METONYMIE, Signification, Altérité, Relation

Le sujet hésite d'abord à reconnaître universellement la signification révélée, craignant qu'une telle objectivation ne supprime l'altérité et la finitude. Or la véritable identité n'est pas une identité fermée, déjà donnée, mais une identité qui se reconstitue à partir de la relation. L'identité authentique est ainsi inséparable de l'altérité. Celle-ci est d'abord présente en l'Autre absolu, qui se révèle puis s'efface comme vérité immédiate afin de faire de l'homme son véritable Autre, capable à son tour de reconnaître l'autre homme comme Autre. Parce que l'homme demeure pourtant un être fini, la reconnaissance universelle du savoir est possible sans abolir la finitude : le savoir véritable l'assume au contraire. L'altérité apparaît ainsi comme l'essence même de la métonymie et comme la solution de sa contradiction subjective. La Providence, qui était d'abord l'intention de l'Autre absolu, est reprise et répétée par l'homme dans ses actions historiques, politiques et surtout philosophiques. Le savoir philosophique devient alors l'accomplissement objectif de la révélation : il manifeste universellement une vérité qui procède de la relation plutôt que d'une identité close. Cette conclusion achève la construction de la métonymie en passant successivement du remplacement à l'intention, puis de l'intention à l'altérité comme principe ultime de la révélation et de sa reconnaissance universelle.


Comment la métonymie prophétique par quoi se donne la révélation peut-elle recevoir toute son objectivité ? Comment le sujet individuel qui, dans l'intention qui est la sienne, en pose la signification vraie, assumant la non-signification radicale, peut-il passer outre à sa conception première selon laquelle poser cette signification comme objectivement reconnue, ce serait contredire l'existence, l'altérité, la finitude radicale ? En reconnaissant que si l’identité – dont la signification est la position - est toujours d'abord faussée par l’existant, si elle est alors supposée toujours déjà là, étendant son pouvoir à l'avance sur tout ce qui peut survenir, elle apparait au contraire dans sa vérité dès lors qu'elle se reconstitue à partir de la relation. En proclamant l'identité et en même temps la relation. Ce qui n'est autre que l'altérité elle-même.”
JURANVILLE, 2019, FHER

METONYMIE, Signification, Intention, Providence

La métonymie ne consiste pas seulement à introduire une non-signification radicale (dont la position est le remplacement) ouvrant vers une signification nouvelle ; encore faut-il que cette signification puisse être universellement reconnue. Cette reconnaissance suppose une intention, définie comme l'unité de la signification et de sa position effective. Cette intention appartient d'abord à l'Autre absolu : elle est la Providence, c'est-à-dire l'orientation de l'histoire vers la vérité. Cependant, elle doit être librement reprise et confirmée par les hommes dans leurs œuvres politiques et philosophiques. La philosophie devient alors une Théodicée, justification rationnelle du sens de l'histoire. Si l’on doit reconnaître à la phénoménologie le mérite d'avoir mis en lumière l'intentionnalité, on peut lui reprocher d'ignorer la finitude radicale et le refus constitutif de la révélation. L'Holocauste représente l'expression extrême de ce refus, tandis que la fondation de l'État d'Israël et sa reconnaissance internationale manifestent un accomplissement historique de cette intention providentielle. La tâche de la philosophie est alors de montrer rationnellement la convergence des grandes religions et de poursuivre, par sa méthode métaphorique, le passage d'un concept à l'autre jusqu'au savoir vrai. Mais le sujet social refuse toujours d'abord cette intention providentielle, car l'accepter reviendrait à reconnaître la révélation et la responsabilité individuelle. Cette résistance constitue proprement la contradiction subjective de la métonymie.


Comment la signification vraie assumant la non-signification (la finitude), comment cette signification que reconstitue l'individu remplaçant, parce qu'il en est responsable, tant l'Autre absolu que l'Autre fini, peut-elle être reconnue universellement si le sujet de l'Autre social toujours d’abord ne veut rien en savoir ? Il faut que, de l’Autre absolu vienne primordialement non seulement signification radicale, mais aussi la signification vraie, qu’il la pose comme telle dans la révélation et qu'il fasse en sorte que tous finalement l'acceptent. Signification et position, cela définit l'intention. Laquelle est la subjectivité de la métonymie et la solution de sa contradiction objective. Intention dans laquelle a été produite la métonymie et qui en guide le développement, comme l'image guiderait celui de la métaphore. Cette intention, propre primordialement à l'Autre absolu, est ce qu'on appelle alors la Providence.”
JURANVILLE, 2019, FHER

METONYMIE, Signification, Remplacement, Révélation, LEVINAS

La métonymie (définie comme non-signification et signification) est ce qui permet l'opération même de la Révélation. Juranville prend pour exemple la réponse de Dieu à Moïse : « Eyé acher eyé » (« Je suis celui qui suis »). Quelle que soit sa traduction, cette formule demeure déconcertante car elle ne livre pas immédiatement un sens, mais produit une non-signification radicale ; elle révèle que les significations ordinaires (« Je suis votre Dieu ») étaient elles-mêmes insuffisantes et enfermées dans l'idolâtrie. La Révélation commence donc par détruire les faux sens avant de rendre possible un sens véritable. Le “remplacement” est cette opération par laquelle une ancienne signification cède la place à une formule qui oblige l'homme à interpréter et à créer une signification nouvelle. Dieu lui-même s'efface ainsi comme réponse immédiate pour faire de l'homme l'interprète responsable de la parole révélée. Autrement dit, la Révélation n'est pas d'abord une transmission de vérités, elle est un événement de langage qui fait exploser le langage ancien pour rendre possible un langage vrai. Ce remplacement essentiel est l'objectivité propre de la métonymie. Toutefois, l'existant refuse d'abord cette épreuve de la non-signification, préférant les certitudes toutes faites : c'est la contradiction objective de la métonymie. Il est frappant de voir combien cette conception rejoint certains grands thèmes de Heidegger (la parole qui ouvre un monde), de Lacan (le signifiant qui produit le sujet) et de Levinas (la responsabilité née de l'appel de l'Autre). D’ailleurs Juranville rapproche explicitement cette structure de la substitution chez Levinas, illustrée par le sacrifice de Maximilien Kolbe. Mais comme toujours il est reproché à la philosophie contemporaine de ne pas aller jusqu'à reconnaître qu'une telle substitution puisse fonder universellement un monde où chaque individu serait reconnu comme irremplaçable. Sans cette reconnaissance, l'humanité demeure enfermée dans le monde païen des « dieux obscurs ».


“Il n'y a remplacement essentiel que si la non-signification est radicale et si ce qui vient à la place d'autre chose est non pas un moyen pour une fin et signification déjà présente, mais le point de départ à son tour d'une fin et signification nouvelle ou renouvelée, assumant certes la non-signification radicale. Ainsi, dans notre exemple, la formule « le suis celui qui suis » remplaçant « Je suis votre Dieu » ; mais, dans « le suis celui qui suis », Dieu s'effaçant et se faisant librement remplacer, comme principe, par l'homme qui aura à interpréter, à donner à la formule signification nouvelle ou renouvelée.”
JURANVILLE, 2019, FHER