Rappelons la définition de l’objet comme identité et en même temps signifiance. L’identité correspond à son caractère de chose qui possède une unité ; la signifiance correspond à son être-pour-un-autre. Il ne suffit pas que l'objet existe comme unité ; il faut aussi qu'il suscite le désir et donc qu'il puisse recevoir des déterminations autres. Mais cette contradiction n'est pas immédiatement reconnue comme telle. C'est pourquoi l'objet est d'abord illusoirement absolutisé. Il apparaît comme une unité déjà complète, indépendante, absolue, alors qu'il n'a pas encore traversé l'épreuve qui permettra de vérifier et de reconstruire cette unité. Il est donc permis d’évoquer l’objet-fétiche, dont le corps de la mère constitue le parangon. Sur le chemin de la contradiction, l’objet est ensuite découvert dans sa finitude : Kant le pense comme phénomène, tandis que Lacan le détermine comme objet ‘a’ cause du désir. D’une façon générale c’est la métaphore qui permet de déployer la contradiction en substituant un terme à un autre tout en conservant leur rapport. L’objet cesse d’être une identité immédiatement absolue et devient le point de départ d’un mouvement où sa finitude et sa contradiction permettront la constitution progressive de l’œuvre.
OBJET, Signifiance, Identité, Métaphore
“C’est, pour l’auteur (en l’occurrence Victor Hugo) du poème « Booz endormi » cité par Lacan, son poème à venir, mais aussi Booz lui-même. L’objet est ensuite, si l’on demeure sur le chemin de la contradiction, découvert, reconnu dans sa finitude. Kant le présentait comme phénomène, qui n’est pas le noumène ou objet absolu, a fortiori pas la Chose en soi. Lacan le détermine psychanalytiquement, existentiellement comme objet (a) ou objet-déchet de la pulsion. Pour Booz, c’est sa finitude d’être sexué, légèrement certes, élégamment, mais franchement indiquée (« Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme »). La métaphore ouvre donc bien à un déploiement si, d’une part, on mesure qu’elle introduit une contradiction entre ses deux termes, celui qui a été substitué et celui qui a subi la substitution (Booz le moissonneur sera, en tant que gerbe, moissonné par le « moissonneur de l’éternel été »).”
JURANVILLE, 2024, PL
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