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ORIGINE, Commencement, Autre, Être

L’existant n’est pas d’abord une identité autonome qui entrerait ensuite en relation avec autrui. C’est l’inverse : il devient lui-même à partir d'un appel qui lui vient de l’Autre. Appel qui constitue l’origine pour le sujet, quand sa réponse constitue pour lui le commencement, le commencement de son histoire. Cela n’empêche pas que sa réponse le fasse advenir lui-même comme origine, pour un Autre. Pour qui affirme l’inconscient, et donc l’Autre absolu, l’origine se situe en Dieu, et non en l’être. L’être, comme métaphore essentielle, suppose l’usage du langage, et même du langage philosophique ; il est indissociable de la recherche de l’essence, dont il constitue l’immédiateté. Mais ce langage, cette métaphore, n’est nullement l’origine du sujet, qui ne rencontre pas d’abord l’être, mais bien l’Autre. Mais la philosophie pose l'être comme origine absolue - confondant inéluctablement commencement et origine - parce qu'elle a construit l'être comme métaphore de l'Autre absolu ; cette prétention à l'auto-fondation est précisément le résultat de la métaphore philosophique. Donc, avant toute ontologie, l'existant est déjà dans une structure d'altérité, qui met directement à l’épreuve sa finitude, comme radicale. C’est-à-dire que non seulement le sujet est limité, mais il tend à vouloir se fermer à ce qui le constitue comme tel. Si l'existant refuse spontanément l'ouverture à l'Autre, il faut que quelque chose, une communication unique venant de l’Autre absolu (car elle doit être dépourvue elle-même de toute finitude) le ramène à cette ouverture. C'est la grâce. 


Avant de philosopher l’homme déjà existe et s’ouvre à l’Autre en général ; déjà il commence à refuser (finitude radicale) pareille ouverture ; et déjà il doit y être ramené par la grâce d’un Autre absolu qui est Dieu - Dieu, l’origine par excellence.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

OEUVRE, Passion, Consistance, Création

Dans la conception juranvillienne de l’oeuvre l'homme doit accomplir, dans les limites de sa finitude, quelque chose qui reproduit la structure fondamentale de la Création divine : « ce à quoi l’invite le II° commandement », précise-il. Il faut ici penser au commandement interdisant de faire des images de Dieu. L’homme est invité à produire une œuvre, mais il ne doit pas fabriquer une image qui prétendrait enfermer Dieu dans une représentation déjà constituée. Cela rejoint la critique de l’œuvre traditionnelle, censée réaliser un modèle pré-établi, que Juranville formule régulièrement. Par ailleurs il faut rapprocher cela de certains développements sur le nom, la Chose et l'identité. Recevoir un nom signifie qu'une identité est donnée à l'existant, mais cette identité ne devient véritable qu'en étant confirmée dans une œuvre ; l’œuvre est donc une sorte de réponse au nom qui a été donné, et avant tout celui de Dieu. En bref le nom a une exigence d'accomplissement. Si l’on se rappelle les trois grandes dimensions du système théologique de Juranville - Création, Révélation, Rédemption - on comprend que la Création divine appelle une réponse des hommes. Que la finalité ultime de l’œuvre divine est que les hommes produisent eux-mêmes des œuvres qui confirment l’œuvre divine. Encore faut-il que l’oeuvre humaine parvienne à une certaine consistance, unité et vérité. Qu’est-ce qui fait qu’une oeuvre “tient” ? Ce “tenir” n’est pas simplement la réussite technique d'un objet. La consistance est obtenue après l’épreuve et le dépassement d’une certaine inconsistance justement, « où il a fixé, l’ayant traversée dans sa Passion propre, l’épreuve répétée de la finitude » écrit Juranville. C'est donc parce que l’œuvre a traversé la finitude qu'elle peut acquérir une véritable unité. Cela définit la Passion propre de l’individu dans sa création. Là encore cette Passion n’est qu’une répétition symbolique de la Passion christique (voire une anticipation, comme dans la tragédie grecque) : abandon ; souffrance ; mort ; mais finalement résurrection. Mais Passion et consistance sont fondamentalement liées, ce que ne semblent pas comprendre certains penseurs insistant surtout sur la Passion mais ne disant rien sur la consistance nécessaire. Ainsi Blanchot, chez qui l’accent porte sur l’écriture comme processus. L’œuvre est une expérience, une épreuve, un mouvement qui ne cesse de se poursuivre, sans que l’on sache véritablement vers quoi tend l’épreuve, ni même si elle tend vers une résolution. Blanchot s’en tient à l’être de l’oeuvre, voire à son événement, ou à sa dimension abyssale, mais l’écriture est justement le travail qui doit conduire à la consistance, non simplement à l’être. Heidegger, de son côté, admet l’unité de l’oeuvre grâce à la fonction du trait, mais il ne va pas jusqu'à affirmer clairement son accomplissement objectif. Enfin chez Lacan on trouve une formulation minimale de l’oeuvre et de la consistance : “ça tient”, c’est beau. Lacan pour qui “l’œuvre se fait autour d’un vide”. L’œuvre ne consiste pas à remplir un vide par une représentation adéquate ; elle se constitue autour d'un manque qui demeure structurant. En tout cas l’oeuvre témoigne qu'une unité a été obtenue à travers l'épreuve - du moins est-ce ce que l’on peut supposer (et cela reste insuffisant pour Juranville).


L'œuvre véritable, lors de laquelle il aura traversé toute l'épreuve de la finitude jusqu'à l'assumer entièrement, est donc bien ce que l'homme doit produire, à sa mesure certes, dans l'imitation de l'œuvre divine qu'est la Création - et ce à quoi l'invite le II° commandement. Car ce n'est qu'en s'engageant au moins dans une telle œuvre, sinon en la menant jusqu'au bout, qu'il témoignera avoir pesé l'exigence d'accomplissement impliquée par le nom. Celui qu'on lui a donné, mais avant tout celui de Dieu, Dieu étant par définition celui qui satisfait absolument à cette exigence du nom. Par l'œuvre de la Création - et par son prolongement dans la Providence, tournée, à travers la Révélation et jusqu'à la Rédemption, vers les hommes et les œuvres par lesquelles ils auront confirmé l'œuvre divine.”
JURANVILLE, 2021, UJC

NOM, Essence, Création, Dieu, LEVINAS

Le nom divin n'est pas simplement le signe linguistique qui désigne Dieu. Puisque le nom est ce qui pose et fait exister, le nom de Dieu est lui-même l'instance créatrice : autrement dit le nom de Dieu est Dieu lui-même, tandis que le nom en général constitue l’essence du langage et l’essence dans le langage. Maïmonide affirme ainsi que le Nom est l’être premier, et Lévinas soutient également que le Nom désigne Dieu avant toute détermination de la divinité. Mais Juranville se sépare de Lévinas sur le statut de l’essence. Pour Lévinas, l’essence renvoie à la généralité qui subsume les individus et tend à ignorer la finitude, le temps réel et la rupture. Les « faux dieux » sont des essences déterminées, des concepts auxquels correspondent des figures particulières. Le nom propre, au contraire, adhère à l’individu singulier sans qu’un lien logique nécessaire l’unisse à lui : il laisse donc apparaître un vide, voire le néant. Si Levinas refuse d’identifier le nom à l’essence, c’est parce qu’il refuse également de poser un savoir philosophique de l’essence comme principe. Pour Juranville au contraire l’essence est le premier terme permettant de nommer Dieu. Mais cette essence n’est pas une généralité abstraite et intemporelle ; “elle est - dit-il - ce qui, en acte, dans le temps réel, imprévisiblement, et sur fond de vide, de néant, pose la chose et, en cela, la crée”. Elle doit donc être pensée à partir de la finitude et non contre elle. 


Si Levinas ne dit pas malgré tout du nom qu’il est l’essence, ce n’est que parce qu’il exclut de proclamer tout savoir philosophique, dont l’essence serait le principe. Au contraire, selon nous l’essence est le terme philosophique premier pour nommer Dieu, elle est ce qui, en acte, dans le temps réel, imprévisiblement, et sur fond de vide, de néant, pose la chose et, en cela, la crée – comme le nom le fait dans le langage.”
JURANVILLE, 2024, PL

NOM, Création, Dieu, Commandement

Le paganisme véhicule une vision étroite du destin, considéré comme un ordre déjà constitué auquel l'homme est soumis, par rapport auquel il ne dispose d’aucune liberté ni d'une véritable puissance créatrice. Le nom, dans ce contexte, désigne ce qui est déjà là et semble fixer toute identité. La Révélation introduit au contraire une rupture : « le nom est apparu soudain dans sa majesté » écrit Juranville. Le nom n'est plus un simple élément du langage ordinaire : il devient quelque chose qui advient, qui surgit dans une révélation. Le passage de l'Exode est ici décisif : Moïse demande à Dieu quel est son nom afin de pouvoir répondre aux Israélites qui l'interrogeraient. La réponse : « Je suis ce que je serai ». A l’évidence le nom ne livre pas ici une identité déterminée, il est énigmatique, il ouvre sur un devenir : « ce que je serai ». Juranville qualifie cette structure de métonymie par rapport à l'usage ordinaire du nom. Le nom ne coïncide plus simplement avec la chose qu'il désigne : il renvoie à quelque chose qui doit encore être compris et accompli. Il est simultanément inintelligible et appel à l'intelligence. L’énigme n'est pas une obscurité destinée à rester telle quelle ; elle commande un travail de résolution. D'où la remarque, particulièrement forte, de Juranville : « Il est en lui-même commandement. » Les commandements ultérieurs prolongent donc le premier nom. Ils constituent les différentes modalités selon lesquelles l'homme est appelé à résoudre l'énigme du nom. D’ailleurs le IIe commandement est consacré précisément au nom : ne pas prendre le nom de Dieu « en vain ». Il ne s’agit pas simplement d’une interdiction de jurer en vain par Dieu, comme le veut l’interprétation traditionnelle, il s’agit de retrouver le sens même de la création, l’oeuvre de Dieu, en tant que l’homme est appelé à y participer. Il faut se rappeler quel Dieu porte ce nom : celui qui a libéré Israël de la servitude. Dieu libère l'homme pour lui permettre de retrouver une liberté véritable, alors que la liberté humaine s'était retournée contre elle-même dans le paganisme. C'est pourquoi prendre le nom de Dieu « en vain », c'est d'abord le réduire à un instrument, un moyen au service de fins particulières (raison pour laquelle sans doute, dans la tradition juive, le nom de Dieu réduit au tétragramme YWHW, devient proprement l’imprononçable, interdisant tout utilisation usurpatrice). L'homme doit comprendre au contraire qu'il appartient lui-même à l'œuvre que le nom divin inaugure. Et si le commandement semble comporter une menace de punition, celle-ci ne doit pas être comprise comme une intervention extérieure et arbitraire (dans une version justement mythologique et païenne de la punition), mais comme une vérité morale voire existentielle : l'homme est seul responsable des conséquences de sa propre décision. Ce n’est pas Dieu qui punit, mais l'homme qui se punit lui-même lorsqu'il refuse d’assumer la tâche que le nom lui révèle.


La Révélation intervient pour redonner tout son sens à la Création, pour que celle-ci soit une œuvre au sens plein du terme, l’oeuvre par excellence. Ne pas mésuser du nom de Dieu, ne pas le prendre en vain, c’est ne pas en faire un moyen pour soi, par exemple en prenant Dieu à témoin pour les promesses et jurements qu’on fait. Et c’est bien plutôt peser qu’on est, comme homme, partie prenante de l’oeuvre de Dieu telle qu’elle découle de son nom, les hommes, étant, dans l’énoncé du commandement, menacés de punitions au cas où ils ne participeraient pas comme il convient à cette œuvre et désobéiraient. Mais les punitions évoquées dans ce commandement ne sauraient être interprétées comme venant d’un Dieu implacable et comme suscitées par la désobéissance des hommes à la lettre d’un commandement qui s’imposerait à eux. Le Dieu qui se donne dans la Révélation ne punit pas (cela, c’est une  représentation et une formulation mythologique et païenne). Il dit simplement que les hommes n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes de leurs décisions, qu’ils fassent leur bonheur ou leur malheur – en ce dernier cas, ils se seront punis eux-mêmes.”
JURANVILLE, 2024, PL

NOM, Dieu, Création, Individu, BENJAMIN

Le IIᵉ commandement, qui interdit de prendre le nom de Dieu en vain, révèle une exigence beaucoup plus générale concernant le nom et le langage. Benjamin considère le nom comme « l’essence la plus intime du langage », ce par quoi le langage se communique lui-même et possède une puissance créatrice. Dieu accomplit absolument cette exigence dans la Création, où le nom et le verbe coïncident : le nom anticipe une réalisation qui s’accomplit progressivement dans le temps. Le nom propre humain participe de cette vocation, puisque nommer revient à dédier l’individu à Dieu et à l’appeler à son accomplissement. Le IIᵉ commandement demande donc de ne pas mésuser du nom de Dieu, mais aussi du nom en général et, finalement, du langage dont le nom est le principe. L’homme reçoit le langage de l’Autre, avant tout de l’Autre absolu, et il se doit de le respecter : non pour s’enfermer dans le respect stérile d’une forme, mais pour l’habiter, c’est-à-dire pour en faire un usage poétique et créateur. C’est ainsi que se constitue l’individu véritable. Celui-ci peut vouloir « se faire un nom », mais seulement après avoir répondu à l’appel de son propre nom, comme Moïse répond « Me voici ». Il s’engage alors à témoigner par son œuvre propre de l’œuvre divine. Pour cela il doit s’arracher au bavardage quotidien pour produire dans le langage une parole vraie. L’écriture constitue le moyen privilégié de cette élaboration de l’œuvre. C’est bien ce qui se produit exemplairement dans la cure : il s'agit de laisser surgir une parole imprévue qui vient “sidérer le discours qu'on se ressasse sur soi-même et sur le monde” dit Juranville. La psychanalyse devient ainsi une sorte de laboratoire du IIᵉ commandement : ne pas mésuser du langage, mais laisser advenir en lui une parole vraie qui permette au sujet de répondre véritablement à son propre nom, mais aussi d’en répondre par son oeuvre. Le véritable usage du langage est ainsi une réponse créatrice à l’appel contenu dans le nom.


Ne pas mésuser du nom et du langage, s'installer dans le langage qu'on a reçu et en faire un usage créateur, poétique, cela caractérise, comme pour le I° commandement, l'individu véritable. Qui veut peut-être, humainement (humaine vanité), «se faire un nom», mais parce qu'il doit d'abord répondre à l'appel de son nom, dire : « Me voici » comme Moïse, et par là s'engager à répondre, à témoigner de l'œuvre de Dieu par son œuvre propre. Ce que l'existant fait en s'arrachant, comme individu, au bavardage quotidien. Il doit - par l'écriture qui est en tout domaine (les divers arts et ailleurs) ce par quoi s'élabore l'œuvre - restaurer ou établir dans le langage une parole vraie.”
JURANVILLE, 2021, UJC

NOM, Position, Métaphore, Dieu

“Comment l’existant peut-il dépasser son primordial refus d’élever la langue à la signification essentielle ?” interroge Juranville. On retrouve ici un schème constant chez lui : la finitude n'est pas seulement une limite subie ; elle comporte une fuite devant cette limite et devant ce qu'elle exige de l'existant. Pour dépasser ce refus, il faut que quelque chose vienne de l’Autre absolu. L’existant doit être « posé comme capable », ici, de donner aux choses leur unité et leur consistance. Cette opération de position et d’unification définit précisément le nom. Le nom n’est donc pas, comme chez Russell, réductible à une description définie qui identifierait simplement un objet déjà constitué. Il anticipe l’unité de ce qui n’est pas encore constitué et la fixe une fois qu’elle l’est. Il est ainsi à la fois position de la chose et essence de la langue, « altérité absolue » de celle-ci. Cette fonction vaut pour l’homme comme pour Dieu, puisque Dieu lui-même crée en nommant et que l’homme, créé à son image, participe de cette puissance de nomination. La métaphore est le lieu de cette opération, car elle introduit la distinction fondamentale entre nom et verbe, entre ce qui est posé et ce qui advient ou s'accomplit. Le nom donne ainsi la consistance et l'unité ; le verbe introduit le mouvement, l'action, le devenir. Or l’homme n’a pas le pouvoir de nommer directement Dieu, Celui qui nomme originellement. Dans la Bible, il peut être écrit mais ne doit pas être immédiatement prononcé : seul celui qui a accompli le travail de l’écriture peut légitimement accéder à la prononciation du Nom. Sans cette médiation, l’homme risquerait de transformer Dieu, l’Autre absolu, en objet dont il disposerait. Le respect du Nom signifie donc que la véritable parole suppose l’assomption de la finitude et la reconnaissance effective de l’altérité divine.


Comment l’existant peut-il dépasser son primordial refus d’élever la langue à la signification essentielle ? Ce qu’il faut, c’est qu’il soit, par l’Autre absolu, posé comme capable, malgré sa finitude qui l’en empêche d’abord, de poser lui-même, dans son unité et consistance d’individu, toutes les choses dans leur unité et consistance à elles, et notamment à travers les formes de la grammaire. Or position et unité, cela définit le nom.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

FOI, Oeuvre, Dieu, Mariage

 Acte majeur de la subjectivité humaine, la foi n’est pas pour autant un sentiment “purement intérieur”. La foi n’est vivante que si elle est confirmée par les oeuvres, suprêmement par l’oeuvre du savoir, sinon elle serait inféconde ou pourrait n’être que prétendue. Par ailleurs l’Autre “en qui” l’on a foi ne peut que renvoyer au Dieu de la révélation, ultimement, car c’est le don d’Amour du Créateur envers la créature qui suscite la foi en elle. 


“Que la foi doive se confirmer par les œuvres, c'est ce que dit très explicitement saint Jacques : "Ainsi en va-t-il de la foi si elle n'a pas d'œuvres, elle est bel et bien morte" (Jacques, 2, 12). La foi véritable doit donc être, pour l'homme, confirmée par les œuvres qu'il produira. D'abord par cette œuvre première et la plus communément entreprise qu'est la fondation d'une famille à partir du mariage - où l'on donne sa foi, mais dans le cadre, explicitement ou non, d'une foi en Dieu (car le mariage est toujours, fût-il simplement civil, un sacrement). Et finalement dans cette œuvre, majeure parce qu'elle confirme dans leur objectivité toutes les autres, qui est celle du savoir.”
JURANVILLE, UJC, 2021 

PROPOSITION, Existence, Dieu, Savoir, ROSENZWEIG

La proposition philosophique comme existentielle, telle que l’élabore Rosenzweig, constitue le fondement absolu du savoir philosophique. Elle se distingue de la proposition spéculative par un déplacement décisif de l’accent : non plus sur le prédicat (« Dieu est l’ABSOLU »), mais sur le sujet (« DIEU est la vérité »). Par là, Dieu n’est plus défini par une essence, mais reconnu comme l’Autre absolu d’où vient la vérité elle-même. La vérité n’est plus évidence, mais Révélation, surgissant pour un homme d’abord pris dans la non-vérité de la finitude radicale et de la pulsion de mort. Cette Révélation manifeste l’altérité essentielle de l’Autre absolu, créateur ex nihilo (s’annihilant par l’acte de création), constitutivement ouvert à l’Autre, et appelant l’homme à une altérité véritable. La Révélation intervient explicitement comme appel à la sainteté (« Soyez saints, car je suis saint »), comme possibilité d’assumer l’existence malgré la finitude. La sainteté n’est pas universelle, mais elle existe réellement : d’ailleurs le psychanalyste qui s’efface comme savoir, ou le philosophe qui s’efface comme pouvoir, en sont des figures partielles. Certes le non-savoir existentiel est d’abord rejet du savoir, du concept, de l’Autre, « je n’en veux rien savoir » (Lacan). Il devient concept de non-savoir seulement si l’Autre absolu dispense la grâce, élève l’existant là même où il s’abîmait. À cette grâce s’ajoutent l’élection (responsabilité historique) et la foi (foi de Dieu en l’homme autant que de l’homme en Dieu). Ainsi, le non-savoir devient à la fois radical (effondrement réel) et essentiel (lieu de création du savoir). Contre la première pensée de l’existence (Kierkegaard, Heidegger), qui récuse concept, système et savoir au nom de la finitude et débouche sur l’impuissance historique, et contre la seconde (Rosenzweig, Levinas), qui réaffirme la philosophie mais refuse de poser le savoir total, Juranville soutient qu’il faut affirmer conjointement l’existence et l’inconscient. Car le savoir de l’existence est homologue au savoir de l’inconscient : il n’est pas produit par le sujet, mais reçu d’un Autre, à travers une parole qui engage le sujet dans sa finitude. La proposition existentielle arrache ainsi la philosophie à l’idéalisme comme au nihilisme, et annonce la construction systématique du savoir philosophique comme savoir de l’existence, dont la question du fondement — la raison surgissant de l’abîme — doit également être élucidée.


“La proposition existentielle ramène au fondement absolu du savoir qu'est l'Autre absolu, divin, à l'altérité essentielle propre à l'existence elle-même essentielle, et à ceci que, pour l'homme existant, l'identité véritable est là. Dieu y est certes concept, ce concept véritable introduit par la Révélation et qui en est le sceau, mais il est d'abord nom. Nom de l'Autre (personnel) auquel on fait appel dans la prière ; mais qu'on risque sans cesse de fausser en le mettant à son service à soi (d'où l'interdit de le prononcer dans certaines traditions) ; et qui est, comme créateur, celui qui primordialement nomme. L'altérité est d'abord, pour l'existant, celle de l'Autre absolu hors toute finitude humaine, de l'Autre divin. Autre absolu ainsi qu'apparaît et doit apparaître à l'existant l'Un originel, l'Identité primordiale, créatrice. Pour cet Autre par rapport à la multiplicité des créatures finies, nous avions évoqué la substance unique qu'est Dieu chez Spinoza, par rapport à la multiplicité des modes finis. Même si Spinoza n'envisage nullement la finitude radicale : “Nul ne peut haïr Dieu" dit-il. Alors que l'existant se caractérise d'abord - proclamant à la place du vrai Dieu le Surmoi, l'idole - par la haine du Dieu qui lui demande d'observer ses commandements. Même si Spinoza avance la formule : Deus sive Natura. Alors que, pour Rosenzweig, « On dit aujourd'hui : Dieu, c'est la Nature, par l'investigation de la nature, je connais Dieu. Nous n'avons nullement l'intention de nous permettre ce genre de procédé panthéiste », immanentiste, car Dieu est l'Autre, absolument transcendant. Rosenzweig récusant d'un même mouvement « la proposition sur le néant que Schopenhauer avait en vue, c'est-à-dire l'idée du bouddhisme : "Le néant est Dieu". » Et disant d'elle qu'est « fausse comme celle de l'idéalisme que "La vérité est Dieu". » Car la vérité n'est pas, pas plus que le néant, « un sujet autonome, c'est un pur fait. » De même que « la vérité n'est vérité qu'en étant de Dieu, le néant n'est néant qu'en étant pour Dieu. » Si bien qu'il faut dire, de même que « DIEU est la vérité», « DIEU est le néant. » Et c'est sur ce fond où tout est vidé du fait de sa finitude radicale, sur ce fond de création ex nihilo, que l'homme découvre Dieu, Dieu comme Autre qui, pour lui, n'est rien de ce qui était.”
JURANVILLE, 2025, PHL

COMMANDEMENT, Parole, Création, Dieu

Le Décalogue n’est pas d’abord un ensemble de lois, mais dix paroles. La première est la parole fondatrice (« Je suis l’Éternel, ton Dieu… »), qui affirme une relation avant toute obligation. Elle contient implicitement le commandement fondamental de l’amour, entendu non comme passion ou manque, mais comme don actif. Dieu n’aime pas pour combler un manque ! Son amour est parole, et c’est précisément cette dimension langagière qui distingue l’amour véritable de la fascination imaginaire. Par là, la Révélation s’oppose radicalement au paganisme, compris comme soumission aux idoles et aux maîtres. La libération hors d’Égypte symbolise cette sortie de la servitude idolâtre, même si l’homme, du fait de sa finitude, est tenté d’y retourner pour la jouissance qu’elle promet. 1) Le paganisme se manifeste d’abord par le culte des idoles, ce qui fonde le Ier commandement. La « jalousie » et la « punition » divines ne sont pas à prendre au sens psychologique mais existentiel : Dieu ne punit pas, il laisse l’homme s’enfermer dans la pulsion de mort. L’idole est produite par la haine de Dieu et correspond, psychanalytiquement, au Surmoi, impératif de jouissance. Contrairement au Dieu de l’amour, l’idole ne parle pas : elle maintient l’homme dans l’imaginaire et l’empêche d’affronter sa finitude. L’idolâtrie est ainsi une fuite devant la vérité de l’existence humaine. 2) Mais l’on doit définir plus originairement le paganisme comme violence collective sacrificielle, exercée contre celui qui tente de devenir individu véritable. Avant même l’idole, il y a la violence contre l’individuation. Le IIe commandement (« Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain ») vise alors le poids du nom, qui engage une unité à confirmer dans une œuvre. Le nom n’est pas simple désignation : il appelle une responsabilité. Le nom de Dieu, comme tout nom, exige cohérence entre parole et acte. 3) Le commandement de l’amour conduit l’homme à imiter Dieu, en s’effaçant devant l’autre pour lui laisser place. Le IIIe commandement sur le sabbat doit être interprété comme un appel à suspendre son œuvre pour permettre celle de l’autre. Ce repos n’est pas passivité mais hospitalité : laisser l’autre affronter sa propre finitude et produire son œuvre. Cette épreuve est risquée, car l’autre peut fuir, mais elle est constitutive de la relation éthique. 4) La rencontre avec autrui révèle une violence originaire : l’autre nie ma souveraineté de sujet. Cette violence est constitutive de la condition humaine et se manifeste d’abord dans la relation aux parents, notamment à travers la scène sexuelle primitive. Le IVe commandement (« Honore ton père et ta mère ») appelle à assumer l’exclusion, à la pardonner et à produire son œuvre à partir de là. Honorer ses parents, c’est aimer la vie transmise. 5) Le Ve commandement (« Tu ne tueras point ») pose la limite absolue à la violence : l’interdiction de réduire autrui à un objet-déchet, mort, mais aussi ne pas se mettre en position d’idole par rapport à lui. 6) A travers le VIe commandement l’adultère est compris de manière élargie comme rupture de fidélité. Il s’agit de ne pas fuir l’épreuve de la finitude en rompant les engagements pris, que ce soit dans le mariage, l’œuvre ou la relation à Dieu. La fidélité est endurance dans le temps. 7) Dans la société, la violence prend la forme des inégalités de biens et de la justice coercitive. Le VIIe commandement (« Tu ne voleras point ») appelle à assumer la violence que constitue l’impossibilité de s’approprier les biens d’autrui, tout en respectant la propriété privée. 8) Le VIIIe commandement interdit le faux témoignage non comme simple mensonge, mais comme instrumentalisation de la justice pour nuire à autrui. Il dénonce une haine dissimulée, liée à la tentation de faire régner un faux absolu. 9) Enfin le IXe commandement appelle à dépasser la convoitise en tant manifestation interne de la pulsion de mort. Elle détourne de l’œuvre propre en nourrissant l’envie et l’illusion de supériorité ou d’égalité haineuse. En bref, résister au péché permet surtout de ne pas détourner l’homme de son œuvre propre, et le Décalogue apparaît bien comme la condition spirituelle, éthique et existentielle de toute création véritable, à commencer par la création des concepts qui, eux-mêmes, ouvrent à l’homme l’espace des jugements existentiels.


“Qu'est-ce qui est l'essentiel pour le commandement de l'amour dans sa lutte contre le paganisme? Permettre qu'à l'amour du Dieu pour lui l'homme réponde en produisant son œuvre propre. Œuvre où il témoigne de son amour pour Lui et dont elle confirme l'Œuvre qu'est la Création. Et œuvre où il accède à l'amour pour le prochain parce qu'il n'y a pas d'œuvre véritable sans ouverture, à l'autre homme, de l'espace pour son œuvre à lui. Les trois premiers commandements appellent l'homme, à l'exemple de Dieu, à produire son œuvre propre et à permettre l'œuvre de l'Autre. Les trois commandements suivants, qui portent sur les relations à l'autre homme comme sujet individuel, montrent la production de l'œuvre se faisant en assumant jusqu'au bout la finitude alors rencontrée. Les trois derniers commandements montrent la production de l'œuvre devant se faire en s'abstrayant résolument de ce qui, dans le monde social, peut en détourner - car il y aura toujours dans ce monde quelque chose qui relève du paganisme… Le commandement de l'amour, par quoi s'exprime la Révélation, et qui se monnaye dans les divers commandements du Décalogue, introduit finalement, par et pour les œuvres qu'il invite les hommes à créer, l'espace du jugement. D'un jugement où il s'agit, non pas, comme dans la philosophie classique, d'appliquer un concept formel à ce qui apparaît dans la réalité ou d'y retrouver un tel concept, mais de faire usage des concepts véritables ou existentiels (le beau, l'angoisse, la justice, la responsabilité, etc.) que la Révélation amène les hommes existants à former. Non pas : « Cette rose est rouge », mais « Cette rose est belle. » C'est dans ce jugement qui évalue que s'accomplit le concept, le concept véritable.”
JURANVILLE, 2025, PHL

COMMANDEMENT, Amour, Dieu, Paradoxe

Suite à l'impasse de la philosophie classique (Kant) qui rationalise l'amour pour éviter le paradoxe, la philosophie de l'existence (Kierkegaard, Rosenzweig) et la psychanalyse (Lacan) redonnent au paradoxe du commandement de l'amour toute sa puissance et sa vérité. Pour que le paradoxe de l'amour (contradiction et vérité simultanées) soit pris au sérieux, la philosophie doit accepter la condition de possibilité même du paradoxe : soit la finitude radicale (pulsion de mort, volonté du mal). L'homme ne peut donc pas trouver la solution en lui-même (ni par la réminiscence platonicienne, ni par la mémoire hégélienne) : la solution ne peut venir que de l'extérieur, de l'Autre divin. Certes un tiers ne peut pas commander l'amour, mais, l'amant le peut. Le commandement n'est légitime que s'il sort de la bouche de celui qui aime déjà : "Aime-moi !". C'est donc parce que Dieu aime en premier (l'Amant divin) qu'il peut commander à l'homme d'aimer en retour. Et il faut être Dieu pour ne pas jouir, ou pervertir en manipulation, une telle disposition (Juranville prend, à titre de contre-exemple, le cas du héros Solal d'Albert Cohen). L'amour véritable (celui commandé par Dieu) installe une dialectique temporelle : l'initiative divine est un jaillissement, un amour de l'instant, tandis que la réponse humaine s'inscrit dans la durée et devient foi (fidélité), et oeuvre. Cette réponse implique la "honte" de son état antérieur (le péché, l'enfermement en soi) et la reconnaissance que l'on a été sauvé de soi-même par l'Autre. Même si Lacan n'utilise pas le terme "paradoxe", sa définition de l'amour comme métaphore rejoint cette structure : l'amour est un signifiant, et à ce titre "commande" effectivement. L'amour advient quand l'aimé (éroménos) se transforme en aimant (érastès). C'est le passage de la passivité à l'activité aimante, en réponse à l'amour de l'autre, qui constitue le miracle de l'amour.


"Le paradoxe reçoit sa portée essentielle quand la philosophie en vient à affirmer l’existence et, précisément, la finitude radicale en l’homme de cette existence, le fait que sa nature se corrompt et qu’il veut le mal pour le mal (pulsion de mort). La contradiction ne peut plus alors être résolue par lui en rentrant en soi, en retrouvant l’identité toujours présente à l’intérieur de soi (réminiscence platonicienne, Erinnerung hégélienne); elle devient absolue; elle ne peut plus être résolue que par l’Autre et, pour l’homme en général, par l’Autre divin. Contradiction et en même temps vérité, c’est la définition, pour nous, du paradoxe. Lequel est dégagé dans sa portée essentielle en premier par Kierkegaard. Paradoxe certes avant tout pour lui du Christ comme Dieu-homme: il se résout selon nous par la réponse que lui font les hommes quand ils ont suffisamment observé les commandements et établissent le monde juste, sans plus de violence sacrificielle instituée."

JURANVILLE, 2025, PHL

COMMANDEMENT, Amour, Dieu, Prochain

Commander n'est pas ordonner. Ordonner, dans sa définition militaire ou logistique, est une action qui va vers l'extérieur, qui "range" et met de l'ordre ; c'est administratif ou organisationnel. Commander, si l'on en revient à l'étymologie (mander, faire venir) c'est agir par sa volonté sur le désir de l'autre. C'est "dire sa volonté" à l'autre en tant qu'Autre, pour que celui-ci accueille cette transcendance et fasse naître en lui un désir semblable. Le but ultime du commandement est de susciter le désir qui est vérité, c'est-à-dire l'amour. Or le commandement de l'amour est d'abord une injonction divine ; il émane de l'Autre absolu (Dieu) vers l'existant (l'homme), et revient au divin. L'homme, enfermé initialement dans une haine sacrificielle païenne, a besoin de ce commandement extérieur pour s'ouvrir. A vrai dire, le commandement est la seule manière pour l'amour de s'exprimer : aime-moi ! Cf. Rosenzweig sur ce point. Mais l'amour de Dieu ne peut se passer de l'amour de l'homme pour son prochain, l'Autre fini. Dieu refuse d'être une idole ou l'objet d'une violence sacrificielle ; il veut être rencontré à travers le "visage du prochain" (Levinas). Le commandement "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" apparaît comme le corollaire indispensable du premier. Il n'en demeure pas moins de l'ordre du paradoxe, car déjà pour aimer son prochain "comme soi-même", il faut être capable de s'aimer soi-même de manière authentique (en dépassant son narcissime par l'œuvre), ce qui n'est pas donné d'avance. Donc ne pas oublier que si le commandement de l'amour est proprement essentiel, il se heurte à la finitude et à réalité humaine effective - ce qui ne veut pas dire qu'il soit impossible.


“Commander (déjà, mander), c’est faire venir. Commander à ses passions, c’est, inspiré par un désir supposé bon qui risquerait d’être contrecarré, faire venir en elles un semblable désir, les faire venir à ce désir. Commander serait non pas tant agir sur une volonté, qu’agir par la volonté sur un désir, par la volonté en tant qu’en elle s’exprime un désir pour qu’un semblable désir advienne en celui auquel s’adresse le commandement – ou la commande. Or le désir auquel l’Autre (voire les Autres) qu’on désire devrait accéder, le désir qui est en même temps vérité, c’est l’amour. Le commandement essentiel est bien en cela commandement de l’amour, commandement de celui qui aime pour obtenir l’amour en retour."
JURANVILLE, 2025, PHL


ESPRIT, Oeuvre, Visage, Dieu

L'esprit se produit ou se pose dans l'oeuvre, tout en lui ex-sistant. Car au-delà de l'oeuvre il faut supposer un visage, la présence d'une altérité absolue et donc divine. L'esprit ne saurait être, ultimement, que l'expression de Dieu, à travers sa création et par le truchement du Verbe (Fils).


"L’esprit n’est lui-même qu’en se produisant dans l’œuvre, mais il lui ex-siste toujours. Les « traits » du visage sont œuvre. Mais le visage, c’est la présence, insaisissable dans le monde, de ce à partir de quoi l’œuvre est produite... L’esprit est communion, mais à partir d’une altérité primordiale et irréductible. L’Esprit comme Dieu, l’esprit dans son absoluité, « procède du Père et du Fils ». Du Fils qui donne au Père son sacrifice dans l’incarnation, du Père qui donne au Fils le monde qu’il crée."
JURANVILLE, 1984, LPH

DOUTE, Cause, Désir, Savoir, DESCARTES

C'est avec le doute radical que l'on passe d’un savoir cosmologique potentiel, tourné vers la substance, à un savoir réel centré sur la cause, où Dieu est reconnu comme cause première. L'enjeu étant que ce savoir réel trouve son principe, il faut une preuve de l’existence de Dieu. Or cette preuve ne peut plus être l’argument ontologique, purement formel : elle doit être la première (puis la seconde) preuve par les effets, dans une démarche incluant le doute, mais au-delà de sa simple dimension de refus, comme désir : « Comment serait-il possible que je puisse connaître que je doute et que je désire — c’est-à-dire qu’il me manque quelque chose et que je ne suis pas parfait — si je n’avais en moi aucune idée d’un être plus parfait que le mien ? » (Troisième Méditation, §23). La cause est l’identité originaire à partir de quoi tout ce qui existe pour nous a commencé d’exister. La cause véritable est donc créatrice — en dernier ressort, c’est toujours Dieu lui-même. Chez Descartes, c’est encore l’idée de Dieu en moi, grâce divine, qui déploie le savoir par la libre volonté, à travers les contradictions de la finitude humaine. De ce mouvement naît un nouveau savoir, reconstruit dans sa réalité et doté d’objectivité. Cette objectivité s’exprime dans le langage — non plus pris comme simple proposition, mais comme articulation de propositions. Cela correspond, chez Kant, au jugement hypothétique parmi les jugements de relation, et à la catégorie de la cause. Quant au savoir philosophique qui en résulte, dégagé dans sa nécessité, il possède encore sa propre objectivité, que manifeste le langage pris cette fois comme système de toutes les propositions : un système où, d’une part, toutes les propositions sont produites par un même principe, et où, d’autre part, chacune peut devenir principe pour toutes les autres. Cela correspond, chez Kant, au jugement disjonctif et à la catégorie de la communauté. La communauté véritable est ainsi fondamentalement religieuse : elle est ordonnée par la loi du vrai Dieu, cause première, grâce à laquelle les êtres finis accèdent à leur autonomie de substances individuelles.


"Au-delà de son phénomène, comme refus, Descartes établit le doute dans sa vérité, comme désir. Désir qui se rapporte à l'Autre comme tel, et comme l'Autre est ouverture pure à son Autre, désir qui vise par là à s'approprier le manque en l'Autre, son manque heureux... Il faut affirmer le doute dans son essence, comme indifférence. Elle est négation et en même temps désir. Négation du désir ordinaire et faux qui demande à être comblé, et place laissée au désir vrai qui vise à être creusé... Cependant, l’homme, être radicalement fini, rejette d’abord ce désir. Il réduit l’Autre, qui le suscite, à un objet censé être plénitude — un fétiche capable, croit-il, de le combler. Pourtant, le véritable accomplissement du désir n’est possible que si l’homme assume ce rejet et transforme l’objet-fétiche en objet-déchet, c’est-à-dire en signe de sa propre finitude."
JURANVILLE, 2015, LCEDH

SACRIFICE, Dieu, Fils, Spiritualité

Qu'est-ce qui permettra à chaque individu de se considérer dans son essentielle autonomie, en reconstituant pour lui le sens rationnel de la création par Dieu le Père ? Autrement dit, comment passer de l'objectivité à la subjectivité du Dieu de la Révélation, ce Fils qui a dû subir le sacrifice ultime pour mieux le dénoncer et en délivrer les hommes ? C'est justement ce Sacrifice du Fils - vécu dans la Passion en tant qu'homme, mais jusque dans la Résurrection en tant que Dieu - qui révèle aux hommes leur nature spirituelle malgré la finitude - spiritualité assumant et pardonnant la finitude. Et cependant le Fils n'engage pas les hommes à l'imiter dans la perpétuation rituelle du Sacrifice - ce serait revenir à la barbarie et au paganisme - seulement à en recueillir le sens spirituel.


"Subjectivité du dieu, avons-nous dit, subjectivité hors laquelle les hommes ne pourraient, comme sujets, accéder à l'objectivité de ce dieu, à celle de Dieu le Père. C'est ce que disent ces paroles de Jésus : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; nul ne va au Père que par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père » (Jean, 14, 6-7). Preuve de Dieu comme Fils en tout cas selon nous, celle que Kant dit preuve physico-théologique et qui est chez Descartes la première preuve par les effets, Dieu comme cause en moi de l’idée de Dieu laquelle - c'est la Pâque - vient m'arracher au paganisme (l'Egypte) dans lequel j'étais pris. Le sujet social toutefois reste fixé à ce qu'est pour lui traditionnellement le sacrifice, ou à une de ses variantes. Contradiction subjective du concept de dieu."
JURANVILLE, PHER, 2019

SACRE, Dieu, Raison, Spiritualité

Comment l'absolu du Dieu de la Révélation peut-il se faire raison, pour l'homme, et ainsi se donner dans une totalité et faire monde ? Pour que l'homme s'imprègne de cet absolu (ce qui existe par soi, ne dépendant d'aucune relation), pour qu'il puisse reconstituer pour lui cette raison jusque dans le tissu des relations du monde, il doit célébrer le Sacré - soit cette spiritualité se faisant réalité dans laquelle finalement réapparaît l'objectivité du Dieu. Réalisant la spiritualité dans sa face réelle, c'est vers Dieu le Père, principe de la Création, que reconduit fondamentalement le Sacré.


"Cet absolu réapparaitra, par rapport à l'ordinaire totalité de relations, comme liberté et, pour autant qu'il est en soi raison, comme liberté allant jusqu'au savoir d'elle-même, comme spiritualité. Et, puisqu'il réapparaîtra ainsi aux yeux de l'homme qu'il appelle à assumer sa finitude il réapparaitra comme assumant à l'avance cette finitude de l'homme, il réapparaitra dans la réalité, qui est être et finitude. Il réapparaitra donc comme le sacré, puisque spiritualité et réalité définissent le sacré qui est ainsi l'objectivité du dieu, ce qu'il est en lui-même dès l'origine et dans quoi, pour l'homme, il s'accomplit. Pour cet homme auquel il dispense toutes les conditions de l'autonomie, il sera Dieu le Père, le principe de la Création."
JURANVILLE, PHER, 2019

RELIGION, Névrose, Demande, Dieu

La relation religieuse traditionnelle, qui fait de Dieu l'Autre absolu du désir, s'effectue dans la névrose, parce qu'elle est essentiellement demande, et demande d'amour. Seulement le Père, dans le désir, est celui dont il faut souffrir l'absence - ainsi le Christ dans la Passion. C'est pourquoi la démarche philosophique, parce qu'elle est rupture historique, doit partir du doute radical et donc de l'athéisme - quand bien même elle parviendrait (et elle y parvient, par la spéculation) à réinstaurer l'existence de Dieu et le rôle historique de la religion. Ce n'est que dans le travail de la sublimation que le don d'amour devient effectif, qu'apparaît à nouveau le Visage, et que Dieu apparaît dans ce Visage (pour parler comme Levinas).


"Il y a dans toute religion la présence de la névrose. Prendre le Nom-du-Père comme un nom, et faire appel au Père, lui adresser la demande, c’est entrer dans la religion comme névrose. Le Nom-du-Père, dira Lacan, est symptôme. Mais en ce sens précis d’être utilisé pour appeler et demander. Demander à l’Autre son amour, le don de son amour, c’est déjà le haïr (le surmoi, dit Lacan, est haine de Dieu)... La relation religieuse traditionnelle, où Dieu est l’Autre du désir, doit s’effacer, parce qu’en elle se mêlent névrose et sublimation."
JURANVILLE, LPH, 1984

VERITE, Signifiant, Infini, Dieu

La vérité "totale" du signifiant "pur" signifie que dans l'ordre du signifiant, un acte d'anticipation créateur, ayant valeur de vérité, est toujours possible ; même si elle est partielle ou finie chez l'homme, cette vérité totale doit être supposée également infinie, ce qui renvoie au Dieu de la religion. Il n'y aurait pas de religion, à proprement parler, sans la présence du signifiant pur qui suppose une relation essentielle de l'homme à l'Autre comme tel, c'est-à-dire Dieu. Encore ne faut-il pas confondre cet Infini avec l'Autre impliqué dans le désir, soit comme Autre réel (la Chose castrée, ou l'objet maternel) soit comme Autre symbolique (que vient incarner le Nom-du-Père, inconsistant en dehors de la référence qui y est faite par la mère) : seul l'Autre du signifiant appartient à l'infini.


"La vérité totale du signifiant pur se produit elle-même, elle est acte d’anticipation créateur et en ce sens cause de soi. D’où il résulte qu’il doit exister une vérité totale infinie, qui est Dieu même. Et que, présente en l’homme malgré l’interruption, la vérité totale doit venir en lui, où elle est finie, de la vérité totale infinie de Dieu. Ce Dieu du signifiant pur est le Dieu de la religion. La religion suppose en effet une relation essentielle de l’homme à l’Autre, à Dieu. Pour la métaphysique une telle relation essentielle est inconcevable. Dieu, en tant que le modèle pour l’homme, est l’absolu qui se suffit, l’étant qui est absolument maître du monde comme sien. Ce n’est qu’en concevant le signifiant pur qu’on peut déterminer, en deçà du monde, l’unité subjective d’un étant. Cette unité subjective est jouissance à la jouissance comme sienne, jouissance absolue. Ce qui caractérise le Dieu de la religion. Le signifiant pur permet seul de penser une relation essentielle de l’homme qui soit relation à l’Autre. Sans une telle relation il n’y a pas de religion."
JURANVILLE, LPH, 1984

DIEU, Existence, Trinité, Preuve, DESCARTES

Que découvre le philosophe, lorsque qu'il pose l'inconscient en plus de poser l'existence ? et que découvre le patient, après avoir accompli jusqu'au bout le travail de la cure ? Dans les deux cas, c'est l'existence de Dieu qui est révélée, mais précisément Dieu comme inconscient. C'est la condition pour que le savoir philosophique, le savoir rationnel pur, devienne universellement reconnu ; car il ne fait que confirmer, et vérifier alors le savoir religieux de la Révélation. Et c'est la condition pour que le savoir religieux lui-même apparaisse dans sa rationalité pure, en l'occurrence trinitaire. La vérité de l'existence n'est autre que celle de la Trinité comprise comme Relation, puissance de l'Un absolu de se rapporter à l'Autre comme un autre Soi également absolu (c'est l'engendrement du Fils par le Père), c'est-à-dire comme une autre Personne mais non une autre substance (le Fils est également Dieu). Le Fils quant à lui existe dans sa relation au Tiers qu'est l'Esprit saint (tout aussi divin, quoique tourné vers l'Homme). Aux trois Personnes correspondent les trois preuves de l'existence divine, telles que les a formulées Descartes, toutes trois reposant sur l'idée de perfection. D'abord la preuve par la causa sui (ou « deuxième » preuve par les effets selon Martial Guéroult) se rapporte au Père : elle stipule que si la créature possède pareille idée de perfection, il est manifeste qu'elle même n'est point parfaite ; or si elle était cause de sa propre existence, elle n'aurait pas manqué de s'octroyer toutes les perfections, ce qui implique qu'elle doit son existence à un être extérieur effectivement parfait, capable de se donner à lui-même sa propre existence, soit le Créateur ou Dieu le Père. Ensuite la preuve par l'idée d'infini (ou « première » preuve par les effets selon Guéroult) ne fait que reprendre cette implication au niveau de la logique interne de l'esprit humain, et se rapporte comme telle au Fils : en effet si l'homme possède l'idée d'un être infiniment parfait, il ne saurait être lui-même à l'origine de cette idée, pareille idée ne pouvant être conçue par un esprit fini et imparfait : elle lui a donc été communiquée par un esprit lui-même parfait, celui d'un Dieu Révélateur, soit le Verbe ou Fils de Dieu. Enfin la preuve dite "ontologique" reprend cette implication à un niveau seulement abstrait en apparence, qui se rapporte à l'Esprit saint : en effet l'idée de perfection implique nécessairement l'existence, puisque c'est une plus grande perfection d'exister plutôt que le contraire ; cette preuve exprime la vérité éthique selon laquelle il est meilleur, pour l'humain, de vouloir l'existence (entendre de s'ouvrir à son Autre) plutôt que l'inverse (entendre : se replier sur soi), car il participe alors à la vie divine, à quoi l'engage précisément l'Esprit rédempteur, tout aussi divin que le Père et le Fils. (L'humain cherchera sans doute à en tirer l'idée - fausse - de sa propre divinité, et se repliera fatalement sur son intérêt exclusif, au lieu de prendre en compte, dans l'éthique, l'ensemble de la création.)


"Vérité rationnelle et trinitaire qui, d'une part, découle de la détermination de l'être en Dieu comme existence absolue, et plus précisément absolument absolue, c'est-à-dire comme identité originelle s'effaçant comme telle en s'ouvrant à son Autre et devant se reconstituer à partir de ce qui, imprévisiblement, viendra de cet Autre. C'est ainsi que, dans le cadre de l'essence ex-sistante, l'Un primordial s'ouvre vers son Autre en le produisant nécessairement à partir de soi comme un autre soi, semblable à soi, en l'engendrant (c'est le Deux). Et que le Un et le Deux se retrouvent dans un mouvement encore d'existence absolue non pas l'un vers l'autre (c'est déjà fait pour le Un, ce serait fermeture pour le Deux), mais vers un autre Autre à venir (c'est le Trois). Père, Fils, Esprit. La Trinité du Dieu chrétien. Le Oui, le Non et le Et, dans le mouvement existentiel selon Rosenzweig. N'en disons pas plus ici et citons simplement saint Augustin quant à la relation du Père et du Fils, sans que soit évoqué par lui le terme d'existence : « Même si le Père et le Fils sont deux choses différentes, il ne s'agit pas là d'une substance différente, puisque ce n'est pas selon la substance qu'ils sont appelés ainsi, mais selon la relation, sans pourtant que la relation soit un accident puisqu'elle n'est pas muable »."
JURANVILLE, PHER, 2019

DIEU, Existence, Finitude, Conditions, KIERKEGAARD

Pour Kierkegaard l'existence est envisagée comme essentielle en tant que radicalement finie, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. En outre la finitude est radicale parce qu'elle n'est pas une faiblesse, un simple défaut dans le bien, mais un désir du mal pour le mal, un péché. L'acceptation de ce paradoxe ne se fait qu'en entrant dans la "sphère religieuse" où l'on reconnait en l'Autre absolu le siège unique de la vérité, et corollairement en soi-même le siège du péché, de la non-vérité. Or l'homme ne pourrait se rapporter ainsi à l'existence et s'ouvrir à la vérité s'il n'en recevait pas de l'Autre toutes les conditions, à commencer par la grâce : l'Autre se soustrait lui-même de la relation de maîtrise, de soumission fascinatoire dans laquelle le fini voudrait l'enfermer et s'enfermer avec lui, et bien plus il transmet au fini cette disposition à s'ouvrir à l'Autre et à donner lui-même sa grâce. Là réside l'opposition radicale entre l'Autre absolu faux du paganisme et l'Autre absolu vrai de la révélation. Le Dieu vrai du christianisme n'accorde pas seulement sa grâce au fini, mais également le moyen de fixer pour lui la vérité, de se l'approprier, c'est-à-dire d'accomplir son oeuvre et de devenir individu sur le modèle de l'Unique : cette condition est la foi, tout autre chose par conséquent qu'un simple sentiment immédiat d'union avec Dieu. Modèle pour le fini, le Christ l'est enfin et encore s'agissant de se préparer à oeuvrer, non plus à s'abaisser mais cette fois à s'élever pour le bien de l'humanité : ce qui s'appelle l'élection, ou encore "rendre grâce" puisqu'à travers son oeuvre le fini offre à tout Autre, rend d'une certaine manière, la grâce qu'il avait reçue.

Ainsi s'explique la faute et le péché originel de l'homme - finitude radicale selon Juranville - qui consiste à avoir douté de l'Autre, ne pas avoir reconnu ces conditions toujours déjà données, et finalement perdues par lui ; c'est d'avoir fait le choix (sous la pression sociale, mais choix quand-même) d'une protection facile monnayée sacrificiellement avec de faux maîtres ou de faux dieux ; ce qui l'explique est donc l'angoisse face à l'incertitude de l'existence. L'oeuvre consiste en un savoir qui, cette fois, vaudra comme "apprentissage véritable de l'angoisse" comme le dit Kierkegaard. Or pour ce dernier, si le Christ avait ce savoir, que nul ne lui avait enseigné, c'est parce qu'il était lui-même la vérité. Ce qui ne sera jamais le cas du fini, par définition, et Kierkegaard exclut que celui-ci parvienne jamais, par ses propres moyens, à un savoir vrai absolu, un savoir absolu (philosophique) de l'existence. L'impossibilité d'un savoir de l'existence tient au point de vue subjectiviste de Kierkegaard pour qui l'existence est le problème de l'homme, nullement celui de Dieu : « Dieu ne pense pas, il crée ; Dieu n'existe pas, il est éternel ».


"Il y a certes un savoir qui réside dans l'appropriation de cette vérité, de cette vérité révélée selon laquelle l'homme est appelé à accepter et aimer son existence, malgré et avec sa finitude, en l'occurrence l'incertitude objective. Un savoir qui est « l'apprentissage véritable de l'angoisse » laquelle est « condition préalable du péché originel et moyen rétrograde d'en expliquer l'origine » . Un savoir qu'a par excellence le Christ parce qu'il est lui-même la vérité. Le Christ n 'aurait jamais su la vérité s'il ne l'avait été, et nul ne sait de la vérité plus qu'il n'en exprime dans sa vie », ECh, 182). Un savoir que l'homme tend à fuir dans le péché. Mais Kierkegaard exclut que ce savoir puisse se poser comme tel et devenir un savoir proprement philosophique. – Le Dieu de la révélation ne peut dès lors nullement être l'objet d'un savoir philosophique. Le Dieu de la révélation ne peut même pas être posé comme existant, au sens de l'existence absolue (où la contradiction est d'emblée voulue, comme dans la Création divine) « Dieu ne pense pas, il crée ; Dieu n'existe pas, il est éternel », dit Kierkegaard dans une célèbre formule provocante. « L'homme pense et existe, et l'existence sépare la pensée et l'être, les tient distants l'un de l'autre dans la succession » (PS, 222). Pour Kierkegaard, l'existence véritable est le fait de l'homme seul. La seule rupture alors introduite avec le paganisme reste tout intérieure, le problème étant pour chacun le devenir chrétien."
JURANVILLE, PHER, 2019

DIEU, Etre, Sacré, Paganisme, HEIDEGGER

Heidegger conçoit le sacré à partir de la vérité de l’être, où celui-ci en même temps se révèle et se retire devant l’homme. Dans cet espace du sacré advient la Divinité, incarnée par l’homme lorsqu’il s’élève à l’être, ou par l'"extraordinaire" de l’œuvre. C’est là qu’est censé apparaître le "Dieu nouveau", dont Hölderlin disait que "lui seul peut nous sauver", en offrant un modèle inédit (éventuellement proche du Bouddhisme mais échappant aux catégories du monothéisme et du polythéisme), dont les aspects pluriels seraient directement en rapport avec "la richesse initiale des fondements" assure Heidegger. En tout cas, si ce dernier refuse l’idolâtrie, il ignore la nécessité de la révélation judéo-chrétienne et sa conception du sacré conserve les principaux aspects du paganisme, dont la logique sacrificielle (que la philosophie combat depuis toujours) puisque "chaque étant est sacrifié à l'être, et c'est seulement de là que l'étant comme tel reçoit sa vérité" (Heidegger).


"En fait Heidegger, comme Nietzsche, s'arrête au paganisme. A ce paganisme que la philosophie combat depuis son commencement - car il n'y a pas, quoi qu'en dise Alexandre Kojève, de philosophie païenne. A ce paganisme que Socrate a voulu dissoudre par la catégorie de l'individu, dit Kierkegaard. Dont Heidegger a repris les analyses sur l'existence. Mais sans partir comme lui de la révélation chrétienne. Et donc en en restant à la détermination de l'Autre absolu telle qu'elle apparaît à la philosophie tant que celle-ci n'a pas découvert la nécessité, pour elle, de la révélation judéo-chrétienne."
JURANVILLE, UJC, 2021