Le discours du maître effectif, historiquement dominant, paraît promouvoir la subjectivité et rompre avec le monde traditionnel, mais il ne le fait qu'au prix du rejet de la finitude radicale. Il fixe socialement ce refus, organise le maintien du système sacrificiel et conduit l'homme à se fabriquer un Autre absolu faux, auquel il se réduit lui-même comme simple instrument. Le maître historique devient alors paradoxalement la première victime potentielle de ce système qu'il contribue à maintenir. À la place de la révélation, qui dévoilerait le péché et ouvrirait une véritable rupture, ce discours substitue l'idée de progrès ; progrès qui, au-delà de son indéniable réalité, et même utilité, tend à effacer l'événement, la rupture et le surgissement imprévisible du sens. À l'inverse, le discours du maître vrai apparaît dès que l'on affirme l'existence : il suppose qu'un Autre absolu véritable donne à chacun, par la révélation, les conditions de son œuvre propre et appelle chacun à transmettre ces mêmes conditions aux autres. Il est donc à la fois discours et vérité. Ce discours n'abolit pas la finitude radicale ; il reconnaît notamment que le capitalisme constitue la forme moderne, irréductible, sous laquelle subsiste la dimension sacrificielle de l'existence humaine. L'erreur, et même le péché, consiste alors à croire qu'un tel discours ne pourrait jamais devenir effectif ni instituer un monde juste ; ce scepticisme ne fait que réintroduire la superstition ultime, la croyance en un Dieu indifférent ou hostile. En somme le véritable discours du Maître serait : révolutionnaire, mais non utopique ; marxien, mais non marxiste ; philosophique, mais nourri de la révélation ; démocratique, mais conscient de l'irréductibilité de la finitude et du capitalisme.
DISCOURS MAÎTRE, Révélation, Progrès, Capitalisme
JUSTICE, Droit, Finitude, Progrès
Quand bien même les hommes s’entendraient enfin sur un idéal de justice, le caractère inéliminable de la finitude, avec ses conséquences en termes de crimes et délits, justifie l’existence du droit. Or poser la justice comme fin l’histoire revient à reconnaître également les progrès historiques du droit. Que cela soit le droit pénal qui réprime les infractions (progrès notamment avec l’abolition des châtiments corporels et de la peine de mort), le droit civil qui fournit à chacun les conditions de son autonomie (successivement comme droit de propriété, liberté de culte, liberté d'expression, droit au travail, droit à la santé), ou le droit politique qui réglemente la jouissance de cette autonomie (successivement droit de suffrage, liberté d'enseignement, liberté de la presse, liberté d'association, droit à l'information).