La philosophie politique doit partir du monde injuste tel qu'il existe réellement. Hobbes accomplit cette exigence en prenant pour point de départ l'individu menacé dans l'état de nature, compris comme état de guerre et expression du paganisme sacrificiel. Afin d'échapper à cette violence, les individus instituent par convention le Léviathan, État souverain qui constitue une idole consciente d'elle-même, un « dieu mortel » fabriqué par les hommes. Hobbes protège ainsi la vie individuelle mais au prix d'un écrasement de l'autonomie. Locke réagit contre cette limitation en affirmant les droits de l'individu, la propriété de soi, la propriété issue du travail et le droit de résistance à un pouvoir injuste. Toutefois le libéralisme lockéen risque de substituer à l'idole politique une idole économique : la propriété devient alors la valeur suprême. La véritable solution est apportée par Rousseau. Dans le Contrat social, la volonté générale ne résulte pas d'un simple accord d'intérêts mais d'une création politique fondatrice. L'individu véritable ne se contente plus de défendre ses biens : il participe à l'institution d'une communauté juste. Cette création politique suppose un appel qui dépasse les intérêts particuliers. C'est pourquoi Rousseau attribue au législateur une fonction quasi prophétique : la loi juste doit être reçue comme venant d'un Autre divin. C’est à ce titre que l’Église, comprise comme instance critique de l'État, devrait rappeler que toute communauté politique demeure soumise à une exigence supérieure de justice.
JUSTICE, Absolutisme, Libéralisme, Contrat social
“Rousseau intervient dans le monde moderne en préparant la Révolution, avec la volonté générale qui advient par rupture créatrice lors du contrat. Elle caractérise l'individu véritable en tant qu'à sa pointe, par son œuvre ultime, il institue la communauté nouvelle de l'Etat juste. Elle doit être présentée par le législateur comme un commandement qui ne vient pas de lui-même, mais de Dieu, chacun ayant à accueillir ce commandement et cet appel, c'est-à-dire assumer l'élection - c'est ce que l'Eglise comme instance critique par rapport à l'Etat devait introduire au dernier terme.”
JURANVILLE, 2015, LCEDL
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