NEVROSE, Symptôme, Désir, Autre, LACAN

Dans la névrose, contrairement à la perversion où l’imaginaire se confond avec le réel, l’imaginaire se confond avec le symbolique, c’est-à-dire avec un discours dans lequel la parole singulière et le désir tendent à disparaître. Il faut alors au sujet un « symbolique supplémentaire » : le symptôme, dans lequel le désir demeure refoulé mais continue de se manifester. Le névrosé ne saisit pas directement son désir ; il le comprend à partir de la demande adressée à l’Autre. Le sujet doit ainsi se faire « visage », se présenter à l’Autre, demander et attendre de lui une réponse. Le symptôme constitue l’autre face de ce visage : il interdit, limite, mais révèle en même temps la vérité du sujet. Il ouvre une place à l’autre tout en restreignant sa liberté, notamment dans la relation amoureuse, où cette limitation protège le névrosé, lui évite de renoncer à une certaine relation imaginaire à l'Autre. C’est cette structure qu’il cherche à reproduire dans le transfert avec l’analyste. Le psychotique croit l’Autre pour maintenir la consistance d’un monde pur ; le névrosé, lui, « croit à » l’Autre comme il croit à son symptôme ; il attend de cette croyance qu’elle restaure la cohérence d’un monde apparemment faillé. Le symptôme est précisément cette faille, mais aussi ce qui permet de la supporter. Le névrosé lui attribue donc une signification cachée : il croit que son symptôme lui dit quelque chose, qu’il constitue une énigme susceptible d’être déchiffrée. Le désir peut ainsi subsister sans être directement assumé : il est transformé en signifiant dont la résolution est toujours différée. 


“Il [le névrosé ]croit à l’autre ; dans sa demande il attend de l’autre quelque chose ; mais comme on croit « à » telle pratique magique ou à » la médecine, – avec l’idée que cela permettra finalement d’assurer une consistance du monde présentement faillé. Il croit à son symptôme, qui est cette faille et qui est l’Autre (en tant que réduit à l’autre, pour lui), en ce sens, dit Lacan, qu’il croit que son symptôme lui dit quelque chose, qu’il faut le déchiffrer, qu’il est une énigme qu’il faut résoudre. La seule manière, dans la névrose, de supporter le signifiant du désir est de le laisser ainsi en instance prétendue de résolution signifiée.”
JURANVILLE, 1984, LPH

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