La métaphore de l’être introduite par la Révélation ne se contente pas d’opposer un Dieu au paganisme : en posant l’être comme absolu, elle ouvre l’histoire de la pensée et oriente celle-ci vers le savoir de l’absolu et vers la justice conçue rationnellement. La philosophie devient ainsi instrument de la Rédemption, laquelle accomplit la Création et donne sens à la Révélation. Mais bien sûr la prétention (notamment hégélienne) au « savoir absolu » semble dissoudre l’existence concrète, et la finitude, dans le système. La transformation du christianisme en savoir totalisant conduit à une forme d’« absolution » sans conversion réelle, et prépare historiquement les idéologies modernes qui absolutisent un principe fini (le Prolétariat, l’État, la Race, la Science) en écrasant toute objection. L’absolu devient alors idole. Il faut donc repenser l’absolu autrement, comme un Autre d’où puissent viennent grâce et élection. L’Absolu appelle non à une totalité maîtrisée, non à une fusion mystique, mais à l’effacement (provisoire) du sujet. La même humilité doit toucher la philosophie, qui doit reconnaître une sorte d’impuissance à faire accepter universellement la justice ; elle doit s’appuyer sur les grandes religions, qui infusent leur savoir dans les discours sociaux.
ABSOLU, Savoir, Philosophie, Révélation
“L’absolu doit, dès lors qu’on affirme l’existence essentielle, être envisagé autrement. Comme cet Autre duquel grâce et élection viennent à l’existant d’abord pris dans la pulsion de mort. Mais aussi au nom duquel l’existant aura à s’effacer soi, à se dé-poser soi en tant qu’il occupait une position de maîtrise, à rendre grâce à cet Autre et à dispenser à son tour grâce et élection à l’autre homme – comme Socrate s’effaçant pour Agathon, dans Le Banquet, derrière Diotime. La philosophie n’a donc pas à craindre de sombrer dans l’idéologie quand elle vise et affirme quelque savoir de l’absolu, quelque savoir absolu. Elle doit alors, on l’a dit, s’effacer elle-même devant l’Autre absolu. Reconnaître qu’elle ne peut pas, par elle seule, faire accepter de tous ce qu’elle présente comme la justice rationnellement déterminée. Que cela ne sera possible que grâce à ce qui est venu et vient de cet Autre comme grandes religions.”
JURANVILLE, 2024, PL
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