Lorsqu’il est posé dans son essence et assumé pour le bien, le péché est déjà rédemption. Mais cette rédemption doit être accomplie à son tour par l’homme jusqu’à ce qu’il produise son œuvre propre. Individuellement, le péché est assumé comme libido par l’apparition de la sexualité, mais cette sexualité doit être reprise dans l’amour véritable. Celui-ci laisse place à l’indifférence, c’est-à-dire à une distance où l’autre demeure autre. L’amour véritable débouche ainsi dans l’amitié, relation entre sujets qui ne s’absorbent pas mutuellement. Socialement, la rédemption assume le système sacrificiel païen en le prolongeant dans le capitalisme, qui constitue la forme moderne objectivée du péché social. Ce dépassement doit se faire dans une politique véritable, elle aussi fondée sur une place laissée à l’indifférence, vis-à-vis de la communauté. Cette politique débouche dans la démocratie véritable, représentative, qui seule protège l’individu, et laisse place à l’indifférence vis-à-vis du “peuple”. La démocratie véritable est également laïque : elle ne prétend pas éliminer le péché humain comme dans les théocraties faussement démocratiques. Pour permettre cette assomption, le langage verbal lui aussi évolue : après le « Je » passé et indicatif, correspondant à la Création, puis le « Tu » présent et impératif, correspondant à la Révélation et à l’appel, vient le « Il » futur et subjonctif, correspondant à la Rédemption. Le futur marque ce qui doit encore advenir, et le subjonctif ce qui doit être accompli : « que cela soit ». Théologiquement, ce troisième verbe relève de l’Esprit, qui procède du Père et du Fils communiant dans leur amour et permet aux hommes de participer à la vie divine. L’enjeu ultime est que l’homme cesse d’être un « esprit charnel », c’est-à-dire un esprit qui fuit sa propre chair et sa finitude, pour devenir « chair spirituelle ». La chair n’est donc pas supprimée par la rédemption : elle demeure, mais elle est assumée dans l’esprit. Ainsi se boucle toute la séquence : la Création donne la possibilité de l’autonomie par l’Incarnation, la Révélation en rend l’assomption réelle par la Passion, et la Rédemption en assure l’accomplissement durable par la Résurrection.
PECHE, Rédemption, Esprit, Verbe
“Le verbe à la troisième personne a comme détermination objective primordiale non plus, comme le verbe à la première personne, la Création, ni comme le verbe à la deuxième personne, la Révélation, mais la Rédemption, et théologiquement, l'Esprit. L'Esprit qui procède, comme don, du Père et du Fils communiant dans leur amour, et l'Esprit dans lequel les hommes pourront participer de la vie divine, pour autant qu'au lieu d'être esprit charnel (esprit se fuyant dans la chair), ils sont chair spirituelle.”
JURANVILLE, 2015, LCEDL
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire