À partir de là, Lacan réorganise complètement la théorie aristotélicienne des modalités. Le nécessaire devient ce qui soutient durablement l'écriture symbolique : la loi et le Nom-du-Père. C'est « ce qui ne cesse pas de s'écrire ». Le possible désigne ce qui peut être inscrit dans cette loi, tout sujet susceptible d'y prendre place. C'est « ce qui cesse de s'écrire », c'est-à-dire ce qui peut toujours être réécrit. Le contingent est l'événement imprévisible qui surgit dans le monde sans être déductible des lois existantes. Il « cesse de ne pas s'écrire ». L'impossible est le réel pur, irréductible à toute symbolisation : « ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire ». Contrairement à Aristote, les oppositions changent complètement. Le possible ne s'oppose plus à l'impossible mais au nécessaire. Le contingent s'oppose à l'impossible. Cette nouvelle logique permet de penser ce qui intéresse finalement Juranville : l'histoire. L'histoire authentique n'est pas la simple application de lois générales. Elle est le lieu où surgissent des événements véritablement nouveaux, impossibles à prévoir d’après les règles existantes. Chaque création historique est une contingence qui « cesse de ne pas s'écrire » avant de pouvoir éventuellement être intégrée dans un nouvel ordre symbolique. Cette nouvelle logique ne décrit plus seulement le raisonnement scientifique : elle devient une logique de l'histoire, de la création et de l'émergence de l'événement.
LOGIQUE, Science, Modalité, Ecriture, LACAN
À partir de là, Lacan réorganise complètement la théorie aristotélicienne des modalités. Le nécessaire devient ce qui soutient durablement l'écriture symbolique : la loi et le Nom-du-Père. C'est « ce qui ne cesse pas de s'écrire ». Le possible désigne ce qui peut être inscrit dans cette loi, tout sujet susceptible d'y prendre place. C'est « ce qui cesse de s'écrire », c'est-à-dire ce qui peut toujours être réécrit. Le contingent est l'événement imprévisible qui surgit dans le monde sans être déductible des lois existantes. Il « cesse de ne pas s'écrire ». L'impossible est le réel pur, irréductible à toute symbolisation : « ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire ». Contrairement à Aristote, les oppositions changent complètement. Le possible ne s'oppose plus à l'impossible mais au nécessaire. Le contingent s'oppose à l'impossible. Cette nouvelle logique permet de penser ce qui intéresse finalement Juranville : l'histoire. L'histoire authentique n'est pas la simple application de lois générales. Elle est le lieu où surgissent des événements véritablement nouveaux, impossibles à prévoir d’après les règles existantes. Chaque création historique est une contingence qui « cesse de ne pas s'écrire » avant de pouvoir éventuellement être intégrée dans un nouvel ordre symbolique. Cette nouvelle logique ne décrit plus seulement le raisonnement scientifique : elle devient une logique de l'histoire, de la création et de l'émergence de l'événement.
PROPOSITION, Existence, Dieu, Savoir, ROSENZWEIG
La proposition philosophique comme existentielle, telle que l’élabore Rosenzweig, constitue le fondement absolu du savoir philosophique. Elle se distingue de la proposition spéculative par un déplacement décisif de l’accent : non plus sur le prédicat (« Dieu est l’ABSOLU »), mais sur le sujet (« DIEU est la vérité »). Par là, Dieu n’est plus défini par une essence, mais reconnu comme l’Autre absolu d’où vient la vérité elle-même. La vérité n’est plus évidence, mais Révélation, surgissant pour un homme d’abord pris dans la non-vérité de la finitude radicale et de la pulsion de mort. Cette Révélation manifeste l’altérité essentielle de l’Autre absolu, créateur ex nihilo (s’annihilant par l’acte de création), constitutivement ouvert à l’Autre, et appelant l’homme à une altérité véritable. La Révélation intervient explicitement comme appel à la sainteté (« Soyez saints, car je suis saint »), comme possibilité d’assumer l’existence malgré la finitude. La sainteté n’est pas universelle, mais elle existe réellement : d’ailleurs le psychanalyste qui s’efface comme savoir, ou le philosophe qui s’efface comme pouvoir, en sont des figures partielles. Certes le non-savoir existentiel est d’abord rejet du savoir, du concept, de l’Autre, « je n’en veux rien savoir » (Lacan). Il devient concept de non-savoir seulement si l’Autre absolu dispense la grâce, élève l’existant là même où il s’abîmait. À cette grâce s’ajoutent l’élection (responsabilité historique) et la foi (foi de Dieu en l’homme autant que de l’homme en Dieu). Ainsi, le non-savoir devient à la fois radical (effondrement réel) et essentiel (lieu de création du savoir). Contre la première pensée de l’existence (Kierkegaard, Heidegger), qui récuse concept, système et savoir au nom de la finitude et débouche sur l’impuissance historique, et contre la seconde (Rosenzweig, Levinas), qui réaffirme la philosophie mais refuse de poser le savoir total, Juranville soutient qu’il faut affirmer conjointement l’existence et l’inconscient. Car le savoir de l’existence est homologue au savoir de l’inconscient : il n’est pas produit par le sujet, mais reçu d’un Autre, à travers une parole qui engage le sujet dans sa finitude. La proposition existentielle arrache ainsi la philosophie à l’idéalisme comme au nihilisme, et annonce la construction systématique du savoir philosophique comme savoir de l’existence, dont la question du fondement — la raison surgissant de l’abîme — doit également être élucidée.
PROPOSITION, Spéculation, Question, Sujet, HEGEL, HEIDEGGER
Hegel est le premier à reconnaître la proposition philosophique comme proposition spéculative, distincte des jugements analytiques et synthétiques de Kant. Dans la proposition spéculative, la question philosophique sur l’essence vide le sujet grammatical de toute identité préalable : l’identité n’advient que dans le prédicat, ce qui provoque un non-savoir et un choc pour la pensée représentative. Toutefois, ce non-savoir reste formel : chez Hegel, l’identité révélée était déjà anticipativement contenue dans le sujet et ne fait que se déployer dialectiquement. Il n’y a donc ni finitude radicale ni création véritable. Avec l’affirmation de l’existence, la proposition philosophique doit aller plus loin : elle doit impliquer l’effondrement réel de toute identité anticipative et l’ouverture à une identité nouvelle, reçue de l’Autre. Heidegger apporte une percée majeure avec sa distinction entre question directrice et question fondamentale, dans laquelle s’opère un renversement grammatical de la question : « que signifie penser ? » devient « qu’est-ce qui nous appelle à penser ? », où c’est « qu’est-ce » (« Quoi? ») qui est sujet grammatical. Mais cet Autre intervenant est réduit par Heidegger à l’Être abstrait, qui n’appelle pas par lui-même à une transformation effective de l’ordre social ni à une recréation personnelle. Au contraire pour Juranville, l’Autre absolu (celui de la Révélation) doit être reconnu et nommé (Dieu) comme Celui qui intervient, personnellement, décisivement dans l’histoire des hommes. La proposition philosophique devient alors existentielle, fondée sur une identité créatrice, pleinement temporelle, venant de l’Autre absolu. Elle conserve la forme spéculative dégagée par Hegel, mais n’en reçoit la vérité réelle que dans le temps réel de la finitude et de la création.
