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FINITUDE, Universalisme, Autonomie, Savoir

La philosophie moderne proclame l’universalisme (droits de l’homme, démocratie, reconnaissance), comme si cela suffisait. Mais si l’on montre seulement que l’élection (et la grâce qu’elle suppose, la dignité universelle) est « accueillie par tous », sans montrer qu’elle est assumée jusqu’à l’œuvre, on risque que l’élection soit falsifiée en supériorité, que l’universalisme se retourne en domination, que surgissent des objections (identitaires, communautaires, etc.). L’universalisme véritable exige d’affirmer deux choses simultanément : l’autonomie créatrice de l’existant, et la finitude radicale (pulsion de mort). La philosophie française contemporaine ne parvient pas à tenir ensemble ces deux pôles. Par exemple Michel Henry part de l’Autre absolu comme Vie absolue, mais fonde ensuite l’autonomie contre le monde, dévalorisé, et ainsi la finitude radicale (mort, pulsion de mort) n’est pas assumée. Michel Foucault part au contraire des dispositifs sociaux et de l’aliénation, il décrit l’émergence possible d’un individu autonome, mais il ne peut/veut poser cette autonomie comme telle, ni poser un savoir vrai : le moment d’assomption est toujours renvoyé. Derrida généralise la déconstruction, il montre que toute identité est travaillée par la différence, et reconnaît bien la finitude radicale ; il vise une justice « indéconstructible » de type messianique, mais refuse d’en assigner l’évènement à quelque Messie, encore moins d’en formuler l’ontologie ou le savoir. Au contraire Juranville prône une philosophie qui se donne comme savoir dialectique, intégrant les objections dans une totalité nouvelle fondée sur le dialogue — phénomène existentiel où la raison advient par l’Autre. Assumer la finitude humaine conduit, dans l’ordre individuel, à l’amour comme intensification des relations (assumant la sexualité), et, dans l’ordre social, à la démocratie parlementaire comme accomplissement du politique (assumant le capitalisme).


“La philosophie doit alors en effet se donner comme savoir (justifier le monde actuel et son universalisme). Et comme savoir qui tient compte des objections venues de l'autre homme. Et donc comme savoir qui est une dialectique par laquelle lesdites objections sont assumées comme négation, dans le cadre d'une totalité nouvelle et vraie qui se constitue peu à peu. Et une dialectique elle-même vraie, celle qui caractérise le dialogue. Mais la dialectique n'a pas pu être conçue dans sa vérité et s'est séparée du dialogue, tant que n'ont pas été affirmés l'existence et l'inconscient. Car le dialogue est un phénomène expressément existentiel : c'est la raison supposée en l'Autre et advenant par l'Autre. La philosophie doit convier les hommes à assumer cette finitude constitutivement humaine à laquelle ils sont confrontés dans la relation à l'autre homme. Et même l'horreur qu'ils éprouvent ordinairement face à cette finitude.”
JURANVILLE, 2015, LCEDL