement à Hegel, chez qui la contradiction tend naturellement vers sa résolution, Juranville introduit la résistance existentielle du sujet comme moment essentiel de la méthode, et finalement comme la matrice de tout son système. Elle permet de construire les grandes structures symboliques qui organisent son œuvre : le trois (la pensée spéculative et la Trinité), le quatre (la structure de l'existence et de l'œuvre), le cinq (les époques de l'histoire), le six (le savoir réconcilié, figuré par l'Étoile de David et l'Étoile de la Rédemption) et le sept (l'ensemble des grandes religions mondiales).


L’inconscient n’est pas seulement, par rapport au savoir de l’existence, principe fondateur, il est aussi principe de méthode – et précisément de méthode que nous dirons métaphorique, par substitution de termes. Car, depuis l’affirmation de l’existence, et même, formellement, depuis Hegel, il ne saurait y avoir de principe de méthode qui se distinguerait du principe fondateur, lequel est à l’œuvre à chaque moment de l’analyse. Or l’inconscient est, objectivement, métaphore et, comme tel, substitution, substitution métaphorique par quoi un terme est rendu signifiant, vrai, pour l’existant radicalement fini. Et telle est la méthode, fondamentalement ternaire comme celle de Hegel et comme toute méthode spéculative, que doit suivre le savoir de l’existence.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

METHODE, Forme, Savoir, Pratique

La pratique véritable ne consiste pas d'abord dans l'action, mais dans la méthode. L'existant commence toujours enfermé dans une objectivité socialement reconnue qui exclut la subjectivité et la finitude. Pour accéder à une pratique vraie, il doit laisser apparaître la forme, c'est-à-dire la manière dont la subjectivité produit l'objectivité. Cette forme est à la fois objective, si l'on considère le résultat, et subjective, si l'on considère l'acte qui l'engendre. C'est ce qui distingue théorie et pratique. La théorie affirme la vérité de la forme : elle montre qu'une certaine manière de construire l'objectivité est juste. La pratique va plus loin : elle affirme le savoir de la forme, par lequel le sujet s'approprie intérieurement cette vérité et la reconstitue à partir de lui-même. La pratique est donc essentiellement méthode. Celle-ci ne concerne pas le contenu des actions, mais leur manière d'être conduites ; elle vaut universellement, quels que soient les objets visés. La méthode est ainsi à la fois savoir, parce qu'elle guide l'action du sujet, et forme, parce qu'elle est indépendante des contenus particuliers. Elle constitue le « savoir de la forme » autant que la « forme du savoir ». 


Donner vérité à la subjectivité (pratique), c’est, au-delà de la vérité de la forme, affirmer le savoir de la forme. Savoir de la forme, où l’existant s’approprie complètement cette vérité surgie comme objet en l’Autre, à l’extérieur, et la reconstitue à partir de soi comme sujet, dans l’intériorité. Or, si vérité et en même temps forme définissent la logique, savoir et en même temps forme définissent la méthode. C’est donc comme méthode que se donne la pratique.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT

METHODE, Existence, Métaphore, Contradiction, HEGEL

L’ambition de Juranville est d’élaborer un véritable savoir de l'existence, contre la tradition de la pensée existentielle qui soutient que l'existence échappe irréductiblement au savoir. Que l’objectivité de l'existence réside dans le langage, d”autres l’ont déjà dit comme Heidegger, Wittgenstein, l'empirisme logique et surtout Lacan, pour qui l'inconscient est structuré comme un langage. Dès lors il propose une “méthode métaphorique”, inspirée de la dialectique spéculative de Hegel mais profondément transformée. Comme chez Hegel, l'analyse passe par trois moments : une identité immédiate où la contradiction est ignorée, la reconnaissance de cette contradiction, puis sa résolution dans un concept supérieur. Mais Juranville ajoute deux opérations essentielles. D'une part, la négation pure ou le refus radical, qui exprime la réalité du péché, de la pulsion de mort ou de la résistance à la vérité et fait surgir une contradiction nouvelle. D'autre part, la position pure ou l'acte créateur métaphorique, qui invente un concept inédit capable de dépasser cette contradiction et d'ouvrir un nouveau cycle d'analyse. La méthode est ainsi circulaire et topologique : les concepts se définissent mutuellement et le système ne possède pas de terme définitif, mais progresse en fonction du but poursuivi. Ce but est d'établir la philosophie comme savoir effectif de l'existence.


Dans la « méthode métaphorique » sont dégagés deux aspects qui n’apparaissaient pas comme tels dans la méthode de Hegel. D’une part la négation pure, d’autre part la position pure. D’abord la négation pure, le refus radical. Refus radical du concept par quoi se résoudrait une contradiction. Un tel refus est la « réalité » ou la « réalité effective » du concept. Réalité effective avec, d’un côté, un refus résultant de ce qu’on en reste au savoir anticipatif en excluant l’existence (empirisme ou métaphysique), d’un autre côté, un refus tenant à ce qu’au contraire on affirme l’existence, mais en excluant le savoir (pensée de l’existence, discours psychanalytique). Hegel fait du refus l’âme même du mouvement spéculatif. Il ne veut rien savoir d’un refus radical d’aller vers le bien, du péché, de la pulsion de mort. Nous-mêmes au contraire adjoindrons à chaque temps de la méthode spéculative un temps du refus, où apparaît une contradiction nouvelle. Ensuite la position pure, l’acte créateur métaphorique. Acte créateur qui, à partir de ce refus, et pour l’élever à sa vérité, introduit un nouveau concept où justement la contradiction qui vient d’apparaître est résolue. Concept qui est le nouveau temps de l’analyse spéculative. Et qui ouvre comme quart temps (ou peut ouvrir – cela dépend du point jusqu’auquel on veut mener l’analyse) à un nouveau mouvement ternaire.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

LOGIQUE, Contradiction, Essence, Concept

L’essence d’une chose n’est jamais donnée dans l’évidence ; elle doit être dégagée par une pensée dialectique se confrontant avec la contradiction, jusqu’à désigner le concept adéquat. En tant qu’il exprime une contradiction, tout concept se trouve être défini par une dualité ; en tant qu’il la résout, il exprime précisément l’essence ou la chose dont il est question. Toute contradiction étant finalement réelle, étant le fait même de l’existant (finitude radicale), une pensée essentielle ne saurait relever de la pure logique, mais plutôt d’une “mathématique existentielle” selon le mot de Juranville. La structure dialectique de la pensée ne peut donc plus être ternaire, comme avec Hegel, mais sénaire, doublement ternaire.


“La contradiction propre au terme conceptuel alors évoqué ne peut trouver sa résolution définitive qu’après qu’on a parcouru un mouvement logique non plus simplement ternaire comme chez Hegel, mais doublement ternaire, sénaire. Et cela parce que le pur refus, toujours d’abord, par l’existant radicalement fini, de la solution doit être compté comme un moment constitutif de ce mouvement… Mais associer un contenu avec un terme relevant de la forme logique, cela suppose, quant au savoir, qu'on mette en œuvre une méthode non plus simplement logique (la logique n'envisage que la forme), mais mathématique (la mathématique se rapporte, elle, au contenu).”
JURANVILLE, 2017, HUCM

CRITIQUE, Méthode, Pratique, Autre

Pour qui affirme l'existence, une méthode d'écriture - que l'on qualifiera de "critique - doit laisser advenir en tout autre une subjectivité créatrice, productrice d'une objectivité nouvelle. En effet cette méthode est portée par une négation radicale du savoir ordinaire en vue d'établir le savoir vrai de l'existence : or négation et savoir définissent précisément la critique. C'est au moyen de la critique que la pratique s'accomplit, là où la méthode n'était que l'acte de la pratique. Disons que la critique élève la méthode au rang de pratique véritablement révolutionnaire, capable de changer l'état d'esprit du "critiqué", lequel doit pouvoir accéder à son tour à la critique.


"Autre qui critique le fait alors toujours, au fond, au nom de l’Autre absolu et toujours, plus explicitement, au nom du savoir vrai, mais aussi de la justice, qui mettra chacun en position de reconstituer un tel savoir. Et l’Autre qui critique le fait d’autre part en communiquant au critiqué la grâce que lui-même a reçue. D’où l’efficace de la critique. Critique qui est bien critique interne, immanente, mais interne et immanente à une identité nouvelle qui n’a pu venir que de l’Autre – en quoi elle est quand même critique externe, transcendante."
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT