Dans la conception juranvillienne de l’oeuvre l'homme doit accomplir, dans les limites de sa finitude, quelque chose qui reproduit la structure fondamentale de la Création divine : « ce à quoi l’invite le II° commandement », précise-il. Il faut ici penser au commandement interdisant de faire des images de Dieu. L’homme est invité à produire une œuvre, mais il ne doit pas fabriquer une image qui prétendrait enfermer Dieu dans une représentation déjà constituée. Cela rejoint la critique de l’œuvre traditionnelle, censée réaliser un modèle pré-établi, que Juranville formule régulièrement. Par ailleurs il faut rapprocher cela de certains développements sur le nom, la Chose et l'identité. Recevoir un nom signifie qu'une identité est donnée à l'existant, mais cette identité ne devient véritable qu'en étant confirmée dans une œuvre ; l’œuvre est donc une sorte de réponse au nom qui a été donné, et avant tout celui de Dieu. En bref le nom a une exigence d'accomplissement. Si l’on se rappelle les trois grandes dimensions du système théologique de Juranville - Création, Révélation, Rédemption - on comprend que la Création divine appelle une réponse des hommes. Que la finalité ultime de l’œuvre divine est que les hommes produisent eux-mêmes des œuvres qui confirment l’œuvre divine. Encore faut-il que l’oeuvre humaine parvienne à une certaine consistance, unité et vérité. Qu’est-ce qui fait qu’une oeuvre “tient” ? Ce “tenir” n’est pas simplement la réussite technique d'un objet. La consistance est obtenue après l’épreuve et le dépassement d’une certaine inconsistance justement, « où il a fixé, l’ayant traversée dans sa Passion propre, l’épreuve répétée de la finitude » écrit Juranville. C'est donc parce que l’œuvre a traversé la finitude qu'elle peut acquérir une véritable unité. Cela définit la Passion propre de l’individu dans sa création. Là encore cette Passion n’est qu’une répétition symbolique de la Passion christique (voire une anticipation, comme dans la tragédie grecque) : abandon ; souffrance ; mort ; mais finalement résurrection. Mais Passion et consistance sont fondamentalement liées, ce que ne semblent pas comprendre certains penseurs insistant surtout sur la Passion mais ne disant rien sur la consistance nécessaire. Ainsi Blanchot, chez qui l’accent porte sur l’écriture comme processus. L’œuvre est une expérience, une épreuve, un mouvement qui ne cesse de se poursuivre, sans que l’on sache véritablement vers quoi tend l’épreuve, ni même si elle tend vers une résolution. Blanchot s’en tient à l’être de l’oeuvre, voire à son événement, ou à sa dimension abyssale, mais l’écriture est justement le travail qui doit conduire à la consistance, non simplement à l’être. Heidegger, de son côté, admet l’unité de l’oeuvre grâce à la fonction du trait, mais il ne va pas jusqu'à affirmer clairement son accomplissement objectif. Enfin chez Lacan on trouve une formulation minimale de l’oeuvre et de la consistance : “ça tient”, c’est beau. Lacan pour qui “l’œuvre se fait autour d’un vide”. L’œuvre ne consiste pas à remplir un vide par une représentation adéquate ; elle se constitue autour d'un manque qui demeure structurant. En tout cas l’oeuvre témoigne qu'une unité a été obtenue à travers l'épreuve - du moins est-ce ce que l’on peut supposer (et cela reste insuffisant pour Juranville).
OEUVRE, Passion, Consistance, Création
NOM-DU-PERE, Castration, Loi, Phallus, LACAN
La castration est une loi structurale liée à la fonction paternelle mais, comme l’a maintes fois rappelé Lacan, elle ne doit pas être confondue avec l’interdit lui-même ou la menace de rétorsion exercés par le père imaginaire. On distingue clairement le père imaginaire, le père réel et le père symbolique, ces deux derniers se déduisant du Nom-du-Père. Celui-ci possède une double dimension : comme nom, il désigne le père effectif ; comme signifiant, il fonctionne comme signifiant-maître. Le premier aspect permet de comprendre en quoi le père réel, celui qui doit être désigné par la mère, possède quelque chose de signifiant : il s’agit du phallus, qui signifie le désir en général (le père réel, géniteur ou non, est “celui” qui est désiré par la mère). Il est bien réel car “Le nom, c’est ce qui appelle à parler. À l’appel du Nom-du-Père, quelqu’un peut se lever pour répondre.” En tant que tel le phallus est alors le signifiant de la faille qui demeure au cœur même du signifiant (le symbolique n’est pas un système clos, le discours de la mère non plus), mais il reste lui-même indicible. Le second aspect du Nom-du-Père est proprement signifiant : il constitue le père symbolique. Dans le discours de la mère, cette fonction apparaît sous la forme du signifiant du Nom-du-Père, en tant qu’il qui ne désigne pas seulement le père réel mais la loi. Le père symbolique est ainsi l’Absent, non le père qui directement interdit (ou celui qui, au besoin, besogne la mère), mais celui qui institue le monde comme ordre symbolique. Il est « l’instituteur du monde » et le père de la loi, la loi du désir qui limite l’être du sujet aussi bien que l’Autre maternel. Le Nom-du-Père est finalement le signifiant qui, dans l’Autre comme lieu des signifiants, désigne l’Autre lui-même comme lieu de la loi. La castration doit donc être comprise comme la condition structurale de cette inscription du sujet dans un monde régi par la loi, et non comme une simple prohibition de la jouissance.
NOEUD BORROMEEN, Signifiant, RSI, Consistance, LACAN
Pour Juranville, le mathème fondamental de la psychanalyse est la structure quadripartite de l’inconscient, composée des trois places de l’objet/Chose, du sujet et de l’Autre, auxquelles s’ajoute le phallus comme signifiant non verbal. Ces trois places peuvent être inscrites dans les trois ronds du nœud borroméen, respectivement rapportés au réel, au symbolique et à l’imaginaire. Le Nom-du-Père se situe du côté de l’Autre et désigne le signifiant posé comme signifiant. Le nœud, en tant qu’« écriture parlante », énonce ainsi le signifiant paternel et fait apparaître la valeur signifiante du phallus sous la forme de la jouissance phallique. Mais le nouage implique simultanément une consistance du réel, éprouvée comme « jouissance de l’Autre », et une consistance de l’imaginaire, qui donne le sens. Le nœud constitue donc une structure où jouissance phallique, jouissance de l’Autre et sens sont produits par l’articulation des trois registres. Cette conception doit permettre de reformuler psychose, perversion, névrose et sublimation en fonction des différents modes de nouage. L’analyse ne vise pas à supprimer le nœud constitutif de l’être parlant, mais à défaire ce qu’il contient de « nœud en trop » afin de parvenir au nouage le plus simple. Le nœud borroméen est ainsi pour Juranville le modèle même d’une écriture qui ne représente pas seulement la structure, mais l’effectue. Sa consistance propre est celle de l’imaginaire, car l’imaginaire est ce qui permet au nœud de tenir. Le nœud constitue dès lors le savoir efficace de l’analyste et accomplit la « lettre » comme signifiant inscrit dans le signifié. Juranville expose (bien plus explicitement que Lacan) les trois moments du signifiant : son surgissement, sa position et la position d’un nouveau signifiant comme signifiant, ce qui correspond encore aux dimensions du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Dans le réel, le corps noue le surgissement imprévisible de l’existence, le symbolique du symptôme et l’image du corps ; dans le symbolique, la parole est le signifiant posé par celui qui parle ; dans l’imaginaire, l’écriture donne au signifiant sa consistance.
NEVROSE, Subjectivité, Symptôme, Autre, LACAN
Même si l’existant reconnaît dans le symptôme quelque chose de vrai - le « bon symptôme » selon Juranville -, comment éviter de le rabattre sur le symptôme pathologique ordinaire ? Le bon symptôme fait apparaître la contradiction, mais il ne la résout pas à la place du sujet. Il oblige celui-ci à travailler. Il est ce qui fait éprouver au sujet sa finitude, et cette expérience doit conduire à une nouvelle position subjective : « se poser comme sujet ». D’une façon générale le sujet est l’identification de la névrose. Mais le sujet véritable est celui qui s'identifie à l'Autre comme sujet, c'est-à-dire à un Autre qui a lui-même accompli le travail de la contradiction. C’est pourquoi le symptôme peut être qualifié de « sainthomme » par Lacan : il est la manifestation d’un Autre qui est lui-même devenu sujet par son travail. Juranville radicalise cette identification : « il n’y a de sujet que névrosé ». Le sujet est celui qui veut atteindre l'objectivité, mais il ne peut y parvenir qu'en s'affrontant à la finitude dans la relation à l'Autre. Or l'existant n'est pas spontanément sujet. Il est seulement « sujet à venir ». Ce qui est premier, c'est au contraire le refus de la subjectivité véritable, parce que celle-ci exige l'affrontement à la finitude. Le sujet rejette tout à la fois la finitude, l’altérité, son statut d'objet, et donc finalement la condition même qui lui permettrait de devenir sujet. Le symptôme est précisément le moyen par lequel ce qui avait été rejeté revient. Ainsi « le symptôme implique sa culpabilité » (Juranville), il signifie : tu as refusé quelque chose qui devait être assumé. Mais le symptôme ne se contente pas de le rappeler, il appelle au savoir. C'est une différence capitale avec la conception médicale ordinaire du symptôme : le symptôme n'est plus seulement ce qu'il faut supprimer grâce à un savoir externe ; il est ce qu'il faut interpréter, de la part du sujet, traverser et transformer en savoir. Il ne suffit donc pas de « s’identifier à son symptôme », selon la formule de Lacan, il ne s’agit pas prendre son symptôme pour son identité (c’est justement ce qui caractériserait la névrose pathologique), il faut y mettre « une espèce de distance » comme le dit à nouveau Lacan : cette distance n’est rien d’autre que le travail. Il faut reconnaître le symptôme comme Autre, puis travailler sur lui jusqu'à ce qu'il devienne le support d'une création. Encore une fois il ne s’agit pas de supprimer le symptôme, si la névrose est constitutive du devenir-sujet, mais de le transformer en « sainthomme ». De la même manière les deux traits classiques de la névrose que sont l'inhibition et le désir de reconnaissance possèdent une valeur salvatrice au-delà de leurs aspects pathologiques. Dans la névrose ordinaire ou pathologique le névrosé veut être reconnu comme sujet déjà constitué, il ne veut pas être reconnu comme quelqu'un qui doit encore devenir sujet. Voilà pourquoi il est inhibé : agir véritablement risquerait de l'exposer à sa condition d'objet fini. Voilà aussi pourquoi il recherche la reconnaissance : il veut que l'autre confirme qu'il est déjà sujet. Or considérée positivement l’inhibition n'est plus seulement incapacité d'agir, elle devient une sorte de suspension critique, elle ouvre un espace où une autre règle peut être cherchée. A son tour le désir de reconnaissance, s’il peut certes être critiqué au nom de l'existence (chercher une confirmation de soi dans l’Autre), peut signifier aussi que le sujet reçoit son identité de Autre vrai. Mais seule une philosophie reprenant le savoir du psychanalyste pose une telle exigence. De leur côté le savoir métaphysique comme le savoir scientifique reposent sur une subjectivité abstraite, qui ne saurait atteindre l'objectivité vraie. Ils peuvent seulement prétendre soit l'avoir atteinte absolument, soit l'avoir atteinte suffisamment. Ces deux formes de savoir ont déjà rejeté la finitude radicale de l'objectivité : elles veulent un objet qui puisse être parfaitement constitué indépendamment du travail du sujet existant. Autrement dit leur objectivité repose elle-même sur une subjectivité abstraite (disons subjectiviste) qui a refusé d'être d'abord objet fini.
NEVROSE, Symptôme, Désir, Autre, LACAN
Dans la névrose, contrairement à la perversion où l’imaginaire se confond avec le réel, l’imaginaire se confond avec le symbolique, c’est-à-dire avec un discours dans lequel la parole singulière et le désir tendent à disparaître. Il faut alors au sujet un « symbolique supplémentaire » : le symptôme, dans lequel le désir demeure refoulé mais continue de se manifester. Le névrosé ne saisit pas directement son désir ; il le comprend à partir de la demande adressée à l’Autre. Le sujet doit ainsi se faire « visage », se présenter à l’Autre, demander et attendre de lui une réponse. Le symptôme constitue l’autre face de ce visage : il interdit, limite, mais révèle en même temps la vérité du sujet. Il ouvre une place à l’autre tout en restreignant sa liberté, notamment dans la relation amoureuse, où cette limitation protège le névrosé, lui évite de renoncer à une certaine relation imaginaire à l'Autre. C’est cette structure qu’il cherche à reproduire dans le transfert avec l’analyste. Le psychotique croit l’Autre pour maintenir la consistance d’un monde pur ; le névrosé, lui, « croit à » l’Autre comme il croit à son symptôme ; il attend de cette croyance qu’elle restaure la cohérence d’un monde apparemment faillé. Le symptôme est précisément cette faille, mais aussi ce qui permet de la supporter. Le névrosé lui attribue donc une signification cachée : il croit que son symptôme lui dit quelque chose, qu’il constitue une énigme susceptible d’être déchiffrée. Le désir peut ainsi subsister sans être directement assumé : il est transformé en signifiant dont la résolution est toujours différée.
NEGATION, Loi, Sujet, Castration, LACAN
Dans la théorie de Lacan, les quatre formules de la sexuation montrent que la négation ne peut être réduite à la négation logique d’une proposition : elle concerne la position du sujet par rapport à la loi. Le “pas-tout” et le “il n’existe pas” introduisent ainsi des formes de négativité qui renvoient respectivement au déni et à la forclusion. Toute négation suppose d’abord l’écriture d’une loi, et toute loi symbolique renvoie au Nom-du-Père et à la loi fondamentale de la castration. La loi signifie toujours qu'il y a quelque chose que le sujet ne peut pas simplement être ou avoir : la castration marque cette impossibilité structurale. Ainsi, lorsque le sujet rencontre la loi, il rencontre en même temps une perte, une limite, un manque. En conséquence, les différentes formes de négation correspondent aux différentes manières dont le sujet cherche à éviter les conséquences de cette loi : dénégation, refoulement, déni ou forclusion. Dans la forclusion, le sujet cherche à éviter quelque chose de beaucoup plus radical que l'acceptation d'une limite dans le monde : il rejette le sujet lui-même et le signifiant du désir hors de l'existence. Le pas-tout constitue une autre manière d’éviter la loi : au lieu de la supprimer, il lui oppose des exceptions et la dénie ainsi partiellement. Même la négation logique ordinaire suppose une position subjective et une identification au père symbolique, représenté ici par le quantificateur existentiel : ∃ x. Reconnaître qu'« il existe quelque chose » qui satisfait une fonction, c'est entrer dans un ordre symbolique où la loi peut être posée et mais tout aussi bien niée. Juranville rattache cette position au mécanisme de la dénégation. Enfin, l’universelle affirmative, apparemment dépourvue de négativité, implique elle aussi une opération négative : poser une loi universelle revient à vouloir soumettre l’Autre à cette loi. L’exemple d’Aristote, « tous les hommes sont mortels », ramène ainsi Socrate à la condition commune. L’universalisation de la loi devient alors un acte de haine contre l’Autre qui prétend échapper à la règle, mais cette haine ne fait qu’accomplir un refoulement : en soumettant l’Autre à la loi, elle efface la négativité primordiale qui était pourtant à l’origine de cette loi.
MODELE, Autre, Liberté, Analyste, LACAN
Tout modèle est un Autre auquel le sujet s'identifie pour construire sa propre identité et produire une œuvre. Cependant, les modèles reconnus socialement sont généralement faux, car ils apparaissent comme achevés, parfaits et dépourvus de toute finitude. C'est le cas aussi bien des modèles de la science que de l'Idée platonicienne ou, plus discrètement, des modèles philosophiques de Kant et de Hegel, où la vérité est supposée déjà présente et non recréée dans l'épreuve de la finitude. La pensée de l'existence (Kierkegaard, Heidegger, Wittgenstein, Lacan) découvre au contraire un modèle authentique : un Autre qui n'impose pas une forme à reproduire, mais ouvre un espace de liberté où le sujet peut assumer sa propre finitude et créer à son tour. L’analyste, ou pour l’analyste lui-même le noeud borroméen, peuvent assumer cette fonction. Certes Lacan refuse toute identification à l'analyste, mais en réalité l'analyste reste bien un modèle. Pourquoi ? Parce que l'analyste occupe volontairement la position d'objet a. Le patient devra lui aussi apprendre à vouloir librement cette position. Il y a donc bien imitation, non d’une personnalité, mais imitation d'une manière d'assumer le manque. Toutefois, cette pensée de l’existence refuse de poser objectivement un modèle véritable, par crainte de transformer la liberté en nouvelle norme. Ce faisant elle reste prisonnière du même refus que la métaphysique classique : celui de reconnaître un modèle vrai, qui soit universel précisément d’ouvrir chacun à son possible propre. Le refus de ce véritable Autre conduit alors à fabriquer de faux absolus — chefs, institutions ou idéologies — qui structurent le monde sacrificiel en produisant domination et exclusion.
OEUVRE, Loi, Réel, Modalité, LACAN
Chez Kant et Hegel, et en général dans la métaphysique, les modalités se développent à partir du possible : ce qui est nécessaire n'est que le déploiement d'une possibilité déjà contenue dans le réel, de sorte que le temps n'introduit aucune véritable nouveauté. À l'inverse, l'existence oblige à partir du nécessaire. Une œuvre accomplie constitue une nécessité, mais cette nécessité ne ferme pas l'histoire : elle s'efface et ouvre la possibilité d'une œuvre nouvelle. On retrouve ici l'intuition de Schelling, qui renverse Hegel en faisant du nécessaire le point de départ de la création. Cette inversion reçoit son expression la plus rigoureuse chez Lacan à travers la théorie des modalités. Le nécessaire est « ce qui ne cesse pas de s'écrire » : la loi, l'œuvre instituée, l'ordre symbolique stabilisé. Le possible est « ce qui cesse de s'écrire » : l'ouverture de la liberté, la sortie du destin figé, la possibilité d'un nouveau commencement. Le contingent est « ce qui cesse de ne pas s'écrire » : l'apparition imprévisible d'une œuvre véritable. L'impossible est « ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire » : le Réel irréductible, ce qui échappe définitivement à toute écriture. Le véritable réel n'est donc pas l'œuvre réalisée, mais l'intervalle entre deux œuvres, le moment où le sujet rencontre sa finitude et où rien n'est encore garanti. C'est ce que Juranville appelle le « temps pur », dont l'Incarnation, selon lui, constitue le modèle suprême. Toute création authentique suppose cette traversée de l'impossible. L'œuvre surgit alors comme événement contingent ; mais, une fois accomplie, elle devient à son tour une nouvelle nécessité, qui ouvrira de nouvelles possibilités. Ainsi se déploie le mouvement fondamental de l'histoire : une nécessité engendre une liberté, la liberté rencontre le réel, le réel permet l'événement créateur, puis cet événement devient lui-même une nouvelle nécessité.
MATHEME, Logique, Existence, Négation, LACAN
L'écriture scientifique repose sur des lois générales, mais elle présuppose toujours une existence qui lui échappe. Lacan reprend les quatre propositions fondamentales de la logique classique (universelle affirmative, particulière affirmative, universelle négative, particulière négative) et les transforme afin de montrer les limites internes de toute écriture logique. L'universelle affirmative (« tous les x... ») exprime simplement la loi. La particulière négative (« il existe un x qui échappe à la loi ») donne sens à cette loi en rappelant qu'elle suppose toujours une existence extérieure au système : le Nom-du-Père. En revanche, Lacan modifie profondément les deux autres propositions. L'universelle négative ne signifie plus simplement que la loi est fausse ; elle affirme qu'il existe quelque chose qui ne peut même pas être entièrement inscrit dans le réseau des lois. La particulière affirmative cesse d'être la simple constatation d'un cas particulier ; elle désigne au contraire ce qui demeure irréductiblement extérieur à toute démonstration logique. À partir de cette réécriture, Lacan distingue deux couples de modalités : le nécessaire et le possible, qui organisent le domaine de la science et des lois ; le contingent et l'impossible, qui désignent ce qui surgit depuis le réel et excède toute formalisation. Le contingent correspond à la rencontre imprévisible, que l'écriture scientifique est structurellement impuissante à codifier. L'impossible désigne ce qui ne peut jamais être complètement intégré dans le langage ou la logique : c’est le réel ou le signifiant pur, représenté ici par le phallus. Le mathème psychanalytique devient alors l'écriture même des limites de toute écriture scientifique. La science écrit le monde ; la psychanalyse écrit ce qui échappe à cette écriture. La science dit comment fonctionne le langage ; la psychanalyse dit pourquoi le langage ne peut jamais tout dire.
MATHEME, Écriture, Parole, Sublimation, LACAN
Juranville affirme volontiers que le mathème de la psychanalyse se tient tout entier dans le schéma L, en tant que “schéma quaternaire de la structure signifiante fondamentale de l’inconscient”. C’est d’autant plus convainquant qu’il réalise et assume un télescopage entre le schéma L initial de Lacan (faussement “intersubjectif”) et la structure logique qui résulte de la réinterprétation, par le même Lacan, plus tardivement, des propositions de base de la logique formelle. Le schéma L de Lacan était destiné à représenter : le sujet, le moi, l'Autre, l'autre imaginaire ; plaqué sur le carré logique, avec Juranville, il prend une dimension beaucoup plus compréhensive, d’où ressort une opposition franche entre l’écriture et la parole. Les modalités du nécessaire et du possible correspondent au domaine où s'organise l'écriture scientifique : le réel est progressivement mis en forme, ordonné, symbolisé. Les modalités du contingent et de l’impossible indiquent les limites de cette même écriture : d'un côté ce qui demeure sans relation dans l’écrit et résiste au symbolique, de l'autre ce qui échappe entièrement à l’écriture et surgit, imprévisiblement, dans la parole. Cette opposition permet à Juranville de distinguer deux positions subjectives - qu’il attribue respectivement à l’homme et à la femme - irréductibles l’une à l’autre et deux rapports foncièrement différents à la sublimation. Qu’il s’identifie au père symbolique ou bien au père réel, celui qui écrit est seulement engagé dans le travail de la sublimation, il produit une œuvre qui n'est pas encore pleinement accomplie. Qu’il s’identifie à la Chose en tant qu’objet ou à la Chose en tant que phallus (hors monde), celui qui parle réalise vraiment la sublimation et produit une œuvre que l’on peut dire « parlante », en ceci qu’elle porte désormais sa vérité propre (elle est devenue vivante, elle parle toute seule).
MATERIALISME, Richesse, Jouissance, Objet a, LACAN
Le matérialisme n'est pas d'abord une philosophie de la matière. C'est une manière d'exister qui refuse la création, l'ouverture à l'Autre et la finitude. L'homme matérialiste demeure enfermé dans la jouissance immédiate et fait de la Richesse une nouvelle idole, remplaçant les anciennes divinités païennes. Le matérialiste demeure symboliquement attaché à la mère, à la jouissance première, au lieu d'accéder, par la médiation du père symbolique (et donc de l’esprit), au vrai désir et à la sublimation. Or la richesse n’est pas condamnable en soi : le riche peut devenir un véritable maître s'il renonce à la simple jouissance de son avoir pour le risquer dans une œuvre, s’il transforme son capital en activité créatrice. Lacan opposait le riche ordinaire au saint ou à l'analyste, qui accepte librement d’incarner l’« objet a », comme pur déchet, à rebours également de l’esclave qui participe (par nécessité vitale) à la production du même objet, cette fois comme plus-de-jouir.
DISCOURS DU MAITRE, Subjectivité, Jouissance, Finitude
L’existant refuse spontanément la subjectivité véritable du discours du Maître et préfère une subjectivité socialement reconnue, déjà présente dans les institutions. Cette subjectivité ordinaire comporte certes une relation à la loi, à l'Autre et à la responsabilité, mais elle demeure enfermée dans une identité qui exclut la finitude radicale et ne cherche finalement qu'à prendre conscience d'elle-même. Ainsi le veut la dialectique du maître et de l'esclave : le maître accèderait d'abord à la reconnaissance par le risque de la mort, puis l'esclave deviendrait véritablement maître grâce au travail et à la culture. Cependant, Hegel demeure prisonnier d'un finalisme où les individus ne sont finalement que les instruments de l'Esprit universel conduisant nécessairement l'histoire vers le savoir absolu. Marx détruit cette illusion en révélant la violence réelle du système social et le mécanisme de la plus-value, mais il n’explique pas véritablement pourquoi les dominés consentent eux-mêmes à leur domination. C’est Lacan qui vend la mèche en mettant au jour la logique de la jouissance : l'esclave préfère conserver sa jouissance immédiate plutôt que d'affronter la finitude radicale et accepte pour cela de céder au maître le plus-de-jouir. Le discours du Maître (certes sous la forme du capitalisme) apparaît alors impuissant à transformer véritablement le sujet, qui reste fixé à la position d'objet-déchet ; mais de son côté le marxisme ne fait qu’exacerber le discours du maître, en prétendant l’abolir, sous la forme du totalitarisme où plus aucun sujet n’a droit de cité. Or n’en déplaise à Lacan et a fortiori à Marx, une subjectivité authentique permet toujours à l'existant de devenir lui-même maître, de communiquer cette même possibilité aux autres, d'accéder à une objectivité véritable et d'instituer un monde juste. Sans réintroduise quelque finalisme ou quelque déterminisme historique, il faut reprendre ensemble l'exigence de justice de Marx et l'idée hégélienne d'un savoir absolu. Le savoir absolu n'est pas un terme nécessaire de l'histoire : il est une conquête obtenue par la répétition indéfinie du combat contre la pulsion de mort et contre l’injustice. Ainsi, loin de supprimer la finitude radicale, la justice et le savoir véritable ne peuvent naître qu'en l'assumant sans cesse.
MAÎTRE, Discours, Subjectivité, Occasion
La pratique philosophique véritable ne peut déployer toute sa portée qu'en étant soutenue par un discours. Cette pratique implique d'abord un « silence vrai », où celui qui agit renonce à toute demande de reconnaissance explicite, laissant la vérité se manifester par ses effets. Mais ce silence doit lui-même être justifié par un discours universellement reconnaissable : c'est le « discours du Maître ». Le Maître n'est pas un dominateur ; il est celui qui, ayant saisi une occasion décisive et réalisé son œuvre propre, devient à son tour une occasion pour que d'autres accèdent à leur autonomie. Son discours institue un monde juste où chacun peut reconstruire intérieurement la loi à laquelle il est soumis. À la différence de la philosophie et de la psychanalyse, qui partent de la contradiction et de la souffrance, le discours du Maître part déjà de la solution et constitue l'horizon vers lequel elles tendent. L'événement historique n'y est plus reçu comme un fait accompli mais comme une occasion créatrice qui appelle une décision subjective. Juranville rapproche d’une part, cette structure de la rationalité en finalité de Weber, où les fins sont librement instituées plutôt que découvertes, et d’autre part du discours du Maître décrit par Lacan. Pour ce dernier le maître introduit le signifiant-maître (S1), qui réorganise les signifiants existants (S2), fait surgir le sujet ($), et révèle l'objet a, c'est-à-dire la finitude radicale. Toutefois le Maître ne peut jamais faire devenir autonome celui auquel il s'adresse : il peut seulement lui ouvrir cette possibilité. La liberté ne se transmet pas. Elle se décide.
LOGIQUE, Science, Modalité, Ecriture, LACAN
À partir de là, Lacan réorganise complètement la théorie aristotélicienne des modalités. Le nécessaire devient ce qui soutient durablement l'écriture symbolique : la loi et le Nom-du-Père. C'est « ce qui ne cesse pas de s'écrire ». Le possible désigne ce qui peut être inscrit dans cette loi, tout sujet susceptible d'y prendre place. C'est « ce qui cesse de s'écrire », c'est-à-dire ce qui peut toujours être réécrit. Le contingent est l'événement imprévisible qui surgit dans le monde sans être déductible des lois existantes. Il « cesse de ne pas s'écrire ». L'impossible est le réel pur, irréductible à toute symbolisation : « ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire ». Contrairement à Aristote, les oppositions changent complètement. Le possible ne s'oppose plus à l'impossible mais au nécessaire. Le contingent s'oppose à l'impossible. Cette nouvelle logique permet de penser ce qui intéresse finalement Juranville : l'histoire. L'histoire authentique n'est pas la simple application de lois générales. Elle est le lieu où surgissent des événements véritablement nouveaux, impossibles à prévoir d’après les règles existantes. Chaque création historique est une contingence qui « cesse de ne pas s'écrire » avant de pouvoir éventuellement être intégrée dans un nouvel ordre symbolique. Cette nouvelle logique ne décrit plus seulement le raisonnement scientifique : elle devient une logique de l'histoire, de la création et de l'émergence de l'événement.
LETTRE, Fétiche, Maitre, Savoir
La lettre est bien le surgissement du savoir et de l'existence, mais elle devient fausse lorsque le sujet la ramène à son identité immédiate et transforme le savoir en privilège réservé à quelques-uns. La lettre devient alors un fétiche, un savoir de maître qui fascine et domine au lieu d'être reconstituable par chacun. Cette « lettre qui tue », selon la formule de saint Paul, caractérise non seulement les traditions initiatiques, mais aussi la métaphysique et même la science positive lorsqu'elles imposent un savoir extérieur à l'existant. Hegel critique justement l'écriture chinoise parce qu'elle favorise une caste de lettrés et empêche l'histoire ; il reconnaît la supériorité de l'écriture alphabétique qui ouvre l'espace de la nomination et de l'histoire. Mais Hegel ne voit pas que la véritable rupture historique passe par la lettre elle-même comme différence créatrice. C’est qu’il refuse “de voir que l’acte même du nom, comme position de la chose ou de l’essence, est différence pure et lettre, ajoute Juranville, c’est qu’il refuse la lettre – et, en fait, l’histoire elle-même, du moins comme rupture radicale" ! La pensée de l'existence retrouve au contraire une lettre authentique : une lettre qui fixe la finitude, suppose l'Autre et peut être transmise à tous sans devenir objet de fascination. Levinas redonne ainsi une dignité philosophique à la lettre en réhabilitant le judaïsme et l'élection, tandis que Lacan affirme que, si « la lettre tue », l'esprit ne pourrait pourtant vivre sans elle ; la lettre devient chez lui passage, ou plutôt “littoral” entre jouissance et savoir. Toutefois, ni Levinas ni Lacan n'acceptent que cette lettre puisse devenir un savoir universel reconnu comme tel. La philosophie doit donc accomplir ce pas supplémentaire.
LANGAGE, Jouissance, Signifiance, Inconscient, LACAN
Il s’agit de répondre à la critique lévinassienne de la jouissance en montrant que la jouissance véritable n'est pas fermeture sur soi mais ouverture à l'Autre à travers le langage. La condition de cette démonstration est que le sens vrai soit objectivement accessible. Or cette objectivité est le langage lui-même. Contrairement à la tradition qui fait du langage un simple instrument exprimant des significations déjà constituées, Juranville soutient, à la suite de Lacan, que la signifiance précède la signification : le langage produit le sens au lieu de le transmettre, qui devient l'objet même de la jouissance. Toute réalité dont nous jouissons n'est accessible qu'à travers une nomination qui l'élève au rang de signification : santé, beauté, citoyenneté ou être lui-même deviennent des objets de langage. La jouissance possède alors une double dimension : corporelle, parce que le signifiant est sensible et matériel, et aussi spirituelle, parce que la signification peut être recréée librement dans la parole. Lacan découvre que l'inconscient est structuré comme un langage et que la jouissance suprême est une jouissance du langage lui-même. Il formule que l'inconscient n'est pas le fait que l'être pense, mais qu'en parlant il jouit. Cependant Lacan ne théorise pas l'objectivité de la jouissance, ultimement comme savoir du sens ; il rejoint par conséquent Levinas dans son refus d’associer quelque autonomie au sujet dans son rapport à la jouissance.
JOUISSANCE, Autre, Phallus, Femme, LACAN
Outre la jouissance prise au signifiant phallus, jouissance phallique, il existe une jouissance non sexuelle, une jouissance du signifiant proprement verbal - sous sa forme aussi bien orale que écrite -, et donc finalement jouissance au savoir. Il s’agit de la jouissance de l’Autre, qui apparaît en même temps que la jouissance phallique, au moment de “l’éclatement de la Chose, précise Juranville, lorsqu’elle énonce le signifiant de la loi, et introduit à la valeur signifiante du phallus”. Cette autre jouissance n’est pas soumise au même semblant que la première, elle est pure jouissance au sens où le signifiant verbal, sur lequel elle repose, “suscite réellement l’illusion de la présence de l’objet absolu, et l’épreuve du manque n’est pas supposée, mais à faire” renchérit Juranville. Cette jouissance n’est pas corporelle au sens phallique, quand le corps ne connait qu’une jouissance partielle, laissant la plus grande partie de l’être en souffrance (précisément parce que le phallus n’est pas l’organe lui servant d’instrument) ; elle serait plutôt “mentale”, non pas jouissance de telle partie du corps ou de tel corps particulier ; elle demeure pourtant corporelle dans un sens plus englobant où le corps est pris dans une unité. Par opposition à la jouissance phallique (qu’elle suppose néanmoins), qui est la jouissance du sujet, elle mérite d’être désignée “jouissance de l’Autre”, jouissance prise au signifiant comme tel, dans sa matérialité évidemment ; et l’on ne parlerait pas de jouissance si le corps n’en était pas le substrat, voire la substance (Lacan définit le corps comme “substance jouissante”). Lacan la caractérise également comme “jouissance supplémentaire” ou “jouissance de la femme”, femme qui n’est “pas-toute” précisément dans la jouissance phallique. “Autre jouissance”, ou bien “jouissance de l’Autre” ? et dans ce cas en quel sens du génitif, objectif ou subjectif ? Juranville fait remarquer que certaines formulations de Lacan, à ce sujet, peuvent prêter à confusion. Pour Juranville il faut partir de la dualité originelle du sujet et de la Chose. Initialement c’est la Chose maternelle, comme “écriture parlante”, qui nomme le signifiant paternel pour le sujet et ainsi éprouverait la jouissance de poser le signifiant de l’Autre : en ce sens la jouissance de l’Autre serait la jouissance que l’on prend à l’Autre. Avec le risque que le sujet, de son côté, ne fasse de la Chose (maternelle) son objet réel de jouissance (retour à la jouissance du “même”). Si généralement cela ne se produit pas, c’est que la femme, pour l’homme, est également cette Chose, cet Autre réel. C’est bien pourquoi la “jouissance de l’Autre” est également “l’autre jouissance”, cette jouissance que la femme éprouve en tant que telle, et toujours singulièrement. La jouissance de l’Autre est dont bien essentiellement la jouissance qui caractérise l’Autre (génitif subjectif).
JOUISSANCE, Sexualité, Phallus, Semblant, LACAN
Pour qui se confronte au réel, au-delà des mots, la jouissance sexuelle (ou phallique) est l’épreuve d’une première vérité, mais qui demeure partielle voire leurrante, “solidaire d’un semblant” dit Lacan. L’acte sexuel est inséparable d’une angoisse, y compris et significativement dans l’orgasme, puisque le sujet traverse alors l’épreuve de sa castration. Mais cette castration peut être contournée et la jouissance du semblant peut-être prolongée, par exemple dans le symptôme du névrosé, qui n’est rien d’autre qu’une forme de jouissance sexuelle, voire d’un “semblant” de rapport sexuel : cela maintient « l’illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s’écrire » comme le dit Lacan, un semblant de rapport sexuel aux couleurs de l’amour, lui-même illusoire.
JOUISSANCE, Castration, Chose, Phallus, LACAN
La jouissance sexuelle ne désigne rien d’autre que la jouissance phallique. Dans sa relation avec l’Autre, quand le désir du sujet rencontre le désir de l’Autre, c’est en réalité la Chose, cela dont on jouit, qui lui apparaît ponctuellement tandis que lui-même se fait phallus, celui qui jouit. Mais il n’est phallus jouissant qu’en tant que posé comme signifiant par l’Autre. Et en même temps que la Chose, c’est aussi la mort qui se présente au sujet, c’est la castration qui lui est infligée, car la jouissance phallique en tant que sexuelle demeure partielle et limitée, le reste du corps restant en souffrance. “C’est en même temps qu’il y a accès à la Chose et castration” écrit Juranville.
JOUISSANCE, Signifiant, Temps, Corps, LACAN
La jouissance a bien un rapport avec le sensible et avec le corps, mais dans la mesure où celui-ci est le lieu d’une signifiance. “Un corps, cela se jouit. Cela ne se jouit que de se corporiser de façon signifiante” dit Lacan. Or la plénitude de la jouissance se déroule dans une temporalité non mondaine qui est épreuve du temps réel, une temporalité différente de celle du bonheur, laquelle se déroule dans le temps imaginaire. La jouissance du corps est donc toujours une jouissance du signifiant, qui “ne consiste pas simplement à être selon le signifiant, mais à poser le signifiant comme signifiant... c’est l’épreuve de la signifiance comme telle” précise Juranville.


