Toute philosophie suppose déjà le miracle, puisqu'elle naît d'un appel de l'Autre (comme l’appel de l’Etre selon Heidegger), ou de l'étonnement originaire, selon Platon. La philosophie classique ne reconnaît cependant pas explicitement cette dépendance à l'égard de l'Autre et réduit finalement le miracle à l'évidence de la raison. La pensée religieuse distingue au contraire les faux miracles, qui fascinent et enferment dans l'idolâtrie, des vrais miracles, qui ouvrent à l'éthique et à la raison. Car le véritable miracle n'est pas seulement un événement extraordinaire, la simple suspension des lois naturelles : il est un événement annoncé, qui accomplit une promesse et manifeste la Providence. Le miracle n’est remarqué et n’a de sens qu’en prenant place dans une histoire orientée par une intention divine. La psychanalyse lui accorde, au moins implicitement, une place décisive : elle montre qu'un rapport positif à l'existence et à l'inconscient peut surgir de manière imprévisible, tout en ayant été annoncé par le discours de l'analyste.
MIRACLE, Providence, Philosophie, Psychanalyse, ROSENZWEIG
METONYMIE, Signification, Intention, Providence
La métonymie ne consiste pas seulement à introduire une non-signification radicale (dont la position est le remplacement) ouvrant vers une signification nouvelle ; encore faut-il que cette signification puisse être universellement reconnue. Cette reconnaissance suppose une intention, définie comme l'unité de la signification et de sa position effective. Cette intention appartient d'abord à l'Autre absolu : elle est la Providence, c'est-à-dire l'orientation de l'histoire vers la vérité. Cependant, elle doit être librement reprise et confirmée par les hommes dans leurs œuvres politiques et philosophiques. La philosophie devient alors une Théodicée, justification rationnelle du sens de l'histoire. Si l’on doit reconnaître à la phénoménologie le mérite d'avoir mis en lumière l'intentionnalité, on peut lui reprocher d'ignorer la finitude radicale et le refus constitutif de la révélation. L'Holocauste représente l'expression extrême de ce refus, tandis que la fondation de l'État d'Israël et sa reconnaissance internationale manifestent un accomplissement historique de cette intention providentielle. La tâche de la philosophie est alors de montrer rationnellement la convergence des grandes religions et de poursuivre, par sa méthode métaphorique, le passage d'un concept à l'autre jusqu'au savoir vrai. Mais le sujet social refuse toujours d'abord cette intention providentielle, car l'accepter reviendrait à reconnaître la révélation et la responsabilité individuelle. Cette résistance constitue proprement la contradiction subjective de la métonymie.