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EXPERIENCE, Différence, Rupture, Plaisir

L’instant est rupture et différence pour le sujet enfermé dans son identité immédiate, mais cette différence n’est essentielle que si elle introduit une identité nouvelle et vraie, autrement dit si elle se fait expérience. L’instant est l’acte du plaisir par lequel le sujet répond à la venue de l’Autre ; l’expérience est le mouvement par lequel ce sujet de l’instant s’accomplit et prend plaisir à son accomplissement. La pensée de l’existence tend cependant à identifier toute expérience conduisant à un savoir à l’expérience ordinaire, empiriste ou métaphysique, qui toutes refusent la rupture et la finitude radicale. Hegel neutralise la différence dans une identité anticipative absolue ; l’empirisme accueille bien les différences mais c’est pour les ranger dans une identité formelle, absolutisée faussement pour éviter la finitude. Bien que la pensée de l’existence ait l’idée d’une expérience vraie — expérience de la finitude dans la rencontre de l’Autre — elle se refuse à en dire quelque chose, car cela impliquerait de poser un sujet nouveau, une identité vraie, et donc un savoir. D’où le glissement vers le désastre inexpérimentable (Blanchot) ou l’expérience mystique qui n’en est pas une (Wittgenstein).


“L’instant fait rupture. Pour le sujet clos sur son identité immédiate, l’instant est différence. Mais cette différence de l’instant ne serait pas différence essentielle, si elle n’introduisait pas, pour le sujet fini, une identité nouvelle et vraie. Une telle identité vraie, une telle identité qui est en même temps vérité, définit l’expérience. Là où l’instant est l’acte du plaisir, l’acte par quoi on répond à la venue de l’Autre en s’en faisant le sujet, l’expérience est ce à quoi on prend du plaisir, tout le mouvement selon lequel on s’accomplit comme sujet de l’instant.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

EXPERIENCE, Différence, Identité, Autre

L’expérience se donne d’abord comme différence : négation de l’identité fausse et, par là même, introduction de l’identité vraie. Existentiellement, la différence est première, car l’identité est ce par quoi l’existant refuse d’abord l’existence et l’altérité. L’expérience essentielle surgit ainsi comme différence introduite par l’Autre comme tel, faisant s’effondrer l’identité ordinaire et ouvrant la possibilité d’une identité vraie à reconstituer objectivement. Mais l’existant rejette d’abord cette différence radicale. Il cherche soit une différence socialement reconnue, reconduisant une identité fausse, soit — dans la pensée de l’existence — une différence essentielle fondée sur la finitude radicale. Toutefois, au nom même de cette finitude, il exclut alors que l’identité vraie puisse jamais être posée dans une vérité socialement reconnue.


C’est donc comme différence que se donne à l’existant l’expérience, l’expérience essentielle. Différence introduite par le surgissement de l’Autre comme tel et, avant tout, de l’Autre absolu. Mais l’existant rejette d’abord une telle différence, qui le conduirait jusqu’à l’identité vraie confirmée objectivement. Ou bien – et c’est ce qu’il commence par faire – il veut une différence qui soit socialement reconnue, c’est-à-dire qui conduise à une identité elle-même socialement reconnue. Ou bien – et c’est ce vers quoi il peut se diriger ensuite – l’existant veut, avec l’existence, proclamer, contre cette différence (et identité) abstraite, une différence vraiment essentielle.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT