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DESTIN, Langue, Signification, Philosophie

Le destin essentiel n'est pas la fatalité. Il désigne le mouvement par lequel l'individu véritable doit advenir, mais aussi, avec la reconnaissance sociale de cette singularité, l’inscription de cette singularité dans l'histoire. Le destin n'est donc pas ce qui arrive à l'individu ; c’est ce qui doit permettre à l'individu de devenir pleinement lui-même. Le problème est alors : comment ce destin peut-il être connu objectivement ? comment peut-il devenir savoir ? Dès lors qu’on reconnait l’existence, l’objectivité s’établit avant tout comme linguistique ; et  la singularité individuelle doit être comprise comme une signification. Mais pour devenir véritable destin, cette signification doit recevoir une validation de vérité. Signification et vérité définissent alors la langue. Celle-ci est à la fois langue naturelle, qui transmet une tradition et appelle les individus à leur destin, et langue créatrice des écrivains, poètes et penseurs, où ce destin s'accomplit pleinement. Toutes les langues humaines possèdent en principe la capacité d'exprimer la signification essentielle de l'individu reconnu dans son historicité ; c'est le fondement de l'universalisme. Cependant, historiquement, les langues sont prises dans les systèmes sacrificiels et les formes sociales qui empêchent l'expression de cette singularité véritable. Elles véhiculent d'abord les représentations collectives dominantes plutôt que l'individualité authentique. La tâche de la philosophie est alors de rendre explicite cette possibilité universelle contenue dans les langues et de lui donner une pleine objectivité. Ce qu’elle fait à partir de son propre langage, conceptuel, dont le principe est la métaphore. Elle est l'opération créatrice fondamentale par laquelle une signification nouvelle apparaît. La métaphore devient ainsi le fondement du destin, de la création linguistique, de l'universalité philosophique et de l'inscription objective de la singularité individuelle dans l'histoire.


“Si, comme le soutient la philosophie contemporaine, toutes les langues humaines portent en elles, en tant que langues, la possibilité (c’est le fondement de l’universalisme) d’exprimer la signification essentielle que nous avons dite – la singularité individuelle en tant qu’elle est accueillie par le sujet social et qu’il la laisse déployer son historicité –, il est sûr que les langues toujours d’abord, prises qu’elles sont dans des systèmes sacrificiels, n’expriment nullement pareille signification. Et la philosophie doit, pour l’histoire qu’elle veut, en montrer toute l’objectivité, ce que permet l’affirmation de l’inconscient. Et la montrer dans son langage à elle qui doit pouvoir prendre place dans toutes les langues et y poser comme tel le principe de cette signification. Principe qui n’est autre, dans les langues comme dans le langage de la philosophie, que la métaphore déjà rencontrée.”
JURANVILLE, 2017, HUCM