La justice est définie comme loi et en même temps vérité : une loi sans vérité est arbitraire ; une vérité sans loi reste sans efficacité sociale. Mais la loi véritable, venue de l'Autre absolu, est d'abord rejetée par l'ordre social existant. Pour devenir effective, elle doit s'incarner dans un monde juste, c'est-à-dire dans une totalité sociale où chaque individu peut accomplir son œuvre propre et assumer sa finitude, où les différences deviennent légitimes parce qu'elles résultent d'œuvres. D’ailleurs la justice ne supprime pas le mal, ni la finitude, ni les conflits : elle les limite. Seulement le monde n’est jamais spontanément ce monde juste : contradiction objective. C'est pourquoi apparaît le droit, défini comme savoir et finitude. Le droit constitue la médiation entre l'idéal de justice et la réalité humaine. Le droit protège la justice sans prétendre l'incarner totalement. Il ne cherche donc pas à supprimer toute injustice mais à empêcher qu'elle ne détruise l'autonomie des individus. Historiquement, le droit naît comme droit pénal, encore proche de la vengeance et du sacrifice, puis il devient droit civil, protégeant une autonomie simplement supposée (propriété, culte, santé, travail, expression), avant de devenir droit politique, où l'autonomie est explicitement reconnue (suffrage, presse, enseignement, association, information). Le sujet social résiste néanmoins à cette progression parce qu'il préfère la clôture communautaire à la liberté individuelle : contradiction subjective. La solution ultime réside dans l'écriture. L'objectivité de la justice est langage ; celle de la loi absolue est parole. Mais seule l'écriture donne à cette parole une vérité durable et universellement transmissible. L'écriture devient ainsi l'essence et l’altérité absolue de la justice : elle fixe la loi, la rend partageable et permet sa reconnaissance progressive par tous.
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JUSTICE, Monde, Droit, Écriture
“D’abord néanmoins l'existant comme sujet social ne veut rien entendre d'une justice qui, ouvrant à chacun l'espace de l'individualité, assumerait l'injustice inéliminable des hommes et précisément d'un droit qui, dans ses progrès, fixerait toujours davantage cette justice. Contradiction subjective de la justice. Qu'est-ce qui finalement peut faire reconnaître universellement dans l'objectivité la justice ? C'est-à-dire à la fois la loi absolue et, inspirée explicitement ou non par celle-ci, la loi sociale qui tient compte de l'inéliminable finitude de l’homme ? L'objectivité existante est langage. L'objectivité de la loi absolue est parole. Elle se confirme auprès de l'existant dès lors qu'à la parole, au-delà du bavardage de la parole courante qui parle pour ne rien dire, vérité est donnée. Dès lors que l'existant a à se faire à la réalité de la parole. D'où l'écriture qui est parole et vérité. L'écriture est l'altérité absolue de la justice et son essence, la solution de la contradiction subjective.”
JURANVILLE, FHER, 2019
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