NEVROSE, Symptôme, Règle, Savoir

Si la névrose est négation de la règle, elle ne peut apparaître à l'intérieur de cette règle déjà admise. Elle doit surgir de l'extérieur du monde constitué, de ce que l’on doit appeler le “réel”, sous la forme d'une nouvelle règle encore étrangère au sujet. C’est précisément ce qu’est le symptôme, phénomène propre de la névrose, comme le fétiche est le phénomène propre de la perversion. Contrairement à la conception médicale ordinaire qui le réduit à un simple signe pathologique interprété par un savoir extérieur, le symptôme authentique devient un événement qui met en question l’identité du sujet, de son monde et de son savoir. Il est d’abord réalité, surgissement imprévisible de ce qui échappe aux représentations établies. Mais il est aussi règle, car il appelle le sujet à affronter cette rupture, à élaborer une identité nouvelle et à accéder finalement au savoir. Le symptôme est ainsi la « réalité de la règle ». Le sujet refuse pourtant spontanément cette vérité et préfère croire qu’un maître possède déjà le savoir dont il manque : telle est la névrose ordinaire. Cependant il existe des « bons symptômes », d’abord rejetés mais porteurs de vérité, qui révèlent la finitude, la culpabilité et la fuite devant la finitude tout en ouvrant le chemin du savoir. Pour poursuivre la correspondance avec la perversion (en tant qu’elle-même porteuse de vérité avec ses ”bons fétiches”) : à la mère répond le père comme modèle d’affrontement à la finitude ; à l’œuvre répond le savoir et le discours ; à la psychanalyse répond la philosophie comme justification des discours en conflit ; enfin, au Christ comme incarnation de la loi répond le Christ comme paradoxe du Dieu-Homme, symptôme suprême exigeant la foi.


Comment la névrose, en tant que négation de la règle, se donne-t-elle au sujet fini ? Redisons ce que nous avons dit en présentant le fétiche comme phénomène de la perversion. Le sujet est d’abord pris dans son monde immédiat, soumis à la norme et, cette fois-ci, à la règle de ce monde. La négation de cette règle, et donc ce qui apparaît au sujet comme névrose, doit dès lors surgir en dehors de ce monde, dans le « réel ». Et elle doit introduire une règle nouvelle, puisqu’il n’y a pas de sujet existant sans loi, et donc sans norme, et enfin sans règle. Cette réalité de la règle définit le symptôme. Qui est ainsi, de même que le fétiche pour la perversion, le phénomène de la névrose.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

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