FINITUDE, Existence, Refus, Liberté

Dans la philosophie antique comme moderne, la finitude reste naturelle : soit perfection accomplie (Socrate), soit dépendance imparfaite (Descartes, Kant, Hegel), sans méchanceté radicale. Le mal n’y est jamais originaire. Mais lorsque l’existence et l’ouverture à l’Autre sont affirmées comme essentielles, la finitude devient elle-même essentielle et doit être pensée à partir du rejet primordial de l’existence et de l’Autre. C’est ce que manifestent Søren Kierkegaard avec le démoniaque, Martin Heidegger avec l’« in-sistance » du Dasein, Sigmund Freud avec la pulsion de mort, Jacques Lacan avec la méchanceté foncière du prochain, et Emmanuel Levinas lorsqu’il affirme que nul n’est bon volontairement. La finitude radicale désigne ainsi le rejet primordial de l’existence et de la loi de l’Autre, et finalement le rejet de la finitude elle-même. Mais cette finitude peut être aussi être reconnue et assumée. Il convient donc de distinguer un niveau phénoménologique, où la finitude radicale apparaît comme rejet, mais un niveau structurel où elle est la possibilité du choix, la condition de la liberté.


“Dès qu'on affirme comme essentielle l'existence, et donc l'ouverture à l'Autre, et qu'une finitude essentielle devient envisageable, on doit partir, pour ce qui est de l'homme, de son rejet primordial de l'existence; de son rejet de la finitude suscitée par la rencontre de l'Autre - rejet que nous dénommons finitude radicale ; et, avant tout, de son rejet de l'Autre absolu et de la loi de cet Autre qui voulait l'arracher à ce rejet.”
JURANVILLE, 2021, UJC

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