PAROLE, Castration, Désir, Phallus

La parole implique le désir, le manque, et plus précisément d’assumer la castration. Au sens lacanien, il faut entendre la castration comme la marque d'un manque constitutif du sujet : le sujet ne coïncide jamais avec ce qui pourrait le compléter. Parlant, on assume d’être signifiant pour l’Autre, tout en sachant cela ne peut pas être le signifiant qui me représenterait adéquatement auprès de lui. Le vrai signifié de notre parole est donc notre propre désir interpelant le désir de l’Autre, mais en tant que castré. Dans la parole, je suis ce phallus (le signifiant de ce signifié), susceptible de satisfaire le désir de l’Autre, mais en réalité je ne le suis plus puisqu’en m’adressant à l’Autre j’expose mon propre manque, je m’expose à sa propre parole. Mais parlant en tant que sujet nécessairement castré, cela revient,Juranville le souligne, à se situer à la place de l’Autre “en tant qu’instituteur du monde” précise t-il. Il s’agit du monde des significations déjà là (et non cette fois du signifié fondamental), effectivement fourni par le “grand Autre” du langage, que l’on assume d’être dans son incomplétude essentielle : parlant, nous empruntons des signifiants et des significations qui nous précèdent, à travers lesquels nous ne pouvons apparaître comme sujet qu'en assumant notre propre incomplétude. C’est donc en tant qu’Autre que nous parlons ; et le sujet s’y retrouve, comme castré. Juranville dit bien qu’il s’agit alors d’une “assomption”.

 
“Nous avons vu que la signification, ce qui est signifié au sujet, c’est le désir. Mais le désir contient la castration. C’est elle qui est « assumée » dans l’acte de parole. La reprise est une assomption. Parlant, on assume la place de l’Autre, en tant qu’instituteur du monde (et on va montrer que cela a une conséquence essentielle), mais on assume plus originairement ce par quoi on est signifiant pour lui, soit d’être le phallus et puis de l’avoir perdu. Parlant, on se place dans un monde, dans le monde, où l’on n’est que comme castré. Dans l’acte de parole, on pose la signification (et c’est le second moment logique quant à la signification) : outre l’effet sur soi de l’émergence de la signification (la castration), on assume aussi le rôle de l’Autre en tant qu’il désire, c’est-à-dire que l’on signifie de désirer à celui à qui on s’adresse.”
JURANVILLE, 1984, LPH

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