Le fantasme, qui semble d’abord l’inobjectivité même, constitue paradoxalement le point de départ d’une objectivité vraie. Affirmer le fantasme, c’est reconnaître que l’objet que le sujet croyait objectif n’est qu’une production pulsionnelle, et qu’il n’existe pour lui aucun autre objet immédiat. Le fantasme révèle ainsi la finitude radicale de l’objet et engage à constituer, à partir de cette finitude, une objectivité véritable. Dans le fantasme, le sujet réduit l’Autre à un objet fini et se représente lui-même comme objet pour cet Autre, supposé devoir combler son manque. Cette structure dégage une spatialité topologique qui est celle du lieu, du voisinage, du rapport au prochain ; le fantasme structure l’espace vécu. L’objectivité absolue n’advient que si le sujet reconnaît que l’Autre n’est pas cet objet fini et se pose lui-même comme Chose capable de recréer l’Autre comme œuvre. Le fantasme trouve alors sa vérité dans une structure où l’Autre est rétabli comme absolu. Le rapport humain ordinaire au fantasme est triple : névrotique (fuite de l’épreuve radicale), pervers (transfert de la charge éthique sur l’autre) et psychotique (destruction de la scène fantasmatique). Cette triple structure caractérise le réel de la sexualité humaine, notamment dans le fantasme primordial de la scène primitive, dont l’enfant est exclu. La violence psychotique s’y accomplit dans l’orgasme, version individuelle du sacrifice, tandis que le monde social traditionnel (fondé le mythe de la complémentarité sexuelle) reproduit cette structure dans le sacrifice collectif, version sociale de l’orgasme.
FANTASME, Objectivité, Objet, Chose
“Comment, dès lors, l’objectivité absolue adviendra- t-elle, celle, en particulier, du prochain ? Comment le fantasme aura-t-il sa vérité, lui qui est objectivité et finitude, de même que la pulsion est subjectivité et finitude ? Lui qui s’accomplit quand l’objet absolu se constitue à partir de la finitude, comme le sujet absolu dans le cas de la pulsion ? L’objet absolu advient quand le sujet, d’une part, reconnaît l’Autre comme n’étant pas ce qu’il lui apparaît toujours d’abord – l’objet fini. Et quand, d’autre part, il se pose lui-même comme n’étant pas simplement le « sujet » interne au fantasme (et donc en fait lui aussi objet fini), mais comme étant aussi - du fait de ce qu’il reçoit de cet Autre - la Chose. Laquelle, rappelons-le, a à recréer l’Autre - lui-même, par devers soi, dans son être, Chose. L’objet absolu a d’abord cette structure quaternaire de la Chose ex-sistante et de la métaphore. Il la réinscrit dans un ternaire fondamental. Il est alors l’Autre, comme recréé, comme œuvre. Et le fantasme apparaît ainsi, avec tous ses moments constitutifs, comme voulu par le sujet fini dans son rapport de désir à l’Autre.”
JURANVILLE, 2000, INCONSCIENT
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