Le sujet hésite d'abord à reconnaître universellement la signification révélée, craignant qu'une telle objectivation ne supprime l'altérité et la finitude. Or la véritable identité n'est pas une identité fermée, déjà donnée, mais une identité qui se reconstitue à partir de la relation. L'identité authentique est ainsi inséparable de l'altérité. Celle-ci est d'abord présente en l'Autre absolu, qui se révèle puis s'efface comme vérité immédiate afin de faire de l'homme son véritable Autre, capable à son tour de reconnaître l'autre homme comme Autre. Parce que l'homme demeure pourtant un être fini, la reconnaissance universelle du savoir est possible sans abolir la finitude : le savoir véritable l'assume au contraire. L'altérité apparaît ainsi comme l'essence même de la métonymie et comme la solution de sa contradiction subjective. La Providence, qui était d'abord l'intention de l'Autre absolu, est reprise et répétée par l'homme dans ses actions historiques, politiques et surtout philosophiques. Le savoir philosophique devient alors l'accomplissement objectif de la révélation : il manifeste universellement une vérité qui procède de la relation plutôt que d'une identité close. Cette conclusion achève la construction de la métonymie en passant successivement du remplacement à l'intention, puis de l'intention à l'altérité comme principe ultime de la révélation et de sa reconnaissance universelle.
METONYMIE, Signification, Altérité, Relation
METONYMIE, Signification, Intention, Providence
La métonymie ne consiste pas seulement à introduire une non-signification radicale (dont la position est le remplacement) ouvrant vers une signification nouvelle ; encore faut-il que cette signification puisse être universellement reconnue. Cette reconnaissance suppose une intention, définie comme l'unité de la signification et de sa position effective. Cette intention appartient d'abord à l'Autre absolu : elle est la Providence, c'est-à-dire l'orientation de l'histoire vers la vérité. Cependant, elle doit être librement reprise et confirmée par les hommes dans leurs œuvres politiques et philosophiques. La philosophie devient alors une Théodicée, justification rationnelle du sens de l'histoire. Si l’on doit reconnaître à la phénoménologie le mérite d'avoir mis en lumière l'intentionnalité, on peut lui reprocher d'ignorer la finitude radicale et le refus constitutif de la révélation. L'Holocauste représente l'expression extrême de ce refus, tandis que la fondation de l'État d'Israël et sa reconnaissance internationale manifestent un accomplissement historique de cette intention providentielle. La tâche de la philosophie est alors de montrer rationnellement la convergence des grandes religions et de poursuivre, par sa méthode métaphorique, le passage d'un concept à l'autre jusqu'au savoir vrai. Mais le sujet social refuse toujours d'abord cette intention providentielle, car l'accepter reviendrait à reconnaître la révélation et la responsabilité individuelle. Cette résistance constitue proprement la contradiction subjective de la métonymie.
METONYMIE, Signification, Remplacement, Révélation, LEVINAS
La métonymie (définie comme non-signification et signification) est ce qui permet l'opération même de la Révélation. Juranville prend pour exemple la réponse de Dieu à Moïse : « Eyé acher eyé » (« Je suis celui qui suis »). Quelle que soit sa traduction, cette formule demeure déconcertante car elle ne livre pas immédiatement un sens, mais produit une non-signification radicale ; elle révèle que les significations ordinaires (« Je suis votre Dieu ») étaient elles-mêmes insuffisantes et enfermées dans l'idolâtrie. La Révélation commence donc par détruire les faux sens avant de rendre possible un sens véritable. Le “remplacement” est cette opération par laquelle une ancienne signification cède la place à une formule qui oblige l'homme à interpréter et à créer une signification nouvelle. Dieu lui-même s'efface ainsi comme réponse immédiate pour faire de l'homme l'interprète responsable de la parole révélée. Autrement dit, la Révélation n'est pas d'abord une transmission de vérités, elle est un événement de langage qui fait exploser le langage ancien pour rendre possible un langage vrai. Ce remplacement essentiel est l'objectivité propre de la métonymie. Toutefois, l'existant refuse d'abord cette épreuve de la non-signification, préférant les certitudes toutes faites : c'est la contradiction objective de la métonymie. Il est frappant de voir combien cette conception rejoint certains grands thèmes de Heidegger (la parole qui ouvre un monde), de Lacan (le signifiant qui produit le sujet) et de Levinas (la responsabilité née de l'appel de l'Autre). D’ailleurs Juranville rapproche explicitement cette structure de la substitution chez Levinas, illustrée par le sacrifice de Maximilien Kolbe. Mais comme toujours il est reproché à la philosophie contemporaine de ne pas aller jusqu'à reconnaître qu'une telle substitution puisse fonder universellement un monde où chaque individu serait reconnu comme irremplaçable. Sans cette reconnaissance, l'humanité demeure enfermée dans le monde païen des « dieux obscurs ».