L’origine se donne au savoir comme choix, tandis que le commencement se donnait comme décision. L’historicité est d’abord faussement posée par l’existant, qui tend à se donner lui-même son histoire dans l’espace de l’objectivité ordinaire. Elle ne peut devenir véritable que par l’Autre, et éminemment par l’Autre absolu, qui pose l’historicité comme loi que l’existant doit accueillir. Mais cette loi devient en lui liberté, puisqu’il doit la recevoir librement dans son immédiateté propre. Juranville définit ainsi le choix par l’union de la liberté et de la position. Le choix est l’objectivité absolue de l’origine, car l’origine ne reste pas une possibilité abstraite : elle détermine objectivement ce qui doit être accompli. C’est à partir de ce choix que l’existant pourra prendre sa décision et commencer effectivement son œuvre. Le choix porte donc sur l’œuvre à accomplir en fonction de la fin suprême visée ; la décision est l’engagement concret dans son commencement. Le modèle primordial de cette structure est théologique : l’Autre absolu, en tant que Père, est l’origine ultime et son choix consiste à engager l’entreprise de la Création. L’œuvre humaine véritable pourra ensuite être comprise comme réponse à cette initiative originaire.
ORIGINE, Choix, Décision, Création
DEMOCRATIE, Norme, Souveraineté, Décision, SCHMITT
"Certes la philosophie se heurte à une « situation effective » où la démocratie ordinaire est norme. Elle détermine à l’avance quelle réalité pourra prendre place dans la société, parce qu’on peut s’y identifier. Elle peut être vraie (la norme de la société juste) et laisser tout son espace à l’individu. En l’occurrence, ce à quoi se heurte la philosophie, c’est à la norme fausse qui exclut à l’avance tout acte imprévisible, venant d’un individu véritable. Mais justement la « situation effective », « normale », doit toujours d’abord, en fait, être dénoncée, selon l’acte que tente la philosophie, par une décision souveraine. La situation « normale » doit être, précisons-le, dénoncée par une décision rompant, au nom de la liberté, avec ce qui se prétendait libre et ne l’était pas (l’opinion). Et par une décision souveraine portant sur la situation exceptionnelle."
JURANVILLE, 2010, ICFH
DECISION, Liberté, Choix, Psychose
La vraie liberté, celle qui s'établit dans la relation à l'Autre, consiste déjà à nier la fausse liberté, celle qui nie la finitude : cela définit la décision, qui prépare au choix consistant à poser la liberté. Un choix sans décision pourrait paraître arbitraire. La décision relève d'une "folie du commencement" ; c'est la "bonne psychose" permettant de rompre avec la psychose primitive de l'immédiateté ; dans le langage kierkegaardien : acte de foi et transcendance.
OEUVRE, Commencement, Décision, Historicité
Commencer une oeuvre et s'y consacrer pleinement relève d'une décision toujours à renouveler, car la tentation d'abandonner ne laisse pas elle-même de se répéter. Deux insistances antagonistes à ne pas perdre de vue. Car nulle oeuvre ne sera suffisamment consistante qui n'ait été menée à terme, ou dans tous les cas dont on ne puisse rendre compte.
COMMENCEMENT, Décision, Liberté, Historicité
"Le commencement se donne au savoir comme décision. Car, à la place de l’historicité vraie, de l’exigence venue de l’Autre de mener l’histoire jusqu’à son terme, s’établit en fait toujours d’abord une historicité fausse, d’appartenance à un monde social légué par le passé et censé devoir se répéter toujours le même. Commencer, commencer vraiment, nier l’historicité fausse et s’engager dans la vraie, c’est alors avant tout, accueillant dans son immédiateté à soi la loi de l’Autre, l’éprouver comme liberté véritable et nier qu’il y ait aucune pareille liberté dans l’appartenance au monde social traditionnel (ou dans l’autonomie abstraite de la subjectivité moderne). Or négation et liberté, cela définit la décision."
JURANVILLE, 2017, HUCM