L’ambition de Juranville est d’élaborer un véritable savoir de l'existence, contre la tradition de la pensée existentielle qui soutient que l'existence échappe irréductiblement au savoir. Que l’objectivité de l'existence réside dans le langage, d”autres l’ont déjà dit comme Heidegger, Wittgenstein, l'empirisme logique et surtout Lacan, pour qui l'inconscient est structuré comme un langage. Dès lors il propose une “méthode métaphorique”, inspirée de la dialectique spéculative de Hegel mais profondément transformée. Comme chez Hegel, l'analyse passe par trois moments : une identité immédiate où la contradiction est ignorée, la reconnaissance de cette contradiction, puis sa résolution dans un concept supérieur. Mais Juranville ajoute deux opérations essentielles. D'une part, la négation pure ou le refus radical, qui exprime la réalité du péché, de la pulsion de mort ou de la résistance à la vérité et fait surgir une contradiction nouvelle. D'autre part, la position pure ou l'acte créateur métaphorique, qui invente un concept inédit capable de dépasser cette contradiction et d'ouvrir un nouveau cycle d'analyse. La méthode est ainsi circulaire et topologique : les concepts se définissent mutuellement et le système ne possède pas de terme définitif, mais progresse en fonction du but poursuivi. Ce but est d'établir la philosophie comme savoir effectif de l'existence.
METHODE, Existence, Métaphore, Contradiction, HEGEL
“Dans la « méthode métaphorique » sont dégagés deux aspects qui n’apparaissaient pas comme tels dans la méthode de Hegel. D’une part la négation pure, d’autre part la position pure. D’abord la négation pure, le refus radical. Refus radical du concept par quoi se résoudrait une contradiction. Un tel refus est la « réalité » ou la « réalité effective » du concept. Réalité effective avec, d’un côté, un refus résultant de ce qu’on en reste au savoir anticipatif en excluant l’existence (empirisme ou métaphysique), d’un autre côté, un refus tenant à ce qu’au contraire on affirme l’existence, mais en excluant le savoir (pensée de l’existence, discours psychanalytique). Hegel fait du refus l’âme même du mouvement spéculatif. Il ne veut rien savoir d’un refus radical d’aller vers le bien, du péché, de la pulsion de mort. Nous-mêmes au contraire adjoindrons à chaque temps de la méthode spéculative un temps du refus, où apparaît une contradiction nouvelle. Ensuite la position pure, l’acte créateur métaphorique. Acte créateur qui, à partir de ce refus, et pour l’élever à sa vérité, introduit un nouveau concept où justement la contradiction qui vient d’apparaître est résolue. Concept qui est le nouveau temps de l’analyse spéculative. Et qui ouvre comme quart temps (ou peut ouvrir – cela dépend du point jusqu’auquel on veut mener l’analyse) à un nouveau mouvement ternaire.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE
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