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PULSION, Oralité, Besoin, Objet a, LACAN

Le premier moment logique de la pulsion est celui où l'Autre apparaît comme le “signifiant primordial”. Mais le manque présent en l'Autre n'est pas encore éprouvé et le sujet à venir ne se vit pas encore comme signifiant pour cet Autre. L’Autre apparaît comme celui qui donne et dont la présence paraît garantir la possibilité même d'une satisfaction. On parle de pulsion orale car le sein en constitue la figure privilégiée, parce qu'il semble incarner une plénitude susceptible de répondre au besoin. Le circuit pulsionnel implique cependant un retour et un « se faire ». Si le sujet reçoit l'objet, il doit également pouvoir occuper la position de celui qui se fait objet pour l'Autre. De sorte que, même dans ce premier moment, l'Autre doit être affecté d'un manque, mais ce manque ne peut encore être conçu que comme un besoin. C’est pourquoi Lacan parle du “besoin dans l'Autre”. Le rapport oral n'est donc pas simplement une relation unilatérale puisque le sujet peut, à son tour, se faire objet pour l'Autre. Lacan va même plus loin : le sein doit être pensé comme appartenant au monde intérieur du sujet dont il est séparé, plutôt que simplement comme une partie du corps de la mère. Cette proposition permet de déplacer l'attention de l'anatomie vers la fonction de l'objet dans la constitution du sujet. Le sein n'est pas seulement un organe maternel ; il devient l'objet autour duquel s'organise un circuit de séparation, de satisfaction et de retour. D’autre part, le premier moment oral implique aussi la demande adressée à l'Autre : l’enfant lance son cri vers lui afin qu'il donne l'objet. Le cri devient ainsi un appel qui vise une réponse et une satisfaction. La distinction entre besoin et demande est déjà en jeu. Le besoin concerne la satisfaction recherchée ; la demande suppose que cette satisfaction passe par l'Autre, auquel le sujet s'adresse. L'objet ne vaut donc plus seulement par sa fonction de satisfaction : il s'inscrit dans une relation où il est à la fois attendu et demandé, donné et reçu, mais finalement jamais suffisamment. C’est d’abord en ce sens que l’enfant apparaît comme objet pour la mère, puisqu’il n’a de cesse de refuser la séparation. La pulsion orale articule ainsi trois dimensions : l'Autre comme plénitude, l'objet qui semble pouvoir répondre au besoin et le mouvement par lequel le sujet s'adresse à l'Autre et se fait lui-même objet pour lui.


“La première relation de désir est celle qui fait de l’Autre le signifiant, au sens du signifiant primordial. Quand ne s’est pas encore éprouvé le manque présent en l’Autre. Et quand a fortiori le sujet à venir ne se vit pas encore comme signifiant pour l’Autre. L’Autre en ce sens est parfaitement un. La pulsion qui correspond à ce mode de désir est la pulsion dite orale. L’explication, c’est que l’Autre est vécu comme la plénitude, la rondeur même. De sorte que le seul manque dont il puisse être affecté, c’est le besoin.”
JURANVILLLE, 1984, LPH