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NORME, Identification, Oeuvre, Autre

Comment le sujet passe-t-il de la simple supposition d’une objectivité vraie à sa position effective comme norme juste : ce passage s’accomplit par l’identification, principe subjectif de la norme. Refuser l’objectivité vraie revient d’abord à ne pas reconnaître la victime sacrificielle comme Autre, puis à rejeter le sujet social et enfin l’Autre absolu hors de toute vérité. L’identification consiste au contraire à constituer son identité dans la relation à l’Autre, et elle est donc le mouvement même de l’œuvre. C’est pourquoi elle va traverser les quatre structures : identification à l’objet, correspondant à la perversion, où le sujet accepte d’être objet fini de l’Autre ; identification au sujet, correspondant à la névrose, où il affirme sa subjectivité contre l’objectivité sacrificielle ; identification à l’Autre, correspondant à la sublimation, où il reçoit de l’Autre la vérité et peut la faire reconnaître ; enfin identification à la Chose, correspondant à la « bonne psychose », où il assume son autonomie réelle de fini et devient créateur. Le mouvement s’achève ainsi dans la création, qui pose objectivement la Chose originelle. L’identification est donc l’essence de la norme, tandis que la création est l’essence de la loi ; mais la création ne peut devenir sociale que par l’identification. Pourtant, le sujet ne mène généralement pas ce mouvement jusqu’au bout : le monde social reconnaît alors une norme injuste, qui contient des références et des épreuves de finitude mais en rejette la radicalité. Cette norme se fait passer pour juste et fixe socialement le refus de l’oubli essentiel. La pensée de l’existence objecte qu’une norme juste socialement reconnue redeviendrait nécessairement une norme ordinaire et sacrificielle. Mais bien sûr c’est le contraire qui se produit : l’exclusion de toute reconnaissance sociale de la norme pure qui abandonne entièrement le monde à la norme injuste. La tâche est donc de faire entrer dans le monde social l’objectivité vraie issue de l’existence, sans perdre la finitude qui la fonde. ll ne s’agit pas seulement de sauver l'existence contre le monde, il s’agit de transformer le monde à partir de l'existence.


“Ainsi, s’établissant dans la relation à l’Autre, le sujet se fait d’abord objet fini de cet Autre, jusqu’à se constituer comme objet absolu. Identification à l’objet. Perversion. Mais il se heurte en lui-même à la passion sacrificielle, par quoi il fait porter à une victime tout le poids de l’objet-déchet et s’arrête à une objectivité fausse. Contre cette passion sacrificielle par laquelle le fini en général est d’abord pris, il s’engage alors, comme sujet, à introduire, au-delà de l’objectivité ordinaire, finie et fausse, l’objectivité vraie, absolue. Identification au sujet. Névrose. Mais il se heurte à l’irréductible passion sacrificielle du sujet social et, pour autant qu’il s’y oppose directement, il y retombe en fait lui-même, rejetant hors de toute vérité ledit sujet social. De l’Autre seul, et éminemment de l’Autre absolu, peut alors venir, par grâce, élection et foi, la vérité, tant du sujet social que de celui qui, individuel, veut mener jusqu’au bout le mouvement de l’identification. Celui-ci pourrait dès lors faire reconnaître de tous l’objectivité vraie. Identification à l’Autre. Sublimation. Mais il se heurte au fond ultime de la passion sacrificielle, par quoi il constitue sans cesse l’Autre faux qui n’a pas d’Autre. Ce qu’il dépasse pour autant qu’il se reconnaît enfin dans son autonomie réelle de fini. Identification à la Chose. Psychose. Qui porte tout le mouvement de l’identification. Bonne psychose, celle de la création, où la Chose originelle se pose comme telle.”
JURANVILLE, 2000, JEU

NORME, Objet, Désir, Finitude

Une référence (Dieu, une oeuvre, un penseur) peut-elle réellement produire une norme juste, ou risque-t-elle toujours de devenir une référence vide, fétichisée, et finalement mensongère ? La réponse est que la référence (acte de la norme), et donc la norme elle-même, ne s'accomplit véritablement que dans l'objet. L’objet est éminemment désirable, et d’abord comme objet absolu. Mais comme tel il ne se donnerait jamais au sujet s’il ne se faisait lui-même, par grâce, objet fini et accessible. Désirer réellement l’objet implique alors que le sujet accepte d’être lui-même objet, d’abord absolu puis fini, de cet Autre. Comme il fuit d’abord sa finitude, il doit répéter cette épreuve jusqu’à vouloir et revouloir librement son propre être d’objet fini : c’est ainsi que l’objet devient effectivement objectif et que le sujet lui-même devient objectif. Cette objectivation s’accomplit d’abord dans l’œuvre, où la Chose originelle (l’objet absolu) est reconstituée auprès de tout Autre, puis dans le savoir, où elle est reconstituée comme principe et où le sujet répond aux objections de tout Autre. Pour le sujet individuel, le savoir vrai est suprêmement psychanalytique ; pour le sujet social, philosophique. Lacan, avec l’objet a, indique déjà une objectivité nouvelle : objet fini, lié à l’Autre, à l’existence et à l’angoisse, mais précisément non réductible à l’objectivité scientifique. Ainsi dans la cure, l’analyste se donne comme objet fini parce qu’il est supposé objet absolu par son savoir, afin que le patient accepte à son tour son objectalité et puisse reconstruire son objectivité. La philosophie, contrairement à la psychanalyse, prétend à une objectivité universelle. Mais cela ne veut pas dire qu'elle puisse se suffire à elle-même : la philosophie ne devient véritablement objective que par la grâce qu'elle dispense au sujet social et par la référence ultime au Dieu de la Révélation. Seul ce Dieu rend pensable une objectivité absolue qui soit en même temps compatible avec la finitude.


“Comment, pour le sujet, empêcher que la référence vraie qu’il proclame, concept d’être ou d’inconscient, Dieu de la Révélation, telle œuvre, tel poète ou penseur, ne se transforme en référence vaine ou carrément fausse ? Comment montrer que tout fini, s’il s’oriente sur une telle référence vraie, peut, à partir de son réel existentiel, reconstituer objectivement la signification elle-même vraie ? Comment donner vérité objective à la norme comme norme du monde juste ? Par l’objet. Lequel est ainsi, au-delà de la référence qui est l’acte de la norme, ce dans quoi la norme s’accomplit.”
JURANVILLE, 2000, JEU

NORME, Signification, Réalité, Perversion

Partons d’une difficulté fondamentale propre à toute pensée de l’existence. Le sujet a reconnu la finitude radicale, et cette reconnaissance provoque ce que Juranville appelle l’oubli constitutif : confronté à la finitude, l'homme perd précisément l’objectivité qu’il croyait posséder. La signification qu’il croyait immédiatement vraie se révèle en partie fantasmatique. Parallèlement le « fini » a reconnu qu’il existe une loi vraie, c’est-à-dire une loi qui ne se confond pas avec les règles effectives du monde social. Mais cette découverte ne suffit pas : le sujet risque constamment de retomber dans la loi courante et fausse, avec ses mécanismes sacrificiels. Il faut donc accomplir un mouvement supplémentaire : reproduire objectivement la signification vraie de la loi vraie. C’est ce passage de la loi intérieurement reconnue à une réalité objectivement instituée qui conduit à la norme. La norme est ce qui permet de reconstruire l’objectivité après que la finitude l’a fait s’effondrer. La loi correspondait essentiellement à la signification, dans sa nécessité ; la norme ajoute à cette signification sa réalisation dans la réalité. Certes ce qui est légal est conforme à la loi, et ce qui est normal est conforme à la norme, mais la conformité n’a pas le même statut. Pour la loi, elle est simplement constatée : une loi est loi indépendamment du fait que les individus la réalisent effectivement ; sa validité tient à sa cohérence et à sa nécessité internes. La norme est différente : elle n’est norme que parce qu’une réalité doit effectivement se conformer à elle. Mais la norme ne signifie pas simplement que le réel est effectivement conforme à une règle extérieure. Elle suppose que le réel se sache et se veuille conforme à la signification. C’est ici qu’apparaît l’Autre. Être conforme à la norme signifie : « se savoir et se vouloir objet de l’Autre », c’est-à-dire quelque chose qui peut être reconnu, désigné, qualifié et intégré dans une objectivité commune. C’est exactement ce qui permet à Juranville de faire intervenir la perversion, après avoir évoqué le fantasme. Si la finitude avait transformé d'abord l’objectivité supposée en fantasme, cela ne signifie pas que le fantasme soit simplement une illusion à éliminer. En affrontant jusqu'au bout la finitude, on peut donner vérité au fantasme. On sait que dans la perversion le sujet s’identifie à l’objet (comme dans la psychose il s’identifie à la Chose, source de la signification qui fait loi) : la norme est la signification qui vaut comme objet, c’est-à-dire comme quelque chose qui « convient à l’Autre ». La perversion est donc ici le mode selon lequel le sujet entre dans le rapport à la norme objectivement réalisée. Ce n’est pas la perversion pathologique, qui utilise l’objet pour éviter la vérité de la finitude ; mais la « bonne perversion », qui assume positivement la position d’objet afin de participer à l’institution de la norme du monde juste. Monde juste qui n’est donc pas simplement un monde où une loi vraie serait reconnue, mais un monde où cette loi est objectivée dans des normes effectivement vécues et voulues.


La norme est ainsi ce par quoi s’accomplit l’oubli – de même que la loi est ce qui fait oublier, ce qui appelle à oublier et ce que, finalement, l’oubli essentiel oublie. Norme par laquelle le fini n’en reste pas, comme le voulait la pensée de l’existence, à la simple supposition d’une loi vraie, purement intérieure et, en cela, fantasmatique. Cette norme est celle du monde juste, où chacun aura reçu les conditions pour s’affronter à l’oubli et pour, instituant (ou réinstituant) la norme, recréer la loi comme il le doit.”
JURANVILLE, 2000, JEU

NEVROSE, Règle, Norme, Bonheur

Le sujet ne peut effectuer le choix essentiel qu’en assumant sa tendance originaire au non-choix, c’est-à-dire sa culpabilité, et en visant un bonheur vrai attesté par son œuvre. Le bonheur socialement reconnu est au contraire un bonheur faux, qui ignore la finitude et ne se maintient que par le sacrifice. Même le bonheur vrai peut rester impuissant s’il refuse, au nom de la finitude, de devenir objectivement reconnaissable. Pour rompre avec le bonheur faux, il faut donc s’opposer non seulement à l’objectivité commune, mais à la subjectivité commune du monde social. Il faut nier non plus la norme qui ordonne le monde, mais la règle qui détermine les possibilités du sujet. C’est en ce sens que Juranville définit la névrose comme négation de la règle, face à la perversion comme négation de la norme et à la psychose comme négation de la loi. Le pervers révèle la finitude mais s’offre aussitôt comme objet destiné à la combler, détournant ainsi du travail de l’œuvre. Le névrosé, lui, se présente comme celui qui affronte librement la finitude, mais veut aussitôt être reconnu comme sujet absolu et refuse d’être lui-même objet pour l’autre. Sa contradiction explique la dérision, l’exclusion et parfois le sacrifice dont il fait l’objet. Pourtant cette névrose ordinaire contient une vérité : le sujet refuse de sacrifier sa différence à la jouissance de l’Autre. “Et bien sûr il n’a pas tort”, comme le dit Lacan… Juranville, lui, propose d’élever cette résistance à une « névrose vraie », où le sujet refuserait d’être objet de l’Autre afin de préserver sa subjectivité, tout en acceptant réellement la castration et la finitude. Cette névrose positive nierait la règle du monde sacrificiel pour introduire celle du monde juste, partant du principe que le monde social lui-même apparaît comme fondamentalement névrosé : il prétend se soumettre à la loi de l’Autre divin tout en refusant, par le sacrifice, la subjectivité autonome que cette loi devrait rendre possible. C’est en ce sens que la religion peut ainsi être comprise, avec Freud, comme la « névrose universelle de l’humanité ».


“C’est cette névrose ordinaire, certes négative, que  nous voulons ici élever à sa vérité. Du névrosé qui « refuse de sacrifier sa castration à la jouissance de l’Autre », Lacan dit lui-même : « Et bien sûr il n’a pas tort, car, encore qu’il se sente au fond ce qu’il y a de plus vain à exister, pourquoi sacrifierait-il sa différence (tout mais pas ça) à la jouissance d’un Autre ? C’est cela que le névrosé ne veut pas. Car il se figure que l’Autre demande sa castration. » Disons autrement. N’y a-t-il pas, de fait, une névrose vraie et positive à proclamer ? Une névrose où le sujet refuse d’être objet de l’Autre, mais parce que, étant ainsi objet, il devrait renoncer à toute véritable subjectivité absolue (sa « différence », son unicité d’individu) ? Une névrose où il nie la règle du monde sacrificiel, mais pour introduire celle du monde juste ? Une névrose qui, certes, ne sera vraie que pour autant qu’elle accepte le sexuel dans sa finitude primordiale (la castration) ? Qui plus est, le monde social commun, qui condamne la névrose de tel ou tel, n’est-il pas lui-même le lieu de la primordiale névrose pathologique ? Ne se veut-il pas, en son fond religieux, sujet parfaitement soumis à la loi de l’Autre divin, alors qu’en même temps il rejette, par le sacrifice, la possibilité de la subjectivité vraie ?”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

DROIT, Politique, Existence, Norme, SCHMITT, HEGEL

Soit la distinction schmittienne de la norme, de la décision, et de l'ordre comme caractérisant toutes trois le droit, mais aussi trois types de pensée juridique. La norme est bien le contenu objectif du droit, mais elle doit être instituée par un acte politique en fonction des imprévus de l'histoire, c'est à dire aussi bien de l'existence. Finalement il s'agit de rendre les normes contraignantes, c'est pourquoi, pour parer à tout arbitraire, l'Etat et à travers lui le droit se manifestent comme ordre. Schmitt fait volontiers référence à Hegel : « L’État hégélien n’est ni la norme des normes ni une décision souveraine pure. Il est l’ordre des ordres, l’institution des institutions. » Le risque - singulièrement ignoré par Schmitt - est que l'Etat s'identifie lui-même à l'ordre (si ce n'est à l'Esprit hégélien), quand cet ordre devrait se limiter à garantir l'état de droit, s'effacer comme Tout politique pour préserver son Autre qu'est le citoyen, l'homme, ultimement l'individu.


"Mais, pour toute pensée qui affirme l’existence, cet Autre absolu qu’est l’esprit (l’esprit comme savoir de la liberté) ne peut pas simplement déterminer le droit (le droit comme savoir de la finitude) en donnant l’ordre et en se montrant lui-même au sommet de cet ordre : il risquerait de n’être alors que le Même ignorant son Autre. Il doit au contraire s’effacer en proclamant le droit de l’homme comme son Autre, de l’homme comme individu. Se faire cause matérielle. Laisser place au risque inévitable du matérialisme. Or cette société de droit ne s’établit pas toute seule, naturellement, par un pur déploiement de la raison, comme Hegel l’envisageait. Elle doit être instituée. Et cela précisément par l’acte politique de la philosophie. Car la politique vise constitutivement à établir par un acte le droit naturel juste contre un droit positif injuste, à introduire une nouvelle situation normale, celle qui porte la norme pure de l’État de droit. État de droit qui est la fin qu’envisage toute politique, il faut le dire contre Schmitt."
URANVILLE, 2010, ICFH

DEMOCRATIE, Opinion, Philosophie, Norme, PLATON

La philosophie à la fois suppose la démocratie (elle ne pouvait naître que sous un régime laissant une place à la parole de l'individu) et accomplit la démocratie, en ceci qu'elle éduque le peuple au sens critique afin que le débat rationnel et éclairé prenne le pas sur la simple "opinion". L'opinion n'est pas fausse en soi, elle est avant tout irréfléchie et mimétique ; elle se contente d'opiner, de dire oui aux idées préconçues, aux normes établies, ce qui motivait déjà les réserves de Platon l'égard d'un tel régime. Celui qui opine ne remet pas en cause les identités immédiates ou déjà-là, il tend à répéter et à valider dans son discours les normes les plus traditionnelles, les plus communément admises et souvent les plus injustes (car injustifiées). Celui qui, dans pareil contexte, tente de porter malgré tout un discours critique, un discours de vérité, sera immanquablement accusé de trahison, condamné et, selon le contexte, sacrifié aux "dieux de la Cité" : tel fut le sort de Socrate. A notre époque, le "règne de l'opinion" est amplifié par les moyens technologiques, et si le risque encouru par l'individu déviant est nettement moins sévère (essentiellement en raison des progrès du droit), le principal danger demeure celui qu'avait dénoncé Platon, à savoir que le règne de l'opinion conduit tout droit à la tyrannie.


""La philosophie se heurte, dans sa visée de justice, à la démocratie ordinaire – comme cela apparaît clairement chez Platon, et comme cela est supposé dans la philosophie ultérieure. Car la démocratie ordinaire se caractérise par le règne de ce qu’on appelle l’opinion. Laquelle est opposée par Platon au savoir sous tous ses aspects (connaissance, science, intelligence, etc.). L’opinion est une prise de position dans le champ politique où des questions sont apparues (en lien avec l’avènement de la philosophie), une prise de position qui, à la différence du savoir, ne requiert aucun travail sur soi, aucune mise en question de l’identité immédiate ; elle est en cela une expression de l’existant comme Chose prétendument originelle dans son autonomie abstraite qui dit oui ou non, et d’abord oui (on « opine »). Cette opinion est au départ diverse (ou peut dire oui ou non), et cependant, parce qu’elle s’en tient à l’identité immédiate (qu’elle protège), elle tend à devenir unique – c’est l’opinion publique, l’Opinion, le « On » selon Heidegger."
JURANVILLE, 2010, ICFH

DEMOCRATIE, Norme, Souveraineté, Décision, SCHMITT

C'est toujours par une remise en question de la norme que s'exerce, non seulement la critique philosophique, mais aussi fondamentalement la souveraineté. Ce souverain peut être le peuple dans l'exercice démocratique du pouvoir politique, sauf que la démocratie elle-même établit une norme définissant une "situation effective", ordinaire, qui finit par ne laisser aucune place à quelque décision ou à quelque acte imprévisible venant de l'individu autonome ; situation contre laquelle il faudra donc s'insurger tôt ou tard. D'où l'idée (schmittienne), certes dangereuse selon le contexte, que, même dans Etat démocratique, "est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle".


"Certes la philosophie se heurte à une « situation effective » où la démocratie ordinaire est norme. Elle détermine à l’avance quelle réalité pourra prendre place dans la société, parce qu’on peut s’y identifier. Elle peut être vraie (la norme de la société juste) et laisser tout son espace à l’individu. En l’occurrence, ce à quoi se heurte la philosophie, c’est à la norme fausse qui exclut à l’avance tout acte imprévisible, venant d’un individu véritable. Mais justement la « situation effective », « normale », doit toujours d’abord, en fait, être dénoncée, selon l’acte que tente la philosophie, par une décision souveraine. La situation « normale » doit être, précisons-le, dénoncée par une décision rompant, au nom de la liberté, avec ce qui se prétendait libre et ne l’était pas (l’opinion). Et par une décision souveraine portant sur la situation exceptionnelle."
JURANVILLE, 2010, ICFH