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PHALLUS, Sujet, Signifiant, Désir, LACAN

Comment le phallus peut-il être à la fois le symbole du sujet, le signifiant du désir, quelque chose qui manque à la chaîne signifiante, et finalement se retrouver du côté de l’Autre ? La clé est une formule paradoxale que Juranville donne lui-même : « Du lieu de l’Autre, je suis le phallus, mais de ma place non. » C’est cette discordance qui constitue la castration et, par conséquent, le sujet divisé. Le phallus n’est donc ni simplement quelque chose que le sujet possède, ni même quelque chose qu’il « est » positivement : il est ce qui lui donne sa réalité signifiante depuis l’Autre, tout en lui manquant depuis sa propre place. Repartons de la définition lacanienne du signifiant comme ce qui représente le sujet pour un autre signifiant : cette chaîne suppose alors un signifiant singulier pour lequel tous les autres représentent le sujet. Or ce signifiant ne peut être simplement compté parmi les autres ; il marque un défaut constitutif de la batterie signifiante (même si en tant que telle celle-ci est “complète” : tous les mot sont dans le langage !). Le phallus vient donc occuper cette place. Avec l’apparition du signifié surgit le désir, dont le phallus est le signifiant, et le sujet apparaît précisément comme sujet de ce désir. À ce premier moment logique, le sujet est lui-même le phallus : le phallus constitue son réel et le rend signifiant pour l’Autre. Mais cette réalité ne lui appartient pas immédiatement ; elle ne lui vient que du lieu de l’Autre. Le phallus qui constitue le sujet est donc simultanément, depuis sa propre place, irréel et perdu. C’est cette discordance que l’on est en droit d’appeler castration : le sujet est divisé, constitué par ce avec quoi il ne peut coïncider. Cette fonction phallique inscrit également la différence masculin/féminin sous le signe du manque et interdit de la concevoir comme complémentarité. Le phallus se rapproche alors du S1 (au sens du signifiant maître) ou Nom-du-Père : signifiant sans signifié ultime, il marque l’échec de toute unité totale du sens. Dire qu’il est signifiant du désir et dire qu’il n’a pas de signifié ne se contredit donc pas : il signifie précisément qu’aucun signifié ultime ne peut venir fermer le manque. C’est pourquoi l’Autre, d’abord présenté comme trésor des signifiants, peut finalement être lui-même déterminé par le phallus : l’Autre n’est pas une totalité pleine, mais le lieu même où le manque s’inscrit. Le phallus est ainsi moins ce qui comblerait le manque que ce qui lui donne une inscription signifiante : il fait du manque lui-même la condition du sujet, du désir, de la parole et de la non-complémentarité sexuelle.


“C’est d’abord le phallus qui est le réel de cet « étant » dont la détermination anticipée est le désir. C’est au phallus que quelque chose est signifié. C’est le phallus qui est le référent premier, pour toute signification. D’où la formule de Lacan que le phallus est la seule chose que dénote le langage. Le réel de qui parle est donc d’abord le phallus, mais il est essentiel de bien remarquer ici que le phallus est le signifiant aussi du désir qui le caractérise maintenant. De sorte que ce phallus qui fait sa réalité, il ne la fait que du lieu de l’Autre, mais pour lui, le phallus comme « sien » est aussi bien quelque chose d’irréel  et de perdu : c’est d’abord cela la castration. Du lieu de l’Autre, je suis le phallus, mais de ma place non.”
JURANVILLE, 1984, LPH

PHALLUS, Symbole, Signifiant, Jouissance

Pour Juranville “La vérité totale du signifiant pur est le Père”. Le Père désigne d'abord une fonction logique : la position originaire du signifiant comme source de signifiance. Mais tant qu'il n'y a que le signifiant pur, il n'est pas encore pleinement déterminé comme Père. Il devient Père lorsqu'apparaît quelque chose produit à partir de lui, soit le signifié, et avec lui le sujet. Autrement dit, il n'y a Père que lorsqu'il y a Fils. Cette séparation est immédiatement castration, car le sujet n’est désormais ni cause de soi ni signifiant par soi : sa capacité de signifier lui vient de l’Autre, maintenu comme signifiant pur. Le sujet existe parce qu'il est séparé et dépend du signifiant de l'Autre : la castration est donc constitutive. Le Fils est ainsi produit comme symbole, puisqu’il n’existe que par le Père symbolique. Père symbolique, cela signifie que le Père ne produit pas le Fils parce qu'il serait biologiquement géniteur, mais parce que son signifiant (Nom-du-Père) possède une fécondité propre : il produit un être séparé capable lui-même de signifier. C’est pourquoi le phallus désigne primordialement ce symbole du Fils - non la puissance paternelle, et encore moins l’organe sexuel - bien qu’il renvoie à la fécondité paternelle. Le Nom-du-Père est le signifiant fécond ; le phallus est le symbole produit par cette fécondité signifiante. La jouissance phallique est par conséquent, dans son sens fondamental, jouissance du Fils, c’est-à-dire consistance du sujet séparé dans le symbolique et la parole : le sujet n'est certes plus le signifiant pur, mais le signifiant peut désormais prendre corps en lui comme parole. Car le phallus ne peut pas être simplement un concept linguistique : il concerne la constitution corporelle du sujet par le symbolique. Reste que, dans la jouissance phallique, la manifestation sexuelle est seconde ; la sexualité masculine n'est pas le modèle à partir duquel serait inventée la fonction phallique, c’est l'inverse : une structure symbolique fondamentale trouve dans la sexualité une manifestation plus ou moins originaire, mais jamais totalement adéquate. “Avoir” le phallus est donc secondaire par rapport à “être” symboliquement phallus. Les positions sexuées viendront ensuite se distribuer relativement à cette fonction. Le processus logique fondamental est ici la nomination : le nom confère une identité anticipée, fait émerger le signifié et sépare l’étant de l’Autre. Etre nommé, c'est devenir identifiable ; mais devenir identifiable, c'est ne plus être confondu avec l'Autre. Voilà pourquoi le signifié et la castration apparaissent ensemble : l’identité elle-même est castratrice en tant qu'elle introduit une limite. Cette séparation détruit la pleine consistance imaginaire du corps ; le signifiant devient parole ou Verbe plutôt que totalité de l’être corporel. Le corps du sujet est alors le nouage d’un non-signifiant (“le corps se vide” dit Juranville) et d’un signifiant reçu de l’Autre ; c’est ce nouage que désigne le phallus, le corps même du sujet en tant que sa séparation d’avec l’Autre est devenue signifiante.


“La vérité totale du signifiant pur est le Père. C’est ainsi qu’elle apparaît quand, au-delà du moment du signifiant pur, émerge le signifié. L’être se constitue alors en un étant séparé, celui que l’on a présenté avec Lacan comme le sujet du désir inconscient. Cet étant séparé assujetti à la loi de la castration qui se rattache au Nom-du-Père est le Fils. La souffrance propre au Fils est d’être produit comme le symbole. Et la loi de la castration ne signifie rien d’autre que le fait que c’est le phallus qui est primordialement ce symbole.”
JURANVILLE, 1984, LPH

PERVERSION, Loi, Transgression, Jouissance

Partons d’une difficulté de la première théorie freudienne : si la sexualité humaine est originairement constituée de pulsions partielles et si l’enfant est « pervers polymorphe », la perversion paraît moins une structure particulière que le fond même du désir humain. On pourrait alors l’expliquer par une fixation archaïque précédant l’unification des pulsions par le moi. Mais cette solution reste insuffisante puisque, dans une théorie dominée par le principe de plaisir, le pervers peut simplement prétendre atteindre plus directement le plaisir que les autres. La théorie lacanienne du signifiant déplace entièrement le problème : la perversion devient une question éthique concernant la loi et l’Autre. Transgresser suppose que l'acte se rapporte à la loi qu'il transgresse. Le pervers ne peut donc transgresser qu'en se plaçant lui-même du côté de la loi, car “seule la loi peut transgresser” écrit Juranville. Seulement, la loi à laquelle il obéit n’est plus celle de la castration et du désir, mais une loi de jouissance qui commande elle-même la transgression. La loi perverse est une loi dont le contenu consiste précisément à ordonner le franchissement des limites. Transgresser ne consiste pas simplement à enfreindre une règle : c’est provoquer l’Autre afin qu’il transgresse sa propre loi, perde sa mesure et manifeste la violence que la loi contenait. La transgression ne cherche donc pas à abolir toute loi. Elle cherche à prendre la place de la loi. En l’occurrence elle commande de jouir sans qu’aucune limite ne puisse arrêter la jouissance ; ou pour mieux dire elle commande qu'aucune loi ne vienne limiter la jouissance ! C'est pourquoi elle est intrinsèquement transgressive… et contradictoire : elle ordonne sa propre transgression, et voudrait entrainer toute loi dans cette même contradiction. On se souvient que Lacan, dans son “Kant avec Sade”, cherche à donner à la jouissance sadienne une forme universelle de loi, sur le modèle formel de l'impératif kantien. Ainsi, la jouissance n'est plus : j'ai envie de ceci. Elle devient : j'ai le droit, et ce droit vaut comme loi. La jouissance prend donc la forme d'un impératif particulièrement abstrait. Le signifiant-maître ne renvoie plus à un contenu extérieur qui justifierait son autorité, il affirme simplement sa propre puissance de signifier. Et c’est précisément pourquoi cette loi ne peut que commander la jouissance : elle se confond avec la jouissance. Il faut rappeler cette définition juranvilienne de la jouissance : « jouir, c’est poser le signifiant dans sa signifiance ». La jouissance n’a rien à voir avec un plaisir particulièrement intense: elle désigne proprement l'acte où le signifiant s'affirme absolument comme signifiant. « “Faire la loi” est donc jouissance » écrit Juranville.
En tout cas, l’on ne saurait dire que le pervers ignore simplement l’Autre : il le suppose comme volonté de jouissance et se fait son instrument. La loi qu’il proclame reste la loi de l’Autre, un Autre auquel il est particulièrement assujetti. D’autant plus que pour accomplir cette volonté, il doit faire surgir dans la réalité le signifiant même de la loi sous forme d’objet. Cet objet est le fétiche. Or cette objectivation contredit la signification véritable de la castration, qui exige l’effacement de la face-objet du phallus et du Nom-du-Père. Le fétiche permet donc le déni et l’évitement de la castration, comme le symptôme le permet autrement dans la névrose. Ce qui manque, c'est l'Autre véritablement autre, celui dont la parole peut introduire la coupure et devant lequel le sujet doit accepter sa castration.



“La théorie lacanienne du signifiant permet de poser tout autrement le problème de la perversion, capital pour l’éthique. S’il n’existe pas de monde pur que la loi organise parfaitement, la transgression perverse ne peut plus être déterminée tout simplement comme transgression de la loi. Lacan a montré dans « Kant avec Sade » que le pervers n’est nullement « hors la loi » et n’ignore pas l’autre comme tel. Bien au contraire, se faisant « l’instrument de la jouissance de l’Autre », il est assujetti à sa loi. La loi pour le pervers est sans doute autre que la loi de la castration et du désir, et nous avons présenté la loi de la jouissance de « Kant avec Sade » comme l’interprétation perverse de la castration. Mais il y a la loi, qui commande la transgression, et qui est elle-même transgressive. La loi commande de « faire la loi » parce que seule la loi peut transgresser. Ce qui veut dire que le signifiant de la loi doit apparaître dans le réel, comme un objet. C’est le fétiche.”
JURANVILLE, 1984, LPH

PENSEE, Concept, Signifiant, Philosophie, HEGEL

« Le discours philosophique est celui qui énonce en même temps la vérité totale et la vérité partielle » énonce Juranville. La vérité partielle correspond à une vérité qui apparaît à l'intérieur d'une articulation signifiante déterminée, comme celle du désir, du symptôme, de l'inconscient. La vérité totale, elle, suppose que cette vérité partielle soit elle-même replacée dans la structure générale qui articule le réel, le symbolique, et imaginaire. La philosophie a donc une tâche que n'a pas simplement le savoir ordinaire : elle doit penser la vérité particulière tout en pensant la totalité dans laquelle cette vérité prend place. La pensée est l'opération par laquelle ce qui se présente dans le langage peut devenir intelligible dans sa structure. Comme pensée “absolue”, philosophique, elle ne se contente pas d'une articulation locale du symbolique, elle vise la structure complète de l'être.
La pensée symbolique énonçant la vérité partielle n’est rien d’autre, culturellement, que la pensée mythique, et individuellement c'est la pensée inconsciente. Dans les deux cas, il n'y a pas encore articulation conceptuelle du signifié, seulement articulation des signifiants et production d'un signifié (toujours le même fondamentalement : c’est le désir). Un élément n'a pas sa signification en lui-même, il vaut par sa différence avec les autres éléments : c’est en quoi il est symbole. Mais ce sens reste partiel, parce que le système symbolique n'a pas encore été rapporté au réel et à l'imaginaire dans leur articulation générale. Le symbolique est structurellement quaternaire (chez Juranville : objet – sujet – Autre – Chose) et il dépend de la fonction signifiante essentielle du Nom-du-Père. Elle permet qu'un signifiant puisse être substitué à un autre, qu'une relation puisse être établie, qu'un sens puisse émerger. Le mythe remplit déjà une fonction, il est une mise en forme symbolique d'un problème fondamental du sujet : comment articuler le désir sans que sa violence ne conduise à la destruction ?
La logique philosophique, elle, est ternaire parce qu’au symbolique (second temps de l’articulation signifiante) elle ajoute la consistance du réel (premier temps) et celle de l'imaginaire (troisième temps) ; ou encore au dire elle ajoute l’être et le dire du dire. Cette inscription du symbolique dans le nœud RSI complet est le propre du concept. Le noeud est l’expression même de la consistance de la pensée, ce qui fait qu’elle “tient” : « ce que j'essaie de faire avec mon nœud-bo n'est rien de moins que la première philosophie qui me paraisse se tenir » disait Lacan. Dans le symbolique, le signifié est produit par l'articulation des signifiants. Dans le conceptuel, le signifié lui-même entre dans une articulation conceptuelle. Il devient donc possible de penser comment les significations elles-mêmes se déterminent les unes par les autres. C'est exactement ce qui permet à Juranville de parler de système des concepts. Or la proposition philosophique, conceptuelle, est toujours spéculative, car le concept est une sorte de signifiant second, capable de réfléchir l'articulation signifiante. Dans une proposition positive ordinaire, le sujet et le prédicat désignent des éléments relativement stabilisés. Dans « cette rose est rouge », on sait ce qu'est la rose et ce qu'est le rouge. Dans la phrase « Dieu est l'être », le prédicat ne vient pas simplement ajouter une propriété au sujet ; il révèle ce que le sujet est essentiellement ; il ajoute du neuf et le prédicat devient donc sujet lui aussi. Mais selon Juranville l’exemple précédent serait seulement « formellement spéculatif ». Il ne suffit pas de proclamer l'identité (“établir le sujet et le prédicat comme figures du Même” dit Juranville), il faut produire les médiations, le chemin conceptuel qui la justifie. Juranville prend un exemple qui lui est propre : « jouir, c'est poser le signifiant comme signifiant ». Cette proposition n’est pas une simple définition ordinaire de la jouissance, elle est spéculative parce qu'elle cherche à montrer la place structurale de la jouissance dans le système des concepts. De plus, autre manière de dépasser Hegel, la pensée peut être spéculative, produire des structures cohérentes, tout en étant traversée par l'inconscient, puisque dans l'acte de pensée, le sujet lui-même est pris comme élément de la structure symbolique. L’acte même par lequel le sujet sait ne peut pas devenir intégralement objet de son propre savoir. C’est ce qui permet de penser ensemble philosophie et psychanalyse.
L’autre grande objection est adressée à Heidegger, récusant que la pensée de l’être puisse être pleinement conceptuelle. Le concept serait une manière pour un sujet de s'emparer de quelque chose et de prétendre à la maîtrise. Plutôt que le concept Heidegger met en avant la “Parole même de l’être” ou le Nom qui “ouvre un monde”. Juranville concède que si l'être est conçu exclusivement comme acte signifiant produisant le signifié, il y a effectivement un risque de réification. Mais il cible plutôt une contradiction : si Heidegger explicite déjà les structures (“existentiales”) selon lesquelles l'être se déploie, pourquoi exclure le concept ? Juranville montre que le concept n'est nullement une fermeture du sujet sur lui-même, mais essentiellement don à un Autre irréductible. Par ailleurs il n’est pas une pure abstraction symbolique, mais une articulation, un processus traversé par le réel. N’oublions pas que le propre du concept selon Juranville est de « poser le signifié comme signifiant », et non une simple opération de capture du signifié. Il n’y a donc aucun retour possible vers la métaphysique, même hégélienne : la vérité totale qu’énonce la philosophie ne quitte pas l'existence concrète, et elle n’échappe pas à la finitude. Même la sublimation accomplie ne sort pas de la condition existentielle, marquée par la névrose irréductible de l’existant. Exactement comme la rédemption, sur le plan éthique, n’efface pas le péché. La vérité doit pouvoir être reçue et assumée par un individu ; et la nomination reste le mécanisme de cette assignation. Quant au discours philosophique, il n’échappe pas lui-même au fantasme classique du savoir absolu transparent à lui-même, mais « au-delà de cette illusion indépassable », dit Juranville, il existe néanmoins « un savoir sur l'être comme signifiant » dans sa vérité totale et partielle.



“Au-delà de la pensée symbolique, nous avons évoqué la pensée conceptuelle. C’est la pensée philosophique elle-même. Elle va au-delà du symbolique et de la vérité partielle, et accomplit son œuvre en ajoutant au symbolique la consistance du réel et celle de l’imaginaire. Au dire, où se donne la vérité partielle (c’est la δόξα de Platon), elle ajoute le troisième moment, celui du dire du dire (c’est la parole philosophique et pensante), et le premier moment, celui de l’être. La logique philosophique est ainsi essentiellement ternaire… À la différence de la pensée symbolique, le signifié est articulé, dans la pensée conceptuelle ; il n’est pas toujours le même. Il est articulé selon l’articulation ternaire décrite comme le procès logique, les trois aspects du signifiant.”
JURANVILLE, 1984, LPH

PAROLE, Désir, Sujet, Signifiant, LACAN

La primauté logique du signifiant, en bonne doctrine lacanienne, ne doit pas dissimuler le fait que phénoménologiquement ou existentiellement, c’est la parole qui est donnée d’abord. Partons de cette distinction entre : le langage comme système des signifiants ; la langue comme système linguistique déterminé ; la parole comme acte concret par lequel un sujet s'adresse à un Autre. Logiquement, le signifiant produit le signifié ; mais concrètement, dans l'expérience, nous rencontrons d'abord la parole. Si l'on partait exclusivement du système des signifiants, on perdrait ce qui constitue le contenu propre de tout acte de parole : la présence du désir et de la castration. Dans toute parole le sujet est là comme désirant. C'est pourquoi Juranville écrit que Lacan lit dans la parole « la présence du désir et de la castration » et même « le sujet certain de lui-même et de son désir ». Et il va jusqu’à relativiser la différence entre “parole pleine” et “parole vide” que l’on trouve chez Lacan. Le sujet peut se tromper sur ce qu'il dit, mentir, être pris dans ses symptômes, ne pas savoir ce qu'il désire consciemment ; mais le fait même qu'il parle atteste quelque chose de plus originaire : il est un sujet qui désire et qui s'adresse à l'Autre. Pour Lacan, la parole pleine est celle dans laquelle le sujet accède à sa vérité. Elle est orientée vers ce que la cure analytique cherche à rendre possible : une parole où quelque chose de la vérité du sujet se révèle à lui-même. Lacan la rapproche de l'ἀλήθεια grecque, du dévoilement : quelque chose qui était caché ou méconnu se découvre. À l'inverse, la parole vide est la parole ordinaire du névrosé lorsqu'il parle beaucoup, développe des discours abstraits, rationnels, convenus, mais précisément pour éviter de rencontrer ce qui le concerne réellement, notamment le refoulé. La parole pleine est donc, dans une certaine mesure, l'idéal d'une parole où l'acte de parler et la vérité subjective qu'il porte coïncideraient enfin. Toutefois, si l’on s’en tient au névrosé, son symptôme constitue bien, paradoxalement, la parole qui parle là où le sujet ne croit pas parler. D'où l’affirmation, rencontrée chez Lacan, que le lapsus peut être une « parole réussie ». Donc si la distinction entre “parole pleine” et “parole vide” peut s’entendre, il ne faudrait pas en conclure que certaines paroles seulement seraient vraiment paroles, puisqu’en tout acte de parole, est la présence du désir. C'est pourquoi Juranville préfère parler de « parole vidée » plutôt que de « parole vide ». Et quant au signifié, il importe de maintenir deux niveaux de signification dans toute parole : le signifié effectif, ce dont on parle, et le signifié fondamental du désir. Même si le premier tente de dissimuler le second, il n’y parvient jamais totalement. La parole vide est donc une parole divisée contre elle-même : comme acte de parole, elle révèle le désir ; par son contenu explicite, elle tente de dissimuler cette révélation.
D’un point de vue plus précisément clinique (Juranville dirait plutôt “existentiel”) il est possible de préciser les différents modes d’évitement de la castration, et donc de la parole vraie. La psychose, la perversion, la névrose sont autant de structures où le signifiant du désir (le signifié) se trouve rejeté selon des modalités à chaque fois différentes. Dans la névrose, la parole se présente comme interlocution d’apparence normale mais le signifiant du désir est bloqué dans le symptôme. Dans la perversion, la parole n’est plus qu’une parodie de dialogue, l’Autre s’y trouvant réifié, et le signifié du désir apparaît dans le fétiche. Dans la psychose, la parole se délite franchement, étant donné que le signifiant du désir est rejeté extérieurement, dans l’hallucination. Il reste une quatrième structure subjective, celle que la cure analytique tente de faire émerger : la sublimation. Parole où l’Autre a toute sa place puisqu’elle lui est littéralement adressée comme message d’amour.


“Ce qui est inapparent, c’est précisément qu’il y a un certain signifié propre inscrit dans la parole comme telle, dans l’acte de parole. Dans ces conditions, on comprend ce qu’est une parole « vide ». C’est une parole telle que son signifié effectif, ce qui y est dit (parce qu’il n’y a pas de parole sans que quelque chose soit dit) parvienne à dissoudre, à abolir le signifié primordial propre de l’acte de parole, exactement le signifié qui est inscrit en lui. Comme parole, l’acte de parole sera bien alors présence du désir, mais il y aura en même temps « dissimulation » (de quelque mode qu’elle soit), de cette présence.”
JURANVILLE, 1984, LPH

NOM-DU-PERE, Castration, Loi, Phallus, LACAN

La castration est une loi structurale liée à la fonction paternelle mais, comme l’a maintes fois rappelé Lacan, elle ne doit pas être confondue avec l’interdit lui-même ou la menace de rétorsion exercés par le père imaginaire. On distingue clairement le père imaginaire, le père réel et le père symbolique, ces deux derniers se déduisant du Nom-du-Père. Celui-ci possède une double dimension : comme nom, il désigne le père effectif ; comme signifiant, il fonctionne comme signifiant-maître. Le premier aspect permet de comprendre en quoi le père réel, celui qui doit être désigné par la mère, possède quelque chose de signifiant : il s’agit du phallus, qui signifie le désir en général (le père réel, géniteur ou non, est “celui” qui est désiré par la mère). Il est bien réel car “Le nom, c’est ce qui appelle à parler. À l’appel du Nom-du-Père, quelqu’un peut se lever pour répondre.” En tant que tel le phallus est alors le signifiant de la faille qui demeure au cœur même du signifiant (le symbolique n’est pas un système clos, le discours de la mère non plus), mais il reste lui-même indicible. Le second aspect du Nom-du-Père est proprement signifiant : il constitue le père symbolique. Dans le discours de la mère, cette fonction apparaît sous la forme du signifiant du Nom-du-Père, en tant qu’il qui ne désigne pas seulement le père réel mais la loi. Le père symbolique est ainsi l’Absent, non le père qui directement interdit (ou celui qui, au besoin, besogne la mère), mais celui qui institue le monde comme ordre symbolique. Il est « l’instituteur du monde » et le père de la loi, la loi du désir qui limite l’être du sujet aussi bien que l’Autre maternel. Le Nom-du-Père est finalement le signifiant qui, dans l’Autre comme lieu des signifiants, désigne l’Autre lui-même comme lieu de la loi. La castration doit donc être comprise comme la condition structurale de cette inscription du sujet dans un monde régi par la loi, et non comme une simple prohibition de la jouissance.


“En tant que loi, la castration est liée essentiellement à la fonction du Père. Mais le père de la castration n’est pas celui qui menace ou qui interdit. On peut distinguer ici deux figures du père, dont aucune ne menace ni n’interdit. Lacan parle du père symbolique et du père réel (le père de l’interdit, qui n’est pas la castration, est l’autre figure, celle du père imaginaire). Père symbolique et père réel se déduisent du Nom-du-Père. Le Nom-du-Père est double en effet. Il ne peut pas être seulement un signifiant, puisqu’il est nom de… et donc sert à désigner. Mais il est aussi un signifiant… Et c’est le père symbolique, l’Absent, qui apparaît comme l’instituteur du monde, le père de la loi.”
JURANVLLE, 1984, LPH

NOEUD BORROMEEN, Signifiant, RSI, Consistance, LACAN

Pour Juranville, le mathème fondamental de la psychanalyse est la structure quadripartite de l’inconscient, composée des trois places de l’objet/Chose, du sujet et de l’Autre, auxquelles s’ajoute le phallus comme signifiant non verbal. Ces trois places peuvent être inscrites dans les trois ronds du nœud borroméen, respectivement rapportés au réel, au symbolique et à l’imaginaire. Le Nom-du-Père se situe du côté de l’Autre et désigne le signifiant posé comme signifiant. Le nœud, en tant qu’« écriture parlante », énonce ainsi le signifiant paternel et fait apparaître la valeur signifiante du phallus sous la forme de la jouissance phallique. Mais le nouage implique simultanément une consistance du réel, éprouvée comme « jouissance de l’Autre », et une consistance de l’imaginaire, qui donne le sens. Le nœud constitue donc une structure où jouissance phallique, jouissance de l’Autre et sens sont produits par l’articulation des trois registres. Cette conception doit permettre de reformuler psychose, perversion, névrose et sublimation en fonction des différents modes de nouage. L’analyse ne vise pas à supprimer le nœud constitutif de l’être parlant, mais à défaire ce qu’il contient de « nœud en trop » afin de parvenir au nouage le plus simple. Le nœud borroméen est ainsi pour Juranville le modèle même d’une écriture qui ne représente pas seulement la structure, mais l’effectue. Sa consistance propre est celle de l’imaginaire, car l’imaginaire est ce qui permet au nœud de tenir. Le nœud constitue dès lors le savoir efficace de l’analyste et accomplit la « lettre » comme signifiant inscrit dans le signifié. Juranville expose (bien plus explicitement que Lacan) les trois moments du signifiant : son surgissement, sa position et la position d’un nouveau signifiant comme signifiant, ce qui correspond encore aux dimensions du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Dans le réel, le corps noue le surgissement imprévisible de l’existence, le symbolique du symptôme et l’image du corps ; dans le symbolique, la parole est le signifiant posé par celui qui parle ; dans l’imaginaire, l’écriture donne au signifiant sa consistance.


“C’est le nœud borroméen, que Lacan évoque en affirmant qu’« il faudrait arriver à donner une idée d’une structure qui soit telle que ça incarnerait le sens d’une façon correcte ». L’unité du nœud est la consistance même de l’imaginaire : « Si le nœud tient, c’est que l’imaginaire est pris dans sa consistance propre ». Le nœud borroméen accomplit de la manière la plus rigoureuse l’« écriture parlante » recherchée. Il est le savoir de l’analyste, ce savoir dont on a dit qu’il avait une efficace. À l’être parlant déjà advenu comme sujet, il apparaît comme énonçant le Nom-du-Père. En tant qu’écriture, le nœud borroméen, où sont reliés trois cercles ou « ronds de ficelle » absolument identiques, deux à deux indépendants, est le « nœud mental » requis du discours analytique (et présent dans la poésie). Il accomplit la « lettre », posée comme signifiante dans le registre du signifié. Sa consistance (qui n’est autre que la clôture structurale que nous avions évoquée à propos de l’écriture parlante, mais ici elle est mise en évidence) est la consistance même du signifiant.”
JURANVILLE, 1984, LPH




JOUISSANCE, Autre, Phallus, Femme, LACAN

Outre la jouissance prise au signifiant phallus, jouissance phallique, il existe une jouissance non sexuelle, une jouissance du signifiant proprement verbal - sous sa forme aussi bien orale que écrite -, et donc finalement jouissance au savoir. Il s’agit de la jouissance de l’Autre, qui apparaît en même temps que la jouissance phallique, au moment de “l’éclatement de la Chose, précise Juranville, lorsqu’elle énonce le signifiant de la loi, et introduit à la valeur signifiante du phallus”. Cette autre jouissance n’est pas soumise au même semblant que la première, elle est pure jouissance au sens où le signifiant verbal, sur lequel elle repose, “suscite réellement l’illusion de la présence de l’objet absolu, et l’épreuve du manque n’est pas supposée, mais à faire” renchérit Juranville. Cette jouissance n’est pas corporelle au sens phallique, quand le corps ne connait qu’une jouissance partielle, laissant la plus grande partie de l’être en souffrance (précisément parce que le phallus n’est pas l’organe lui servant d’instrument) ; elle serait plutôt “mentale”, non pas jouissance de telle partie du corps ou de tel corps particulier ; elle demeure pourtant corporelle dans un sens plus englobant où le corps est pris dans une unité. Par opposition à la jouissance phallique (qu’elle suppose néanmoins), qui est la jouissance du sujet, elle mérite d’être désignée “jouissance de l’Autre”, jouissance prise au signifiant comme tel, dans sa matérialité évidemment ; et l’on ne parlerait pas de jouissance si le corps n’en était pas le substrat, voire la substance (Lacan définit le corps comme “substance jouissante”). Lacan la caractérise également comme “jouissance supplémentaire” ou “jouissance de la femme”, femme qui n’est “pas-toute” précisément dans la jouissance phallique. “Autre jouissance”, ou bien “jouissance de l’Autre” ? et dans ce cas en quel sens du génitif, objectif ou subjectif ? Juranville fait remarquer que certaines formulations de Lacan, à ce sujet, peuvent prêter à confusion. Pour Juranville il faut partir de la dualité originelle du sujet et de la Chose. Initialement c’est la Chose maternelle, comme “écriture parlante”, qui nomme le signifiant paternel pour le sujet et ainsi éprouverait la jouissance de poser le signifiant de l’Autre : en ce sens la jouissance de l’Autre serait la jouissance que l’on prend à l’Autre. Avec le risque que le sujet, de son côté, ne fasse de la Chose (maternelle) son objet réel de jouissance (retour à la jouissance du “même”). Si généralement cela ne se produit pas, c’est que la femme, pour l’homme, est également cette Chose, cet Autre réel. C’est bien pourquoi la “jouissance de l’Autre” est également “l’autre jouissance”, cette jouissance que la femme éprouve en tant que telle, et toujours singulièrement. La jouissance de l’Autre est dont bien essentiellement la jouissance qui caractérise l’Autre (génitif subjectif).


“Il y a une autre jouissance que la jouissance sexuelle. Lacan la détermine comme jouissance de l’Autre. C’est la jouissance prise au signifiant verbal. Toute jouissance est en effet jouissance du signifiant, en tant que le signifiant est posé comme tel. Mais le signifiant est à la fois signifiant verbal et signifiant non verbal, soit ce signifiant (le phallus) qui s’articule à l’Autre synchronique du trésor du signifiant (verbal). D’où les deux jouissances, qui surgissent en même temps dans l’éclatement de la Chose, lorsqu’elle énonce le signifiant de la loi, et introduit à la valeur signifiante du phallus.”
JURANVILLE, 1984, LPH

JOUISSANCE, Castration, Chose, Phallus, LACAN

La jouissance sexuelle ne désigne rien d’autre que la jouissance phallique. Dans sa relation avec l’Autre, quand le désir du sujet rencontre le désir de l’Autre, c’est en réalité la Chose, cela dont on jouit, qui lui apparaît ponctuellement tandis que lui-même se fait phallus, celui qui jouit. Mais il n’est phallus jouissant qu’en tant que posé comme signifiant par l’Autre. Et en même temps que la Chose, c’est aussi la mort qui se présente au sujet, c’est la castration qui lui est infligée, car la jouissance phallique en tant que sexuelle demeure partielle et limitée, le reste du corps restant en souffrance. “C’est en même temps qu’il y a accès à la Chose et castration” écrit Juranville.


“La jouissance phallique est bien accomplissement du désir, mais accomplissement radicalement faillé et partiel. Elle est pourtant le lieu primordial où s’éprouve pour le sujet l’« instance » d’une plénitude absolue qui n’apparaît que dans son manque. Lacan avance que dans l’acte génital dont la psychanalyse fait le centre de tout accomplissement du bonheur, à ce seul moment, un être pour un autre peut être à la place vivante et morte à la fois de la Chose. Possibilité polarisante, mais qui ne saurait être que ponctuelle… (…) La jouissance se produit à l’instant où la Chose apparaît dans l’écartèlement de sa castration, c’est-à-dire quand le désir du sujet (en tant que lui-même entre dans la castration – et sinon la Chose ne pourrait apparaître) rencontre le désir de l’Autre présent (qui n’est pas l’Autre symbolique). Que se passe-t-il alors ? Le sujet advient comme signifiant effectif pour cet « Autre » réel, il est posé comme le phallus. Et c’est au même moment que lui-même pose effectivement la signifiance du phallus. La jouissance est l’épreuve de cette signifiance. Jouir, en général, c’est poser le signifiant comme signifiant.”
JURANVILLE, 1984, LPH

JOUISSANCE, Signifiant, Temps, Corps, LACAN

La jouissance a bien un rapport avec le sensible et avec le corps, mais dans la mesure où celui-ci est le lieu d’une signifiance. “Un corps, cela se jouit. Cela ne se jouit que de se corporiser de façon signifiante” dit Lacan. Or la plénitude de la jouissance se déroule dans une temporalité non mondaine qui est épreuve du temps réel, une temporalité différente de celle du bonheur, laquelle se déroule dans le temps imaginaire. La jouissance du corps est donc toujours une jouissance du signifiant, qui “ne consiste pas simplement à être selon le signifiant, mais à poser le signifiant comme signifiant... c’est l’épreuve de la signifiance comme telle” précise Juranville.


“La jouissance du signifiant ne consiste pas simplement à être selon le signifiant, mais à poser le signifiant comme signifiant. C’est l’épreuve de la signifiance comme telle. Le temps réel n’y est autre que la position, qui n’est pas savoir, mais épreuve. Il ne saurait y avoir de savoir de la jouissance. Le savoir suppose l’émergence du signifié et le monde, la jouissance relève du signifiant. La jouissance est épreuve comme la souffrance, jouissance et souffrance étant les deux modes fondamentaux de toute épreuve. Position du signifiant comme signifiant, la jouissance correspond au troisième moment logique du désir (soit à son accomplissement).”
JURANVILLE, 1984, LPH

IMAGE, Signifiant, Temps, Jouissance

Juranville définit le langage comme un comportement particulier, non nécessairement verbal, qui consiste à poser un comportement comme signifiant en anticipant un autre comportement. Le langage n’est donc pas constitué par des mots isolés mais par une dynamique temporelle d’anticipation entre propositions et comportements. Il distingue plusieurs niveaux : la sensation, liée au passé et correspondant aux phonèmes ; la perception, liée au présent et aux structures grammaticales ; et l’imagination, rapport du corps au futur. Cette imagination produit l’image, non comme reproduction du réel mais comme structure signifiante anticipatrice composée de traits symboliques. L’image constitue le mode fondamental par lequel le langage anticipe son propre déploiement. En produisant l’image, le corps éprouve une jouissance propre qui définit le sujet comme sujet du signifiant. Le poète enchante parce qu’il communique, à travers les images produites par les mots, une jouissance du langage lui-même. Ainsi, le langage apparaît comme une structure temporelle, corporelle et imaginaire, fondée sur l’anticipation et la jouissance du signifiant plutôt que sur la simple transmission d’un sens.


“La consistance du corps avec le futur est imagination. Et c’est en tant que jouissance à l’image, à produire l’image, que le corps éprouve la jouissance absolue qui le caractérise comme sujet. C’est dans la production de l’image que la consistance du signifiant pur se pose comme telle. L’image, c’est en effet le mode selon lequel s’effectue l’anticipation du comportement linguistique, dans le langage. Le suspens accentuel par exemple, comme phénomène essentiel du langage verbal, fait imaginer. Elle est le comportement à l’avance pointé, en tant qu’il est anticipé.”
JURANVILLE, 1984, LPH

HALLUCINATION, Psychose, Nom-du-Père, Castration

Il y a d’un côté l’hallucination fondamentale de la Chose, primordiale, et de l’autre l’hallucination psychotique, “secondaire” en quelque sorte, portant sur le Nom-du-Père. La première conditionne toute perception, la seconde l’exclut radicalement (l’hallucination n’est pas une perception). Ce n’est donc pas que le signifiant y fasse défaut tout à fait, mais plutôt que le signifié s’est dissous : le signifiant est là, dans le réel (le monde effondré tout autour), et plus aucun signifié n’a de sens (là où le signifié reste énigmatique chez le névrosé, faute d’en retrouver, inversement, le signifiant). L’hallucination implique que le signifiant assurant la consistance du monde, et du signifié en général, soit le “Nom-du-Père”, n’assume plus cette fonction. Pourquoi ? Parce que celui-ci redevient directement, dans la psychose, le signifiant de la Chose et de la jouissance, et non le signifiant de la loi et de la castration, qui régit normalement le signifié.


“L’hallucination psychotique permet l’évitement le plus radical de la castration : le signifiant du désir y surgit dans le réel, comme le signifiant de la Chose. On doit donc faire l’hypothèse, dans le cas de la psychose, d’un processus qui rejette la castration supposée par la référence paternelle, en ramenant le Nom-du-Père à l’ordre du signifiant (verbal) pur de l’hallucination fondamentale et de la Chose, en deçà de la constitution de l’Autre comme batterie synchronique des signifiants, en deçà donc du symbolique . C’est ce processus que Lacan détermine comme la forclusion.”
JURANVILLE, LPH, 1984

HALLUCINATION, Signifiant, Perception, Réel, LACAN

Le langage structure toute expérience perceptive, jusque dans l’hallucination. Primordialement, c’est le signifiant qui suscite le désir. Mais ce désir vise un objet absolu qui s’avère manquant. Le réel est alors défini comme l’épreuve de ce manque ; plus précisément là où la plénitude était attendue, surgit un vide. Juranville définit le réel comme un temps vide qui, du fait de ce vide, se transforme en espace imaginaire. Dans l’hallucination, c’est un substitut de la Chose manquante, objet absolu du désir, qui surgit dans ce réel. Mais toute perception en général présuppose l’hallucination originaire de la Chose (elle n’est pas seulement un accident de la perception, ou une non-perception, mais sa condition fondamentale), comme elle présuppose le signifiant auquel fait référence la Chose, le signifiant de la loi ou Nom-du-père selon Lacan, absolument structurant pour le monde de la perception. A telle enseigne que, si ce signifiant fait défaut dans le registre symbolique du sujet, se produit l’hallucination psychotique, c’est-à-dire que ce signifiant surgit alors dans le réel, en lieu et place de la Chose.


“Le monde de la perception suppose un signifiant qui demeure comme signifiant lors même que le manque de la plénitude de la Chose a conduit à l’hallucination (dont l’aspect « imaginaire » ne saurait être négligé, même si elle se produit dans le « réel »). Le signifiant qui garantit le monde de la perception est le Nom-du-Père, à quoi la Chose dans son écartèlement fait référence comme au signifiant pur. Le Nom-du-Père est le signifiant de la loi qui organise le monde pour un sujet, selon la continuité et l’anticipation propres au signifié.”
JURANVILLE, LPH, 1984

FECONDITE, Père, Signifiant, Sujet

La fécondité, au-delà du biologique, constitue une catégorie ontologique selon Levinas : elle désigne la production d’un sujet séparé. Aucun vivant n’est véritablement fécond par lui-même, car il dépend toujours du milieu pour se maintenir dans l’être. Seule la fécondité du signifiant pur réalise pleinement ce que vise le concept de fécondité : elle engendre un sujet autonome, ayant un monde et une consistance propre. Le signifiant pur est Père, et le sujet qu’il produit est Fils. La fécondité est ainsi le passage du moment du signifiant pur à celui du sujet séparé, pure positivité du temps et non actualisation d’une puissance déjà donnée. Dans la cure analytique, lorsque l’analyste invente un signifiant nouveau et assume la fonction du Nom-du-Père, il devient véritablement fécond en faisant apparaître le sujet comme tel. Si le père est institué comme lieu privilégié de la fécondité essentielle parce qu’il incarne le signifiant pur, la mère elle-même peut être pleinement féconde, mais en elle la fécondité biologique et symbolique semblent fusionner. La paternité humaine n’est possible qu’en participation à cette fécondité symbolique. C’est pourquoi Dieu est Père au sens propre et constitue le modèle originaire de toute fécondité véritable.


“C’est le père qui est fécond au sens essentiel, parce qu’il est fonction symbolique et signifiant pur. Pourtant la mère elle-même est, dans le cas de l’homme, signifiant pur et pleinement féconde. Mais en elle fécondité biologique et fécondité pure se relient et semblent se confondre, alors que le père est institué comme signifiant pur, lieu de la fécondité essentielle, par l’énonciation du Nom-du-Père. De là résulte que Dieu dans sa fécondité est Dieu-Père : la paternité en lui n’est pas « métaphorique », mais au contraire il n’y a de paternité chez les hommes que par le signifiant pur, et le divin.”
JURANVILLE, 1984, LPH

ESPRIT, Ecriture, Imaginaire, Consistance, LACAN

Lorsque Lacan parle du réel plutôt que du noyau traumatique, il s’éloigne de Freud. Nommer le réel reste un geste névrotique, mais cela oriente la pensée vers autre chose que l’Œdipe : vers la sublimation. Elle introduit l’idée d’une réalité effective de l’esprit, différente de la simple « réalité psychique » freudienne. En dépassant la « névrose religieuse primordiale », Lacan fait apparaître le réel comme ce qui échappe au sens. Dès lors, la consistance du monde relève de l'esprit en son sens propre, qui n’est plus un symptôme mais une activité créatrice. La fin de l’analyse correspond à ce moment : savoir y faire avec son symptôme, c’est le transformer en production signifiante — un jeu de mots, un trait d’esprit, une écriture. L’écriture devient le lieu où s’instaure la consistance de l’imaginaire, où le réel trouve à s’articuler dans le symbolique. Le symptôme, comme ce qui du réel insiste à s’écrire, se prolonge alors dans une écriture ordonnée selon un « nœud mental » et cesse d’être souffrance pour devenir acte de sens. L’esprit se révèle comme ce qui pose le monde — le signifié — en tant que signifiant ; il donne ainsi consistance au monde à travers un don symbolique, accompli dans l’écriture. Ce mouvement de l’esprit s’éclaire à partir de la théorie du signifiant. Le processus logique du signifiant pur s’achève lorsqu’au-delà du sujet et du symbole, le signifié devient lui-même signifiant. C’est là que naît la véritable consistance de l’imaginaire : le signifié surgit alors comme unité réelle, posée dans un acte qui a valeur de signification. Cet acte est celui de l’écriture : en écrivant, le sujet se met à la place de l’Autre et vise à produire du sens effectif. Il ajoute symbole après symbole, lettre après lettre, jusqu’à constituer une structure close — l’œuvre — pleinement signifiante pour l’Autre tout en demeurant inscrite dans le champ du signifié.


"Le don constitue la consistance propre de l’imaginaire, dans l’écriture sous toutes ses formes. L’Esprit dans sa plénitude, Dieu comme Esprit, c’est le nœud de l'écriture. Comment l’esprit se déduit-il dans la théorie du signifiant ? Le processus logique impliqué par le signifiant pur s’achève lorsque, au-delà du moment du sujet séparé et du symbole, le signifié est posé comme signifiant. C’est alors qu’apparaît la consistance propre de l’imaginaire. Au-delà du moment du sujet du désir, le signifié surgit dans une unité réelle. Il est posé comme signifiant dans un acte qui est lui-même signifiant et qui ex-siste bien sûr à la consistance du signifié, et du monde. Cet acte est ce que nous avons présenté comme l’acte de l’ écriture."
JURANVILLE, LPH, 1984

ECRITURE, Parole, Signifiant, Signe

La métaphysique a fait de la parole une manifestation par excellence de la pensée, dans la présence à soi du sujet, par opposition à l'extériorité de l'écriture réduite à un dangereux supplément de signes. La vérité c'est qu'une altérité essentielle se loge aussi bien dans l'écriture - qui ne se réduit pas à une imitation de la parole - de l'ordre d'une temporalité réelle et non mondaine. De son côté la parole n'est pas simplement une émission de signes, "elle n’est pas non plus vocalisation par un sujet qui viendrait s’y placer, d’une écriture fondamentale ou archi-écriture. Elle est d’abord le signifiant, que n’est pas la lettre" précise Juranville. La théorie du signifiant déplace l'opposition métaphysique parole/écriture ainsi que son renversement (supposé) par la déconstruction.


"Ce n’est pas parce que la pensée métaphysique a vu dans la parole un signe « moins extérieur » que l’écriture, et a valorisé la parole aux dépens de l’écrit, qu’il faut renverser les thèmes et rejeter la parole, ou la réduire. La parole n’est pas ce qu’en dit la métaphysique, signe, que l’écriture redoublerait, mais elle n’est pas non plus vocalisation par un sujet qui viendrait s’y placer, d’une écriture fondamentale ou archi-écriture. Elle est d’abord le signifiant, que n’est pas la lettre."
JURANVILLE, 1984, LPH

ECRITURE, Lettre, Nom-du-Père, Autre

Il faut distinguer, dans l’acte d’écrire, deux formes d’extériorité. La première est celle de la lettre elle-même, qui se déploie comme un jeu de différences : une lettre n’existe que par ce qui la distingue des autres. La seconde est celle de l’Autre symbolique, c’est-à-dire le grand ordre du langage — un lieu extérieur à l’écriture, mais essentiel pour qu’elle puisse advenir. Toute lettre est évidemment signifiante, mais pas en elle-même. C’est déjà le cas de tout signifiant : il ne signifie jamais seul, mais seulement en relation avec d’autres. Mais — nuance importante — à la différence du signifiant oral, la lettre ne donne pas même l’illusion de sens : quand on parle, on croit que les mots renvoient à quelque chose ; dans l’écriture, cette illusion tombe, on est confronté à la pure matérialité du signifiant. Comment peut-elle alors être signifiante ? Pas par la simple par opposition avec d’autres lettres — car cette différence constitue déjà la lettre elle-même. Uniquement parce que la lettre témoigne de la fonction symbolique, dont on sait qu'elle n'est efficiente qu’à partir d’un point d’ancrage appelé par Lacan "Nom-du-Père", ce signifiant fondamental qui garantit la cohérence du système du langage. C’est donc à partir de cette place — celle du signifiant paternel — que l’écrit prend sa valeur de signifiant ; c'est cette place qu'occupe celui qui écrit, dans l’acte même d’écrire. Le Nom-du-Père est ce qui "fonde" l'Autre symbolique, non comme un "donneur de sens", plutôt comme le signifiant suprême qui met fin à la parole originaire de la "Chose maternelle" — c’est-à-dire au lien fusionnel avec le désir de la mère — et qui, par cette coupure, donne valeur signifiante à la structure du langage tout entier, et donc à la lettre elle-même.


"On doit distinguer dans l’écriture deux extériorités, celle de la lettre comme pure différence se déployant en un écrit, et celle de l’Autre symbolique, extérieur à l’écrit, et dont la place est essentielle à la production de l’écriture... En tant qu’articulation de la pure différence, l’écriture retrouve l’articulation du symbolique dont on a montré qu’elle n’était signifiante comme chacun de ses termes, que par le signifiant du Nom-du-Père. C’est de la place du signifiant paternel que l’écrit est produit comme signifiant. Celui qui écrit occupe, en tant qu’il écrit, cette place. Ce n’est pas la place d’un sujet constituant, comme le voudrait la phénoménologie. Si c’était le cas, l’écriture serait production de signes. Ce n’est pas en tant que sujet que le sujet écrit, mais en tant qu’il est identifié à l’Autre symbolique."
JURANVILLE, 1984, LPH

VERITE, Signifiant, Infini, Dieu

La vérité "totale" du signifiant "pur" signifie que dans l'ordre du signifiant, un acte d'anticipation créateur, ayant valeur de vérité, est toujours possible ; même si elle est partielle ou finie chez l'homme, cette vérité totale doit être supposée également infinie, ce qui renvoie au Dieu de la religion. Il n'y aurait pas de religion, à proprement parler, sans la présence du signifiant pur qui suppose une relation essentielle de l'homme à l'Autre comme tel, c'est-à-dire Dieu. Encore ne faut-il pas confondre cet Infini avec l'Autre impliqué dans le désir, soit comme Autre réel (la Chose castrée, ou l'objet maternel) soit comme Autre symbolique (que vient incarner le Nom-du-Père, inconsistant en dehors de la référence qui y est faite par la mère) : seul l'Autre du signifiant appartient à l'infini.


"La vérité totale du signifiant pur se produit elle-même, elle est acte d’anticipation créateur et en ce sens cause de soi. D’où il résulte qu’il doit exister une vérité totale infinie, qui est Dieu même. Et que, présente en l’homme malgré l’interruption, la vérité totale doit venir en lui, où elle est finie, de la vérité totale infinie de Dieu. Ce Dieu du signifiant pur est le Dieu de la religion. La religion suppose en effet une relation essentielle de l’homme à l’Autre, à Dieu. Pour la métaphysique une telle relation essentielle est inconcevable. Dieu, en tant que le modèle pour l’homme, est l’absolu qui se suffit, l’étant qui est absolument maître du monde comme sien. Ce n’est qu’en concevant le signifiant pur qu’on peut déterminer, en deçà du monde, l’unité subjective d’un étant. Cette unité subjective est jouissance à la jouissance comme sienne, jouissance absolue. Ce qui caractérise le Dieu de la religion. Le signifiant pur permet seul de penser une relation essentielle de l’homme qui soit relation à l’Autre. Sans une telle relation il n’y a pas de religion."
JURANVILLE, LPH, 1984

DESIR, Temps, Pulsion, Réel

Si l'on appréhende l'articulation signifiante en terme de temporalité, il semble clair que les trois dimensions du réel, de l'imaginaire et du symbolique correspondent à trois modes de temporalité distincts. A partir de là une différence fondamentale entre la pulsion et le désir se fait jour. Le désir se caractérise comme le temps réel : surgissement imprévisible du sens, depuis la Chose en tant qu'elle parle. La pulsion, elle, substitue l'objet à la Chose, le petit (a) à l'Autre réel. Mais dans cette temporalité, rien ne change vraiment ; tout ce qui est désirable, tout ce qui peut advenir étant anticipable, cela caractérise le temps imaginaire. Mais par ailleurs le mouvement pulsionnel ne se soutient que d'une coupure temporelle, qui est pure articulation formelle : ici apparaît la dimension proprement symbolique de la pulsion. A ce titre le symbolique n'est jamais qu'une dimension de l'articulation signifiante où le réel n'a aucune part, où le temps se ramène à l'instantané de la coupure.


"Le désir se caractérise par la présence du « temps réel », de ce temps où le sens se constitue. Il n’y a plus de désir si à l’avance est exclu que la plénitude puisse se produire. Mais c’est le cas dans la pulsion : on sait à l’avance que l’objet absolu manque et que dans le temps rien ne se marquera sinon ce manque. En ce sens, ce qui peut advenir est déterminé de manière anticipative. On est donc dans ce que nous avons appelé « temps imaginaire ». Mais d’une façon particulière : la pulsion est mouvement comme le désir et, dans le temps imaginaire, elle introduit la coupure, le pur jeu de l’articulation formelle. Ce qui compte dans la pulsion, ce n’est pas cependant le passage du temps, si l’on entend par là qu’on passe d’un mode d’être à un autre de manière irréversible. Cette articulation formelle rejoint tout à fait ce qu’on a dit à propos du symbolique : le comportement symbolique, qui surgit comme coupure dans le temps, n’en est pas moins déterminable à l’avance dans son contenu, où rien de nouveau n’est apporté. Le symbolique, c’est le signifiant, mais vidé de sa temporalité (soit le réel), et pris dans le jeu de la différence formelle (ce qui exclut aussi l’imaginaire)."
JURANVILLLE, 1984, LPH

DESIR, Besoin, Demande, Signifiant, LACAN

Lacan exclut que le besoin soit à l'origine du désir, comme il rejette la théorie des "stades" expliquant l'accession au désir par un processus de maturation, naturel et génétique. Le caractère traumatisant de la sexualité dite "génitale", en terme de "mauvaise rencontre", conduit d'emblée à conditionner le désir à la confrontation avec le désir de l'Autre, soit avec le signifiant. De ce fait, précise Juranville, c'est bien plutôt à la castration que l'on accède - et à l'angoisse qui l'accompagne - car le désir est déjà en acte dès la présence de l'Autre. C'est donc bien le désir, chez le sujet parlant, qui est à l'origine d'un besoin d'emblée assujetti à la demande. Comme l'objet du désir manque, fondamentalement, du fait de la castration, le besoin n'est pas autre chose que le résultat de ce manque (de même que le désir lui-même, comme inconditionné, est le résultat du caractère inconditionnel de la demande, impossible à assouvir). Cependant Juranville voit dans les premières formulations de Lacan, jusqu'au séminaire X, un reste de cette conception génétique qu'il combat lui-même farouchement : le besoin resterait une donnée naturelle, immédiatement déviée et subjectivée par la demande ; celle-ci à son tour serait traduite en signes (cri, gestes) venant se greffer ensuite sur la structure symbolique. Or le besoin n'a rien de naturel et le signifiant ne naît pas de l'effacement de la chose. A sa naissance le nourrisson a seulement besoin de respirer (d'où le cri, absolument asignifiant à ce niveau). Il n'a ni besoin ni intention de se nourrir tant que l'Autre, dont c'est le désir mais surtout l'angoisse, ne lui aura pas signifié expressément que telle est la voie de la survie.


"Distinguons les diverses possibilités d’articulation entre le besoin et le désir. Première possibilité, exclue par Lacan : que le désir s’explique à partir du besoin. Et dans la conception lacanienne, on ne pourra plus parler, comme le faisait Freud, d’étayage : le désir ne s’étaie pas du besoin, ni les pulsions sexuelles de prétendues pulsions d’autoconservation. Deuxième possibilité : que le désir inscrit dans le langage et la parole, oriente un « développement » à partir du besoin. Il y aurait bien un a priori du langage, mais l’homme aurait à rendre actuel ce qui n’est d’abord qu’en puissance. On retrouverait d’une certaine façon la psychologie génétique de Piaget. Et des thèmes comme l’accession au désir, ou au symbolique, pourraient sembler soutenir pareille conception. Mais Lacan la rejette tout autant que la première... Apparaît donc la troisième possibilité, présentée en maints textes de Lacan. Le passage au désir viendrait de la rencontre traumatisante avec l’Autre et le désir de l’Autre, avec le signifiant. Mais il nous semble, contre une certaine lettre du discours de Lacan, qu’il faut insister sur ceci que le corps de l’être humain n’est pas d’abord un corps biologique qui subirait l’effet du heurt avec le « désir de l’Autre ». Il faut, si l’on veut suivre Lacan dans ce qu’il apporte de vraiment nouveau, dire que l’on n’accède pas au désir, mais à la castration, que le désir est là d’emblée, non comme virtualité, mais comme actualité, à partir de quoi l’Autre prend sens. D’où la quatrième possibilité, pour laquelle le besoin découle du désir, et non plus l’inverse, d’aucune manière."
JURANVILLE, 1984, LPH