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GRÂCE, Individu, Autre, Résurrection

La grâce est le principe subjectif de l’individualité, parce qu’elle permet de tenir ensemble autonomie (le sujet est lui-même) et altérité (il est reconnu par l’Autre). Or c’est précisément cette unité qui définit, pour Juranville, l’individu accompli. Si l’individu surgit d’abord dans la solitude, s’il s’accomplit ensuite dans l’oeuvre, c’est bien la grâce qui rend possible ces moments : ouvrant l’espace de la solitude, elle permet la production de l’œuvre, puis se communique à travers celle-ci. On peut distinguer trois formes de grâce. D’abord une forme extérieure ou phénoménale, quand untel est reconnu par les autres comme “ayant la grâce” : on lui reconnait déjà autonomie (il agit librement) et altérité (il est validé par les autres). Ensuite une forme intérieure ou existentielle, quand l’existant reçoit la grâce de l’Autre absolu et peut en témoigner : elle est vécue comme une résurrection (sortie de la déchéance). La vie du sujet devient alors un chemin orienté par le modèle du Christ. Enfin une forme essentielle ou réelle, qui intervient seulement lorsque la grâce peut être transmise à un Autre, qui est toujours un individu. Pas d’individu sans transmission de la grâce. Kierkegaard a développé amplement ce thème de la grâce en lui donnant sa pleine dimension existentielle - pour lui la vérité est transmise d’individu à individu, et sous condition donnée par le Christ - mais il se refuse à en tirer les conséquences philosophiques. La nouveauté décisive vient avec la psychanalyse, laquelle pose qu’un savoir vrai - le savoir inconscient - se transmet effectivement par la grâce. La philosophie doit alors reconnaître ce mode de transmission et l’assumer pour elle-même, tout en produisant un savoir rationnel.


“L’individu est enfin grâce, qui est son principe subjectif. Ce qu’il faut, pour que l’existant aille jusqu’au bout, par l’œuvre, de son être d’individu, c’est qu’il affirme, avec cette œuvre, l’autonomie et en même temps l’altérité. Or autonomie et altérité, cela définit selon nous la grâce. Grâce qui fait que l’autre existant pourra reconstituer, par lui-même, toute l’objectivité de l’œuvre. Et donc, d’une part, grâce qui garantit la reconnaissance par l’Autre ; d’autre part, grâce qui fait, de cet Autre, de l’autre existant, lui aussi un individu (pas d’individu qui ne se rapporte à son Autre fini comme lui aussi individu) ; et, enfin, grâce que l’existant doit supposer au principe de son être propre d’individu. Face à la solitude comme l’acte ou l’avènement de l’individu, et à l’œuvre comme ce par et dans quoi il s’accomplit, la grâce est ainsi le principe subjectif de l’individu.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT

FOI, Résurrection, Oeuvre, Autonomie

L’autonomie consistant à assumer la finitude radicale est d’abord rejetée par l’existant, même lorsqu’il en a reçu les conditions. Ces conditions sont données dans les trois moments christiques : l’Incarnation (grâce pour affronter l’exclusion essentielle et commencer l’œuvre), la Passion (grâce pour traverser le sacrifice inhérent au travail de l’œuvre) et surtout la Résurrection, qui garantit que l’épreuve de mort ne sera pas le dernier mot et que l’œuvre pourra atteindre sa consistance. Saint Paul aussi bien saint Jean ont insisté sur le fait que sans Résurrection la foi serait vide, qu’elle ne pourrait soutenir l’engagement et le travail de l’oeuvre jusqu’au bout. La Résurrection fonde ainsi la possibilité d’une autonomie durable face à la finitude. Toutefois, l’existant rejette d’abord cette foi véritable et préfère s’identifier à une totalité sociale qui lui évite l’épreuve de la finitude et entrave son individualité.


“L'autonomie dans laquelle il s'agirait d'assumer la finitude (ou pulsion de mort) venue de l'hétéronomie primordiale, cette autonomie fait problème pour l'existant. Et cela quand bien même il a reçu les conditions de pareille autonomie. En l'occurrence pour la foi véritable, une grâce nouvelle venue du Christ. Après la grâce de l'Incarnation pour l'exclusion essentielle où, s'engageant dans l'œuvre, l'existant va avoir à s'affronter à cette finitude : le Christ, par l'Incarnation, l'a déjà fait. Après la grâce de la Passion pour le sacrifice essentiel où, menant le travail de l'œuvre, l'existant traverse l'épreuve de cette finitude : le Christ, par la Passion, l'a fait aussi. La grâce nouvelle est maintenant, pour la foi véritable qui traverse l'épreuve jusqu'à ce que l'œuvre soit accomplie, ait atteint sa consistance, celle de la Résurrection du Christ. Résurrection annonçant celle des humains dans leur chair d'hommes, et d'abord de la vie de l'œuvre après que, dans l'épreuve, elle a semblé s'abimer dans sa mort, dans son inconsistance. Que la Résurrection du Christ soit décisive pour la foi véritable, sans elle menacée, saint Paul l'a dit : « Si Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi » (1 Corinthiens, 15, 14). Que cette Résurrection enfin donne à l'existant toutes les conditions pour tenir ferme sa foi - en sachant qu'après l'épreuve de mort du travail de l'œuvre viendra le bonheur de vie de l'accomplissement, de la consistance de l'œuvre achevée -, que la Résurrection du Christ annonce la résurrection des morts, c'est ce qu'affirment aussi bien saint Paul (« Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi, par sa puissance», ibid., 6, 14) que saint Jean («Jésus lui dit : "Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, quand il sera mort vivra, et quiconque croit en moi ne mourra jamais", Jean, 11, 25).”
JURANVILLE, UJC, 2021  

EVENEMENT, Fait, Occasion, Rupture

Lorsque l’événement surgit, le sens imprévisible qu’il apporte est d’abord rejeté. L’événement ne s’accomplit que si, et lorsque, l’existant finit par répondre à son appel, jusqu’à faire totalité avec lui. Or totalité et réalité définissent le fait, soit l’événement objectivé, posé, tel qu’il s’est accompli dans la réalité. En ce sens, le fait est l’objectivité absolue de l’événement. Poussé à son terme ultime, le fait est l’histoire elle-même, intégralement déployée. Le savoir philosophique rencontre donc l’événement d’abord sous la forme du fait, c’est-à-dire comme ce qui est désormais là, constitué, achevé. Mais cela ne suffit pas. Pour que l’événement soit véritablement événement, il ne doit pas seulement être posé comme fait : il doit apparaître comme engageant l’existant à répondre. Cela exige deux conditions conjointes : l’altérité, car l’événement vient de l’Autre ; mais aussi une altérité voulue à partir de l’identité, c’est-à-dire assumée librement par l’existant. Or altérité et existence définissent l’occasion. L’occasion est ce par quoi l’événement devient possible pour l’existant. L’occasion est la subjectivité absolue de l’événement : elle est ce par quoi l’événement s’accomplit en entraînant l’existant à devenir le sujet de cet événement et à en reconstituer le sens. Comme l’écrit Juranville : “face au fait qui est l’événement en tant que posé, l’occasion est l’événement en tant que posant”. L’occasion est essentielle pour toute création authentique, c’est-à-dire non dérivée d’une identité déjà constituée. Et cette occasion est l’amour reçu de l’Autre, dont la forme paradigmatique est la Passion du Christ : pure disponibilité à l’Autre, “jusqu’à souffrir infiniment par lui” ajoute Juranville. Comment savoir si l’existant a véritablement accueilli l’occasion essentielle ? Il le prouve en renonçant à son identité toujours déjà là et anticipée ; en refusant la temporalité ordinaire, fondée sur la projection et la continuité. Or cette négation, liée à une temporalité nouvelle, définit la rupture. La rupture qui est l’altérité absolue de l’événement, et son essence même, ce qui lui permet de s’accomplir jusqu’au bout (à partir du moment où, venue de l’Autre, elle est répétée par l’existant). La forme suprême de cette rupture est la Résurrection, laquelle rompt avec le paganisme (l’écrasement de l’individu dans le tout) voire avec l’individualisme (constitution de l’individu comme tout illusoire), pour affirmer une autre figure de l’existence, celle d’un individu singulier, qui traverse la passion et la mort, et qui ressuscite.


“Pas d’œuvre sans cette occasion essentielle qu’est l’amour reçu de l’Autre. Kierkegaard : « Il manque toujours quelque chose aux œuvres créées sans occasion » et « une création est une production à partir de rien" c’est l’amour qui fait la force du rien. Et c’est pareille occasion essentielle qu’est suprêmement le Sacrifice du Christ comme Passion, pour autant que le Christ s’y fait entièrement pour l’Autre au point de souffrir infiniment par lui, et que cependant il entre dans cette Passion de manière absolument libre et sans jouir aucunement de cette souffrance - ce que des humains ne pourraient éviter.”
JURANVILLE, HUCM, 2017

CHRIST, Sacrifice, Finitude, Evénement

L’événement initial qui intervient contre le système sacrificiel est le Sacrifice du Christ, entendu comme ce qui met fin à ce système, et cela sous trois modalités. D’abord l’Incarnation par laquelle le Fils absolu s’incarne dans le Christ et se fait homme : il éprouve alors toute la finitude de l’humain et la reveut comme bonne (ce qui distingue radicalement le Christ de toute logique tragique ou héroïque). Incarné, il n’est plus idole mais pleinement l’Autre (absolu) de l’existant, qui est également et pleinement son Autre. Ensuite la Passion, par laquelle le Christ se fait jusqu’au bout Fils de l’homme, assumant la finitude humaine dans sa forme la plus extrême, celle du déchet et de la victime produite par le système sacrificiel. En s’affirmant comme Dieu, il provoque et assume cette Passion afin de dénoncer le système sacrificiel comme haine contre Dieu, et comme haine détournée contre la victime. Enfin la Résurrection, par laquelle le Christ triomphe du système sacrificiel et de la pulsion de mort qui le soutient. Il se révèle alors comme Fils de Dieu, Dieu comme Fils, et peut, par la grâce qu’il dispense, libérer les hommes de la superstition et leur pardonner leur péché, c’est-à-dire leur participation au système sacrificiel, pour autant qu’ils consentent à en limiter l’emprise à ce qui peut être revoulu dans une relation authentique à l’autre homme.


“Poursuivons par l’événement initial qui intervient contre le système sacrificiel : c’est le Sacrifice du Christ. Si le Christ intervient contre le système sacrificiel, c’est d’abord par l’Incarnation. Incarnation par laquelle le Fils absolu, s’incarnant dans le Christ, se faisant homme (c’est le paradoxe si puissamment dégagé par Kierkegaard), s’engage à revouloir comme bonne la finitude radicale de l’humain – en général, mais aussi là même où elle a entraîné ce dernier dans le système sacrificiel et le paganisme. Incarnation par laquelle l’Autre absolu se montre comme n’étant pas l’idole, mais l’Autre absolu vrai, pour lequel l’existant est son Autre.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT

MORT, Jugement dernier, Pulsion de mort, Résurrection, SAINT AUGUSTIN

Dans La Cité de Dieu, Saint Augustin aborde le Jugement dernier où chacun sera jugé sur ses œuvres. Le Christ revenu séparera alors les justes des méchants, établissant les premiers dans la résurrection de l'esprit et de la chair, dans la béatitude éternelle. Les méchants, quant à eux, seront condamnés à ce qu'Augustin appelle (après l'apôtre Jean) la "seconde mort", infiniment pire que la première : « là, les hommes ne seront plus avant la mort ni après la mort, mais toujours dans la mort, et ainsi jamais vivants, jamais morts, mais mourants sans fin » et « il n'y aura pour l'homme rien de pis que lorsque la mort elle-même sera sans mort ». Ce châtiment éternel où l'âme et le corps seront éternellement unis dans la souffrance correspond à ce que la psychanalyse appelle la "pulsion de mort", tourment ordinaire de celui qui s'éloigne de la pulsion de vie, qui refuse "l'ouverture existante et aimante à l'Autre" (Juranville).


"Seconde mort qui est pour nous enfermement dans cette pulsion de mort qui fait l'enfer quotidien de l'homme pécheur, mais qui peut toujours être reprise (et alors on y échappe) dans la pulsion de vie et l'ouverture existante et aimante à l'Autre."
JURANVILLE, 2015, LCEDL

CHRIST, Incarnation, Passion, Résurrection

Incarnation, Passion et Résurrection sont trois noms pour désigner cet événement majeur, et même fondateur de l'histoire, qu'est le sacrifice du Christ. Ce sont les trois étapes nécessaires de l'intervention divine par laquelle se prépare, s'effectue, et s'accomplit la mise en question du système sacrificiel pervers des humains. L'Incarnation démontre que la chair n'est pas fondamentalement mauvaise, malgré la finitude et donc aussi malgré l'existence du péché charnel (concupiscence), qu'il existe une chair et une sensibilité bonnes, compatissantes et aimantes (la chair du Christ, idéalement). La Passion dénonce l'injustice de ce système sacrificiel, et la haine que le sujet social éprouve inévitablement contre Dieu, le Prochain, l'Autre en général. Cette injustice, le dieu fait homme la subit et l'assume librement (dans la souffrance et jusqu'à la mort, non dans la jouissance bien sûr - qui serait celle du fanatique), par son sacrifice. La Résurrection prouve que la vie triomphe finalement de la pulsion de mort, non seulement pour le Christ mais également pour tout homme qui aura - notamment par ses oeuvres - réussi à dépasser la haine sacrificielle et la finitude en général pour les réduire à leurs formes minimales, socialement acceptables dès lors que les sujets ne sont plus empêchés d'entrer dans leur individualité et d'y gagner leur autonomie.


"La mise en question par Dieu du système sacrificiel s’accomplit dans la Résurrection de l'homme Jésus dans lequel Dieu comme Fils s’est incarné. Résurrection qui est triomphe sur la pulsion de mort. Cette résurrection annonce celle de tous les hommes dans la mesure où, dépassant leur haine sacrificielle à eux, la réduisant à ses formes minimales dans le cadre de la relation à l’Autre, de l’amour pour l’Autre, ils entrent dans leur individualité et traversent pour elle leur passion propre - car l’entraînement sacrificiel est toujours là dans le monde social et il se manifeste toujours contre l’individu, fût-ce sous une forme limitée. À partir de quoi ils pourront un jour instituer un monde où l’individu ait sa place. C’est cela, Incarnation, Passion, Résurrection, qu’on appelle ici le sacrifice du Christ. Et dont on a essayé d’établir qu’il est bien, pour l’homme, l’événement par excellence de l’histoire."
JURANVILLE, 2017, HUCM

CHRIST, Médiateur, Messie, Sacrifice, SAINT AUGUSTIN

Pour faire cesser toute complaisance dans l'injustice, et ainsi assumer la finitude, il est nécessaire comme l'énonce Saint Augustin d'en appeler à l'intervention d'un médiateur - entre le masculin et le féminin (et leur illusoire complémentarité), entre la vie et la mort, entre l'humain et le divin. Cette figure quasi-universelle que l'ethnologie a désigné sous le nom de trickster (le tricheur, celui qui ne joue pas le jeu), il convient de l'élever à sa fonction de Messie, soit un homme qui, au-delà de son rôle local de "fusible", de régulateur d'une forme sociale déterminée, remplisse la mission de mettre en cause pour tous les hommes le système social sacrificiel. Le seul médiateur vrai agissant pour la créature humaine au nom de l'Absolu créateur ne saurait être que le Christ, lui qui d'abord en tant Fils de Dieu s'est incarné en la personne de Jésus, prouvant ainsi que péché n'est pas constitutif de la chair (voulue par Dieu) mais de la (mauvaise) volonté humaine ; lui ensuite qui s'est sacrifié, qui a souffert la Passion jusqu'à son terme pour dénoncer justement le système du sacrifice, prouvant ainsi son amour pour les hommes ; lui enfin qui a ressuscité, prouvant ainsi la véracité de la parole divine et l'existence effective d'une justice, applicable à tous les hommes.


"Celui qui, pour le sujet social, pour le peuple, peut effectuer la mise en question du système sacrificiel est donc bien le médiateur. Mais pour autant seulement que, au lieu d’être considéré comme devant être aboli sacrificiellement au nom de l’Autre absolu faux ou idole, il apparaît comme l’envoyé de l’Autre absolu vrai, l’« oint » du Seigneur, le messie – envoyé pour dénoncer ledit système et témoigner que le vrai Dieu ne veut pas de tels sacrifices et se tourne de lui-même, par amour, vers les hommes. Celui qui, pour saint Augustin, est le Fils incarné – car « si, comme c’est beaucoup plus probable, tous les hommes sont nécessairement malheureux aussi longtemps qu’ils sont sujets à mourir, il faut chercher un médiateur qui non seulement soit homme, mais aussi soit Dieu » ".
JURANVILLE, 2010, ICFH