Il y a d’un côté l’hallucination fondamentale de la Chose, primordiale, et de l’autre l’hallucination psychotique, “secondaire” en quelque sorte, portant sur le Nom-du-Père. La première conditionne toute perception, la seconde l’exclut radicalement (l’hallucination n’est pas une perception). Ce n’est donc pas que le signifiant y fasse défaut tout à fait, mais plutôt que le signifié s’est dissous : le signifiant est là, dans le réel (le monde effondré tout autour), et plus aucun signifié n’a de sens (là où le signifié reste énigmatique chez le névrosé, faute d’en retrouver, inversement, le signifiant). L’hallucination implique que le signifiant assurant la consistance du monde, et du signifié en général, soit le “Nom-du-Père”, n’assume plus cette fonction. Pourquoi ? Parce que celui-ci redevient directement, dans la psychose, le signifiant de la Chose et de la jouissance, et non le signifiant de la loi et de la castration, qui régit normalement le signifié.
HALLUCINATION, Psychose, Nom-du-Père, Castration
FORCLUSION, Nom-du-Père, Psychose, Castration, LACAN
Dans l’hallucination psychotique surgit dans le réel le signifiant fondamental du Nom-du-Père, qui normalement introduit la loi symbolique et permet au sujet d’accéder à son statut de sujet désirant. Dans la psychose, ce signifiant n’entre pas dans le symbolique : la castration symbolique est ainsi évitée. La question est alors de savoir si cette forclusion correspond à un défaut originaire de la structure du sujet ou à un processus actif. Or Lacan lui-même soutient que la forclusion implique d’abord une expérience de la castration : le sujet a rencontré la menace qu’elle représente mais refuse de l’admettre dans son monde symbolique - ce qu’indique la formule « je n’en veux rien savoir ». L’analogie juridique du terme « forclusion » éclaire ce mécanisme : un droit peut exister mais ne plus être reconnu (par la justice) s’il n’a pas été revendiqué à temps. De même, dans la psychose, il existe bien un savoir de la castration, mais le sujet refuse d’en être le sujet. La forclusion apparaît ainsi comme la forme extrême de l’évitement de la castration, qui entraîne le retour dans le réel de ce qui a été rejeté du symbolique.