Le mythe s’accomplit objectivement dans le symbole, car l’immédiateté essentielle d’abord rejetée par la vérité socialement reconnue revient comme différence dans une nouvelle vérité. Le symbole est donc l’objectivité absolue du mythe : il manifeste, de manière impressionnante et signifiante, une différence essentielle qui vient à l’existant de l’Autre. Dans les véritables mythes révélés, cette différence absolue ne fascine pourtant pas au point d’écraser le sujet : le Christ appelle le jeune homme à l’imitation et l’Éternel laisse Moïse formuler ses objections. Le symbole vrai ouvre ainsi à l’autonomie en faisant éprouver la finitude. L’Étoile juive, symbole du savoir qui guide vers le Messie, et la Croix chrétienne, symbole de l’existence et de l’épreuve de la finitude, en sont les parfaits exemples. Mais l’usage ordinaire du symbole ne correspond pas à cette fonction : la vérité socialement reconnue exclut précisément la différence essentielle et l’épreuve de la finitude. C’est la contradiction objective du mythe. Les symboles des mythes païens sont véritablement impressionnants et mythiques, mais ils n’ouvrent pas à l’autonomie et n’annoncent véritablement que la mort. Il existe ainsi une différence radicale entre le symbole révélateur, qui libère, et le symbole païen, qui fascine et enferme. Dès lors, si la philosophie contemporaine refuse de poser objectivement la vérité du mythe, avec l’autonomie qu’elle rend possible, elle ne supprime pas le mythe : elle laisse au contraire régner les symboles païens.
MYTHE, Symbole, Révélation, Paganisme
“Mais ce qu’on entend ordinairement par symbole n’est pas de cet ordre et la vérité ordinairement reconnue ne laisse aucune place à une véritable différence (et immédiateté) essentielle, avec épreuve de la finitude. C’est la contradiction objective du mythe. De là les symboles de la science (logiques, mathématiques, chimiques, etc.) qui ne renvoient qu’à une vérité toujours déjà là et inessentielle – et qui n’ont rien de mythique ! Mais aussi les symboles que véhiculent les mythes païens traditionnels : par exemple les dieux-animaux de l’Égypte ancienne (« L’Égypte, dit Hegel, est le pays du symbole » et le Sphinx, idole fermée sur soi, énigmatique, est « le symbole des symboles ») ; symboles impressionnants eux, mythiques à souhait ; mais qui n’ouvrent ni n’appellent à aucune autonomie et qui au contraire annoncent, sinon toujours la violence sacrificielle, au moins la mort. Et si, avec la philosophie contemporaine, on exclut que cette autonomie (différence, séparation) puisse être jamais posée objectivement dans un savoir universellement reconnu, on conforte inévitablement le règne des symboles et mythes païens.”
JURANVILLE, 2017, HUCM
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