À partir de cette nouvelle problématique, Foucault reconsidère le libéralisme. Celui-ci ne vise pas d'abord le développement du capitalisme, même s'il l'a historiquement accompagné ; il consiste surtout à reconnaître la finitude constitutive de l'homme, toujours tenté de poursuivre ses intérêts particuliers, tout en organisant juridiquement un espace où chacun puisse devenir un véritable individu. Le libéralisme protège les libertés, limite le pouvoir politique par le droit, garantit l'État de droit et les institutions représentatives. Il permet ainsi à ceux qui acceptent le travail de la vérité de poursuivre leur accomplissement sans être empêchés par ceux qui refusent cette exigence. La liberté n'est pas suppression des contraintes mais corrélat des dispositifs juridiques qui rendent possible l'exercice de l'autonomie. Les thèmes foucaldiens du souci de soi, de la parrhèsia et de l'aveu manifestent une lente promotion de l'individu, dont le christianisme constitue un moment décisif. Avec la doctrine du péché, l'exigence de conversion et la verbalisation de soi, le christianisme apprend à l'homme à rompre avec son identité close et prépare l'émergence de l'individu véritable. Foucault voit dès lors dans la philosophie occidentale une pratique unique parce qu'elle associe rationalité et spiritualité : accéder à la vérité suppose toujours une transformation du sujet lui-même. Ainsi, a fortiori pour Juranville, la philosophie inspire l'« idéologie vraie » qu'est le véritable libéralisme, lequel crée les conditions politiques et juridiques permettant à chacun d'accéder à son autonomie. La psychanalyse reçoit alors sa pleine justification : elle est l'institution qui réalise concrètement, chez les individus, cette transformation intérieure exigée par la vérité. La philosophie fonde rationnellement la justice, le libéralisme en protège l'espace historique et juridique, et la psychanalyse accompagne effectivement les sujets dans le devenir de leur individualité véritable.
LIBERALISME, Capitalisme, Vérité, Individu, FOUCAULT
À partir de cette nouvelle problématique, Foucault reconsidère le libéralisme. Celui-ci ne vise pas d'abord le développement du capitalisme, même s'il l'a historiquement accompagné ; il consiste surtout à reconnaître la finitude constitutive de l'homme, toujours tenté de poursuivre ses intérêts particuliers, tout en organisant juridiquement un espace où chacun puisse devenir un véritable individu. Le libéralisme protège les libertés, limite le pouvoir politique par le droit, garantit l'État de droit et les institutions représentatives. Il permet ainsi à ceux qui acceptent le travail de la vérité de poursuivre leur accomplissement sans être empêchés par ceux qui refusent cette exigence. La liberté n'est pas suppression des contraintes mais corrélat des dispositifs juridiques qui rendent possible l'exercice de l'autonomie. Les thèmes foucaldiens du souci de soi, de la parrhèsia et de l'aveu manifestent une lente promotion de l'individu, dont le christianisme constitue un moment décisif. Avec la doctrine du péché, l'exigence de conversion et la verbalisation de soi, le christianisme apprend à l'homme à rompre avec son identité close et prépare l'émergence de l'individu véritable. Foucault voit dès lors dans la philosophie occidentale une pratique unique parce qu'elle associe rationalité et spiritualité : accéder à la vérité suppose toujours une transformation du sujet lui-même. Ainsi, a fortiori pour Juranville, la philosophie inspire l'« idéologie vraie » qu'est le véritable libéralisme, lequel crée les conditions politiques et juridiques permettant à chacun d'accéder à son autonomie. La psychanalyse reçoit alors sa pleine justification : elle est l'institution qui réalise concrètement, chez les individus, cette transformation intérieure exigée par la vérité. La philosophie fonde rationnellement la justice, le libéralisme en protège l'espace historique et juridique, et la psychanalyse accompagne effectivement les sujets dans le devenir de leur individualité véritable.
LIBERALISME, Capitalisme, Etat, Liberté, FOUCAULT
Foucault reconnaît certes que le libéralisme a favorisé le développement du capitalisme, mais, dans ses derniers cours, ce n’est plus ce qu’il met en avant ; il refuse désormais de le réduire à une simple idéologie bourgeoise. Le libéralisme est avant tout une « technologie de pouvoir », c'est-à-dire une manière particulière de gouverner caractérisée par l'autolimitation de l'État. Alors qu'il avait d'abord insisté sur les dispositifs de contrôle, Foucault estime finalement que leur fonction principale est de garantir un espace de liberté. Le gouvernement libéral respecte les sujets de droit et limite volontairement son intervention. Le marché devient un « lieu de vérité » révélant les réalités économiques. Après 1945, le néolibéralisme allemand cherche à construire un État soumis aux principes du marché, tout en maintenant l'État de droit. La concurrence devient le principe organisateur de la société, tandis que l'État lutte contre les monopoles et les rigidités sociales qui empêchent l'autonomie individuelle. Un minimum vital est garanti, mais chacun demeure responsable de son existence. Cette exposition au risque constitue même une condition du développement personnel. La société tend alors à devenir une société d'entrepreneurs de soi. Le véritable sens du libéralisme n'est pas le capitalisme lui-même, mais la création d'un espace juridique et politique où chacun peut devenir individu véritable, accomplir son œuvre propre et où les pratiques minoritaires mêmes sont protégées contre toute tentation totalitaire.
JUSTICE, Absolutisme, Libéralisme, Contrat social
La philosophie politique doit partir du monde injuste tel qu'il existe réellement. Hobbes accomplit cette exigence en prenant pour point de départ l'individu menacé dans l'état de nature, compris comme état de guerre et expression du paganisme sacrificiel. Afin d'échapper à cette violence, les individus instituent par convention le Léviathan, État souverain qui constitue une idole consciente d'elle-même, un « dieu mortel » fabriqué par les hommes. Hobbes protège ainsi la vie individuelle mais au prix d'un écrasement de l'autonomie. Locke réagit contre cette limitation en affirmant les droits de l'individu, la propriété de soi, la propriété issue du travail et le droit de résistance à un pouvoir injuste. Toutefois le libéralisme lockéen risque de substituer à l'idole politique une idole économique : la propriété devient alors la valeur suprême. La véritable solution est apportée par Rousseau. Dans le Contrat social, la volonté générale ne résulte pas d'un simple accord d'intérêts mais d'une création politique fondatrice. L'individu véritable ne se contente plus de défendre ses biens : il participe à l'institution d'une communauté juste. Cette création politique suppose un appel qui dépasse les intérêts particuliers. C'est pourquoi Rousseau attribue au législateur une fonction quasi prophétique : la loi juste doit être reçue comme venant d'un Autre divin. C’est à ce titre que l’Église, comprise comme instance critique de l'État, devrait rappeler que toute communauté politique demeure soumise à une exigence supérieure de justice.
IDEOLOGIE, Philosophie, Totalité, Libéralisme
Il y a nécessité de poser une idéologie vraie, face aux idéologies fausses et réductrices, non seulement pour penser la totalité sociale en tant qu’elle laisserait place à l’individu, mais pour en constituer le savoir. Savoir de la totalité, donc. Cette idéologie - nommément “libérale” - ne peut être portée que par le discours philosophique, lui-même s’appuyant sur le discours psychanalytico-individuel. Sa justification philosophique connait deux difficultés. D’abord elle doit pouvoir opposer aux idéologies fausses et aux absolus tyranniques qui leur servent d’idoles, un absolu vrai dont l’essence propre soit l’altérité ou la relation à l’Autre. Mais le sujet social se crispe ordinairement, par superstition mauvaise, sur des formes politiques autocratiques ou de démocratie directe (qui mènent au totalitarisme), pour se protéger de l’altérité essentielle perçue comme menaçante pour la “souveraineté”. Ensuite elle doit pouvoir opposer à la superstition ordinaire (l’”opinion”) un véritable savoir de la totalité que chacun soit à même de reconstituer par soi ; or ce passage de la totalité vers l’individualité ne va pas de soi, sauf à être mis en oeuvre dans le discours, jusqu’au savoir, par la philosophie.