JUSTICE, Bien, Philosophie, Absolu, PLATON

La philosophie est essentiellement guidée par l’idée de justice, qui constitue pour elle l’Autre absolu auquel l’humanité doit s’identifier dans son organisation sociale. L’on retrouve cette orientation dès Platon, où elle apparaît sous la figure de l’Idée du Bien. Lorsque Platon affirme que le Bien est « au-delà de l’essence », il découvre une forme d’altérité pure : le Bien n’est pas un être parmi les êtres, ni même l’essence suprême, mais ce qui donne à la fois l’être, l’essence et la connaissance. Tous les hommes le recherchent sans pouvoir le posséder pleinement, d’où l’aporie qui l’accompagne. L’on peut certes interpréter l’Idée du Bien comme la formulation platonicienne de l’Idée de justice, c’est-à-dire de l’absolu en tant qu’il doit organiser correctement les rapports humains. Cependant, cette altérité risque toujours d’être faussée si elle n’est pas objectivement déterminée, et c’est tout le problème de la pensée contemporaine de l’existence d’avoir reconnu l’altérité du Bien sans parvenir à lui donner une véritable objectivité rationnelle. Or la tâche de la philosophie doit consister précisément à produire cette objectivation, à faire de la justice non une simple aspiration mais un savoir. C’est en ce sens que l’inconscient permet de prolonger positivement et d’accomplir l’intuition platonicienne, d’abord en ceci que l’inconscient permet de comprendre concrètement pourquoi l’homme résiste à la justice. Platon désigne souvent le Bien (dans une perspective éthique générale) plutôt que la Justice, alors même que celle-ci reste réellement le but (politique, manqué en tant que tel) de toute sa philosophie : le Bien désigne l’absolu lui-même, le terme ultime auquel l’homme participe dans son œuvre propre lorsqu’il devient « relativement absolu ». Mais pour que cet accomplissement individuel soit possible, il faut une loi juste dans le monde social. La justice est donc la vérité de la loi, tandis que le Bien est la vérité de l’absolu. Ainsi, même si le Bien s’affiche comme un sommet métaphysique et l’idéal ultime, la philosophie est pratiquement et historiquement conduite par l’exigence de justice, qui vise à rendre possible l’accomplissement de chaque individu dans une société véritablement juste.


Certes le bien, dirons-nous, est le terme suprême et ultime. C’est l’absolu en tant que l’homme peut et doit le reconstituer dans son œuvre propre, l’homme devenant alors, par l’épreuve de la mélancolie, « relativement absolu ». Non pas sans doute « absolument absolu », et cependant « absolu » quand même. D’où le thème platonicien, souligné par Heidegger, de l’Idée du bien comme Idée souveraine, κυρία (kuria), « qui exerce et qui donne la puissance ». Mais l’homme doit être mis en position de s’accomplir ainsi, comme individu, par la loi dans le monde social ; introduire une telle loi est l’œuvre qu’a à produire la philosophie ; et elle est donc menée dans cette œuvre par la justice. Justice comme vérité de la loi, face au bien comme vérité de l’absolu.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire