MONDE, Conscience, Sens, Signe

Toute conscience présuppose un sens déjà anticipé. Le préconscient désigne précisément ce domaine des significations disponibles qui peuvent à tout moment devenir conscientes. Et cependant il existe un sens absolument inanticipable, qui définit inconscient même, irréductible à ce qui pourrait devenir conscient. La conscience se rapport au monde, lequel est toujours d'abord « mon monde », constitué de représentations organisées selon un sens préalable. Le temps propre à ce monde n'est pas un temps créateur : il ne produit aucun sens nouveau, mais déroule simplement un sens déjà anticipé. C'est pourquoi on le caractériserait plus justement comme un temps du futur antérieur, où le réel est envisagé comme devant confirmer ce qui était déjà prévu. La représentation théâtrale illustre parfaitement cette structure : tout y est écrit d'avance et ne fait que s'accomplir. L'homme du monde adopte ainsi la position du maître qui prétend déterminer à l'avance le sens des choses. Le signe constitue l'élément ultime de cet univers représentatif : il manifeste l'activité de la conscience, assure l'intériorisation du monde et garantit sa cohérence. Il marque ainsi le triomphe d'un monde entièrement finalisé. Mais au-delà de cet univers de l'anticipation existe un sens véritablement nouveau, irréductible à toute représentation préalable et rendu possible par l'inconscient, la révélation et le temps réel de l'événement.


Le temps du monde n’est pas en ce sens un temps réel. Dans le monde le temps ne fait pas advenir le sens, mais déploie et déroule un sens toujours anticipé. Ce qui revient à ceci : le temps dans le monde est certes ce qui peut empêcher que la réalité soit conforme au sens tel qu’il était anticipé, mais jamais ce qui constitue et fait apparaître un sens nouveau. L’anticipation, caractéristique du préconscient, demeure bien la détermination fondamentale du monde lui-même comme de l’être-au-monde du sujet humain. Ce temps est le temps de la représentation, à la fois tournée vers le passé puisqu’on se place d’avance à l’issue de tout un déroulement (tout est envisagé sous l’angle de l’accompli) et vers le futur puisqu’on ne laisse d’anticiper. Temps du futur antérieur.”
JURANVILLE, LPH, 1984

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